Se nourrir relève d’une passion, d’une culture, d’une identité

José Graziano Da Silva, agronome et écrivain américano-brésilien, fût directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de 2012 à 2019. Selon lui, deux leviers sont à actionner pour lutter contre le fléau de la dénutrition et de la malnutrition : la prise de conscience par la population de son pouvoir de changer ses habitudes de consommation et la construction de politiques publiques locales pour une alimentation plus saine. Par José Graziano da Silva.

© Luisa Brimble / Unsplash

Nous vivons pour la première fois dans un monde où sont publiés quasiment chaque jour différents rapports, articles, études et analyses scientifiques qui s’interrogent sur l’impact de l’alimentation sur la vie humaine. En même temps, les discussions sont vives sur la façon de produire de la nourriture sur une planète qui n’est plus capable de soutenir le modèle de production industrielle de la « Révolution verte ». L’équation combinant nutrition, environnement et développement humain n’a jamais été aussi difficile à résoudre en faveur d’un système alimentaire soutenable capable d’assurer un régime sain pour toutes et tous. D’un côté, nous devons considérer la nourriture comme une part essentielle de notre santé. Il est prouvé que de nombreux aliments agissent comme des remèdes ou des fortifiants sur le système immunitaire humain. D’un autre côté, il y a la question culturelle. Les individus ne mangent pas seulement pour prévenir les maladies. Se nourrir relève d’une passion, d’une culture, d’une identité. La nourriture que nous consommons n’est pas seulement une affaire de protéines et de vitamines. Nos aliments sont des marqueurs de nos civilisations. L’alimentation conditionne la vie des territoires. Les ruraux dépendent de la production agricole pour gagner leur vie. Les urbains dépendent des aliments produits à l’extérieur des villes. La transformation des systèmes alimentaires est centrale dans l’agenda du développement durable. Cela signifie que nous devons reconsidérer la façon dont la nourriture est produite, transformée, conservée et transportée vers les marchés, car ces étapes conditionnent la sécurité et la qualité nutritionnelle de ce que nous mangeons.

Il y a eu une accélération dans la compréhension des mécanismes reliant la montée de l’obésité et des carences en micronutriments avec la forte consommation de produits industriels comprenant des ingrédients artificiels. Ceux-ci contiennent de fortes proportions de graisses saturées, de sucres raffinés, de sel et de produits chimiques. Les boissons sucrées, les chips, les céréales, les soupes en boîte, les nuggets de poulet, les hot-dogs, les frites et bien d’autres produits sont des exemples du quotidien. Ces aliments transformés n’ont qu’une faible valeur nutritive.

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