À Gonfaron, dans le Var, la légende prétend que les ânes volent. À Castelbuono, en Sicile, ils ramassent les poubelles et, là, ce n’est pas une histoire imaginaire. Le vieux village de cette commune rurale de la province de Palerme, qui compte près de 8 000 habitants, est constitué de ruelles étroites pour la plupart inaccessibles aux véhicules et notamment aux engins de ramassage des ordures ménagères. Aussi, à l’initiative du maire, des ânesses ont-elles remplacé les camions bruyants et polluants : une méthode originale. Pour les adeptes, ce dispositif permet de conjuguer durabilité environnementale, économies budgétaires, tradition et inclusion sociale.
L’impact des animaux circulant dans le village n’a rien de comparable avec les nuisances et les émissions causées par les camions-bennes, si ce n’est quelques déjections, bien vite nettoyées par les agents de la voirie. L’investissement est sans commune mesure : environ 1 000 euros pour l’achat d’un âne, contre un véhicule pouvant monter jusqu’à 200 000 euros, voire davantage. De même, pour ce qui est de l’entretien, celui de la nourriture et de l’hébergement d’un âne est d’environ 2 000 euros par an, alors que, selon la mairie de Castelbuono, la seule maintenance d’un camion coûterait près de 8 000 euros. Enfin, dernier argument : la longévité. Un âne peut travailler pendant environ vingt ans, tandis qu’un camion a une durée de vie moyenne de seulement cinq ans.
Un exemple pour d’autres villages
La collectivité a fait le choix de s’équiper d’ânesses, et non d’ânes, car elles sont plus sociables, alors que ces derniers, non castrés, braient constamment s’ils sont seuls, et bien souvent même s’ils ne le sont pas. En outre, le choix s’est porté sur une espèce locale bien précise, l’âne ragusano, une bête de somme, d’attelage et de selle réputée dynamique, nerveuse et énergique. Chaque matin, les animaux sont accompagnés dans leur périple, qui les conduit de porte en porte, par un « opérateur » (souvent un ancien berger reconverti en agent écologique) qui les guide à travers le labyrinthe de rues pour effectuer la collecte.
Si le système est bien adapté au contexte rural et au rythme de vie de Castelbuono, il ne l’est pas à celui des grandes villes, en raison notamment de la lenteur du procédé, difficilement compatible avec une circulation automobile dense. De plus, contrairement aux camions, les ânes, ne pouvant compacter les déchets, doivent effectuer plusieurs rotations pour aller vider leurs paniers dans des conteneurs situés à l’entrée du village. Néanmoins, l’expérience perdure car elle est jugée très efficace. D’autres villages ont suivi l’exemple, comme Montalto Ligure, en Ligurie, Caltabellotta, en Sicile, Riace, en Calabre, ou encore Santa Maria a Monte, en Toscane.








