C’est un chien robot qui descend désormais dans les égouts marseillais pour traquer les failles invisibles des canalisations. Depuis quelques mois, le Service d’assainissement de Marseille Métropole (SERAMM) inspecte les canalisations les plus inaccessibles du réseau d’assainissement grâce à son Sewerdog, un robot qui complète une gamme de solutions de haute technologie.
« Nous nous appuyons fortement sur l’innovation pour faire évoluer nos services. Elle est ancrée dans notre ADN », souligne Nicolas Cotiche, directeur général du SERAMM, filiale à 100 % du groupe Suez, qui exploite les infrastructures d’assainissement des eaux usées et pluviales et gère 2 000 kilomètres de réseaux enterrés.
Depuis janvier, l’entreprise expérimente le Sewerdog, un robot quadrupède capable de se déplacer dans l’eau comme en milieu sec ou ensablé, y compris dans des conduits trop étroits pour une intervention humaine. L’engin a été développé par le LyRE, l’un des dix centres d’expérimentation et d’innovation de Suez.
Doté d’une caméra, il permet non seulement d’inspecter les réseaux, mais aussi de les modéliser en 3D grâce à une technologie LiDAR (Light Detection and Ranging) embarquée, améliorant ainsi le diagnostic de l’état structurel des canalisations. Il identifie notamment des défauts imperceptibles à l’œil nu, comme des cavités derrière les parois des collecteurs. En détectant ces poches de vide — souvent liées à une perméabilité du réseau ou à une érosion externe —, le robot permet d’anticiper des risques d’effondrement majeurs et d’éviter des interventions d’urgence coûteuses.
Au-delà de la réduction des réseaux « visitables », le Sewerdog limite l’exposition des agents aux risques inhérents aux égouts, en particulier au sulfure d’hydrogène (H₂S), un gaz toxique issu de la dégradation des matières organiques.
Assainissement 3.0
Doté d’une autonomie de 5 à 6 heures, permettant d’inspecter de longs tronçons, le Sewerdog est le dernier né de la « Sewer family », une gamme d’outils technologiques incluant drones, Sewer Quad et robots flottants comme la Sewer Ball. Avec ces équipements, le SERAMM entre, selon Nicolas Cotiche, dans l’ère de « l’assainissement 3.0 », en complément de technologies existantes comme l’inspection télévisée via caméra reliée à un camion hydrocureur — « une solution robuste mais limitée pour les longues distances ». La gamme Sewer intègre également des moyens de télécommunication capables de fonctionner jusqu’à une centaine de mètres en souterrain, correspondant aux ouvrages les plus profonds du réseau marseillais.
Si Marseille fait figure de territoire pionnier avec cette expérimentation à grande échelle, la technologie est conçue pour être déployée sur d’autres territoires gérés par Suez, confrontés aux mêmes enjeux de vieillissement des infrastructures et de sécurité des agents. Les premiers retours sont jugés « extrêmement encourageants » par les équipes techniques. « Aujourd’hui, la métropole d’Aix-Marseille-Provence a un coup d’avance », assure le directeur.
Photo © SERAMM









