C’est une première en France. La communauté d’agglomération de La Rochelle s’apprête à remettre en service le captage d’eau potable de Casse-Mortier. Lorsqu’il fonctionnait, il alimentait jusqu’à 10 000 personnes. Le site avait été fermé en 2020 en raison d’un taux de pesticides frôlant les seuils d’interdiction de la consommation d’eau. Il ne risquera plus d’être pollué car l’usage des pesticides sera interdit dans un périmètre de protection rapproché de 150 hectares sur lequel huit producteurs travaillent en agriculture conventionnelle. Une feuille de route, cosignée par l’agglomération et la préfecture en fin d’année dernière, prévoit l’entrée en vigueur de la mesure en 2027 via une Déclaration d’utilité publique. En 2030, le périmètre sera étendu à 750 hectares (impactant au final une trentaine d’agriculteurs), dans le cadre d’une Zone soumise à contrainte environnementale (ZSCE).
« L’agglomération de La Rochelle dédommage les agriculteurs à travers plusieurs mécanismes financiers et d’accompagnement pour compenser les contraintes liées à la protection du captage de Casse-Mortier », explique Guillaume Krabal, vice-président en charge de la politique de l’eau. Les professionnels recevront une « indemnité d’éviction » destinée à compenser le manque à gagner et les contraintes spécifiques imposées par l’arrêt des intrants chimiques. Le montant de cette indemnité fait l’objet d’un calcul par une commission départementale réunissant la chambre d’agriculture et les services de l’État. Par ailleurs, ils percevront des Paiements pour services environnementaux en agriculture, une enveloppe d’un million d’euros ayant été débloquée par l’Agence de l’eau.
Accompagner les agriculteurs
Au-delà de ces aides directes, l’agglomération prévoit des mesures d’accompagnement des agriculteurs pour une transition vers le bio, ou d’autres cultures compatibles avec la sanctuarisation du site. Le miscanthus pour le paillage et la production de biomasse, le chanvre utilisé dans le secteur du bâtiment comme isolant thermique ou encore le maraîchage et les cultures nourricières ou l’élevage qui ne nécessitent aucun pesticide sont les premières alternatives évoquées. Mais il s’agit aussi « de garantir des débouchés économiques aux producteurs et de maintenir leur revenu », précise Guillaume Krabal et pour cela, il travaille sur le développement de filières locales autour de ces cultures. Le miscanthus alimentera la chaudière à bois du réseau de chaleur de l’agglo, le chanvre ira au secteur local de la construction et les productions maraîchères et l’élevage à la restauration scolaire et collective grâce à la création d’une coopérative.
Intérêt collectif
Engagée en 2021, la réflexion sur les conditions de réouverture du captage a fait l’objet d’un rapport mené par une hydrogéologue agréée par l’État. Ses préconisations ne se limitaient pas à réglementer l’activité agricole. Elles imposent des contraintes sur l’évolution de l’urbanisme pour éviter tout impact potentiel sur les nappes souterraines. Seuls certains secteurs de la commune de Clavette (1 500 habitants) où se situe le captage sont frappés d’interdiction de constructions nouvelles. La maire du village, Sylvie Guerry-Gazeau a donné son accord au nom de la durabilité de la ressource et de l’intérêt collectif.
© photo Christophe Breschi – CdA La Rochelle







