Il fallait y penser : faire rouler des véhicules routiers électriques et légers sur des voies de chemin de fer délaissées pour proposer une offre de transport collectif dans des zones rurales, telle est l’idée de Ferromobile. Contrairement aux trains classiques, ces minibus de six à huit places permettent un service flexible, fonctionnant soit en convois aux heures de pointe, soit à la demande via une application mobile. En réduisant drastiquement le poids à l’essieu, la technologie limite les frais de rénovation des infrastructures et propose un coût d’exploitation inférieur à celui d’un bus diesel. Un premier service pilote est prévu pour 2027 dans le Livradois-Forez (Auvergne-Rhône-Alpes), visant à offrir une alternative concrète à la voiture individuelle dans les zones rurales.
Dix fois moins cher qu’un train
« Les territoires ruraux souffrent d’un sous-investissement chronique dans les infrastructures ferroviaires et d’une hausse du coût de l’automobile. Les lignes de “desserte fine” ferment car le modèle classique est inadapté : un TER pèse environ 60 tonnes à vide et sa rénovation coûte environ 2 millions d’euros par kilomètre. Avec un taux d’occupation moyen de seulement 27 % en zone rurale, ces lignes sont financièrement insoutenables pour les régions », résume Olivier Le Cornec, directeur général de Ferromobile.
Sur le plan technique, les véhicules sont équipés de deux essieux venant se poser sur les rails, essieux rétractables permettant à la navette de circuler normalement sur les parkings des gares pour la prise en charge et la desserte des passagers. Ils utilisent un système mécanique développé par Stellantis. La propulsion et le freinage (avec ABS) se font par contact pneumatique sur le rail, tandis que des roues ferroviaires assurent le guidage.
« Cette légèreté réduit drastiquement les coûts de régénération des voies, les faisant passer à environ 200 000 euros par kilomètre, soit dix fois moins qu’un TER », souligne le directeur.
7 000 kilomètres de rails à exploiter
Ferromobile prévoit de commercialiser sa solution à l’horizon 2028, après finalisation des certifications auprès du Service technique des remontées mécaniques et des transports guidés et du bureau Veritas. Actuellement, des essais sont menés au Grand Port maritime de Bordeaux, sur un domaine privé, pour valider les procédures d’alignement et de sécurité. Une expérimentation réelle avec transport de passagers est prévue dans le Livradois-Forez, sur une ligne de 25 km entre Vertolaye et Courpière.
Selon Olivier Le Cornec, le potentiel de développement de Ferromobile est bien réel : « On compte 7 000 km de voies ferrées actuellement inutilisées ou menacées en France. En faisant circuler des véhicules légers, on entretient la voie et on empêche la nature de reprendre ses droits, préservant ainsi un investissement public colossal qui serait autrement perdu. »
Le projet est porté par un consortium (la société d’ingénierie, de construction et d’exploitation de la Ferromobile), ayant pour principaux partenaires l’université Gustave-Eiffel (R&D), Systra (ingénierie ferroviaire), Anthropie (analyse de données de mobilité), Stellantis et Alstom. Il est présidé par Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’Économie, fondateur des Équipes du Made in France, dont l’objectif est de construire des entreprises sur les territoires dans les domaines de l’agriculture et de l’industrie.








