Action innovante, INNOVATION

La Rochelle protège son captage d’eau potable contre les pesticides, en lien avec les agriculteurs

La communauté d’agglomération de La Rochelle s’apprête à rouvrir le captage d’eau potable de Casse-Mortier, fermé en 2020 à cause d’une contamination aux pesticides. Pour sécuriser durablement la ressource, elle engage une stratégie inédite : interdire progressivement l’usage d’intrants chimiques autour du captage, tout en accompagnant financièrement et techniquement les agriculteurs concernés. Indemnités, paiements pour services environnementaux et développement de nouvelles filières agricoles doivent permettre de concilier protection de l’eau potable, maintien de l’activité agricole et intérêt collectif. Une démarche pionnière qui pourrait inspirer d’autres territoires confrontés à la pollution des nappes.
La rédaction
Pierre MAGNETTO
Publié le 9 mars 2026

C’est une première en France. La communauté d’agglomération de La Rochelle s’apprête à remettre en service le captage d’eau potable de Casse-Mortier. Lorsqu’il fonctionnait, il alimentait jusqu’à 10 000 personnes. Le site avait été fermé en 2020 en raison d’un taux de pesticides frôlant les seuils d’interdiction de la consommation d’eau. Il ne risquera plus d’être pollué car l’usage des pesticides sera interdit dans un périmètre de protection rapproché de 150 hectares sur lequel huit producteurs travaillent en agriculture conventionnelle. Une feuille de route, cosignée par l’agglomération et la préfecture en fin d’année dernière, prévoit l’entrée en vigueur de la mesure en 2027 via une Déclaration d’utilité publique. En 2030, le périmètre sera étendu à 750 hectares (impactant au final une trentaine d’agriculteurs), dans le cadre d’une Zone soumise à contrainte environnementale (ZSCE).

« L’agglomération de La Rochelle dédommage les agriculteurs à travers plusieurs mécanismes financiers et d’accompagnement pour compenser les contraintes liées à la protection du captage de Casse-Mortier », explique Guillaume Krabal, vice-président en charge de la politique de l’eau. Les professionnels recevront une « indemnité d’éviction » destinée à compenser le manque à gagner et les contraintes spécifiques imposées par l’arrêt des intrants chimiques. Le montant de cette indemnité fait l’objet d’un calcul par une commission départementale réunissant la chambre d’agriculture et les services de l’État. Par ailleurs, ils percevront des Paiements pour services environnementaux en agriculture, une enveloppe d’un million d’euros ayant été débloquée par l’Agence de l’eau.

Accompagner les agriculteurs

Au-delà de ces aides directes, l’agglomération prévoit des mesures d’accompagnement des agriculteurs pour une transition vers le bio, ou d’autres cultures compatibles avec la sanctuarisation du site. Le miscanthus pour le paillage et la production de biomasse, le chanvre utilisé dans le secteur du bâtiment comme isolant thermique ou encore le maraîchage et les cultures nourricières ou l’élevage qui ne nécessitent aucun pesticide sont les premières alternatives évoquées. Mais il s’agit aussi « de garantir des débouchés économiques aux producteurs et de maintenir leur revenu », précise Guillaume Krabal et pour cela, il travaille sur le développement de filières locales autour de ces cultures. Le miscanthus alimentera la chaudière à bois du réseau de chaleur de l’agglo, le chanvre ira au secteur local de la construction et les productions maraîchères et l’élevage à la restauration scolaire et collective grâce à la création d’une coopérative.

Intérêt collectif

Engagée en 2021, la réflexion sur les conditions de réouverture du captage a fait l’objet d’un rapport mené par une hydrogéologue agréée par l’État. Ses préconisations ne se limitaient pas à réglementer l’activité agricole. Elles imposent des contraintes sur l’évolution de l’urbanisme pour éviter tout impact potentiel sur les nappes souterraines. Seuls certains secteurs de la commune de Clavette (1  500 habitants) où se situe le captage sont frappés d’interdiction de constructions nouvelles. La maire du village, Sylvie Guerry-Gazeau a donné son accord au nom de la durabilité de la ressource et de l’intérêt collectif.

© photo Christophe Breschi – CdA La Rochelle

ça peut vous intéresser

Innovation

« Être élu local, c’est agir au plus près des réalités du terrain. C’est transformer des attentes citoyennes en projets qui améliorent la vie du quotidien. Dans cette nouvelle mandature,...

Innovation

À Cergy, les nouveaux élus reçoivent un guide de mandat dès le conseil d’installation. Objectif : sécuriser leur prise de fonction et garantir la continuité du service public. Destiné en...

Innovation

À Marseille, le Service d’assainissement de Marseille Métropole expérimente Sewerdog, un robot quadrupède capable d’inspecter les canalisations les plus inaccessibles du réseau d’assainissement. Développé par le centre d’innovation LyRE (Suez),...

Innovation

Avec L’Équipée Solidaire, la communauté de communes Sud Estuaire transforme le team building classique en outil d’engagement territorial. Les 230 agents sont invités à participer, sur leur temps de travail,...

Innovation

Rassemblement, calcul des places, vote des abstentionnistes, communication… Le deuxième tour des élections municipales peut rebattre les cartes avant le résultat final. L’Inspiration politique est allée voir ceux qui officient...

Innovation

La Suède est devenue le premier pays à adopter une stratégie nationale contre la solitude, désormais considérée comme un enjeu d’égalité et de cohésion sociale. Porté par le ministre des...

Innovation

Et si la piscine venait aux enfants ? Pour lutter contre les inégalités d’accès à l’apprentissage de la natation, le département de la Moselle a lancé Aqua’Moselle, un centre aquatique...

Innovation

Et si les maisons de retraite devenaient aussi des lieux d’accueil pour les enfants ? À Andong, en Corée du Sud, la municipalité a imaginé un dispositif original pour répondre...

NE PERDEZ PAS L’INSPIRATION,

ABONNEZ-VOUS À LA NEWSLETTER

Votre adresse de messagerie est uniquement utilisée pour vous envoyer les lettres d’information de la société Innomédias. Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans la lettre d’information.
En savoir plus sur la gestion de vos données personnelles et vos droits