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Olivier Rey : « Une vie qui refuse de se transmettre, ou qui y renonce, n’est-elle pas une vie tronquée ? »

Mathématicien et philosophe, Olivier Rey est membre de l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS/Paris 1 Panthéon-Sorbonne). Il s’interroge sur la place de la science dans la société contemporaine et sur l’usage démesuré du nombre. Dans son dernier livre, il s’attaque à la baisse de la natalité et démonte, une à une, les rationalités apparentes d’un phénomène qu’il juge profondément déraisonnable.
La rédaction
Dominique SICOT
Publié le 1 février 2026

La baisse de la natalité constatée en France suscite plutôt des commentaires de la part des économistes, voire des politiques. Pourquoi un philosophe s’empare-t-il du sujet ?


Olivier Rey — On raconte que c’est Pythagore qui, le premier, a revendiqué le titre de philosophe, c’est-à-dire « aimant la sagesse », car se dire sage lui paraissait trop prétentieux. Si je considère la grande tradition philosophique qui s’est développée depuis lors, je ne saurais me dire philosophe, je suis tout au plus « philophilosophe ». Cela étant dit, pourquoi se préoccuper de la baisse de la natalité ? Parce que tout le monde est concerné. « Tout ce que l’on fait on le fait pour les enfants », écrivait Péguy. Cela ne signifie pas que l’on doive du matin au soir être au service des enfants. Cela signifie que toute activité humaine perd son sens s’il n’y a pas transmission d’une génération à l’autre. À notre époque, une dynamique désastreuse s’est installée. Moins on trouve de sens dans le monde tel qu’il va, moins on fait d’enfants. Et plus les enfants se raréfient, plus la démoralisation gagne les esprits. Avant la présence des enfants, on a tendance à subordonner leur venue à toute sorte de conditions qui devraient être satisfaites ; quand ils sont là, leur présence va autant de soi que sa propre existence.


Il convient également de faire la distinction entre une baisse de la natalité et son effondrement. Le caractère bénéfique ou maléfique d’un phénomène, en effet, ne tient pas seulement à sa nature, mais à son ampleur et à sa vitesse. La population de l’Europe a considérablement augmenté au cours des deux derniers siècles, et une décroissance lente n’aurait rien d’effrayant — elle serait même, sans doute, assez saine. Mais les taux de natalité actuels sont catastrophiques, qui promettent des peuples entiers à une disparition rapide. Si la France, au XIXe siècle, s’est distinguée par un faible accroissement de sa population en comparaison de ce qui valait ailleurs en Europe, depuis plusieurs décennies elle gardait une natalité honorable par rapport aux pays voisins. Mais depuis une dizaine d’années cette différence s’amenuise, et si la tendance perdure le taux de natalité en France ne tardera pas à rejoindre les niveaux ridiculement bas qui s’observent en Espagne, en Italie ou en Pologne.

Bien sûr, des économistes s’en émeuvent, car le vieillissement accéléré de la population qu’entraîne cette chute de la natalité soulève d’innombrables problèmes. Du côté politique, c’est plutôt la négligence qui a dominé — jusque très récemment, où le sujet semble enfin pris en considération. En témoignent quelques mesures, comme l’extension des congés parentaux ou l’amélioration des établissements destinés à accueillir les très jeunes enfants, ainsi que la « mission d’information...

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