Quelle est l’originalité du Cevipof où vous travaillez depuis plusieurs années ?
Anne Muxel – C’est un centre de recherche de Sciences Po, rattaché au CNRS, et donc composé de chercheurs de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP) et du CNRS. Il a pour objet l’étude de la politique au travers d’un prisme pluridisciplinaire. Un pôle de politistes travaille en sociologie politique et électorale, à travers des enquêtes, sur les attitudes, les comportements politiques – et donc sur le vote. Un autre pôle est davantage centré sur l’appréhension du politique par la théorie politique, la philosophie. Enfin, un troisième pôle suit les évolutions des institutions et fait appel à des spécialistes en science politique mais aussi en droit.
Le Cevipof occupe depuis les années 1960 une place importante dans le champ de la recherche. C’est aussi un laboratoire qui est très en interface avec le débat public, avec les acteurs de la vie publique – institutions, organisations politiques, parlementaires, médias… Il a également une fonction de diffusion des travaux de la recherche, une fonction de vulgarisation scientifique de haut niveau dans le champ des sciences sociales.
À travers ces travaux, quelle évolution du rapport à la politique, des comportements politiques peut-on remarquer ?
A.M. – D’abord l’installation, assez marquée maintenant, d’une crise de la représentation politique que l’on mesure à travers le Baromètre de confiance politique. Réalisé tous les ans, il révèle l’importance de la défiance que les Français ont à l’endroit du personnel politique mais aussi des institutions. De là se déclinent toutes sortes d’attitudes, de comportements qui en découlent. Par exemple, un nouveau rapport au vote, où l’abstention occupe une place de plus en plus importante. Une abstention dans sa dimension pas seulement sociologique, mais aussi dans sa dimension politique, protestataire.
En découle aussi une demande de participation directe des citoyens qui s’exprime au travers de leurs attentes envers une démocratie participative, supposant l’implication et l’expression directes des citoyens, par exemple au travers de pétitions, de mobilisations collectives, de manifestations. La crise de la représentation politique alimente aussi un fort mécontentement, de la frustration, de la colère, beaucoup d’affects négatifs qui se répercutent aussi sur les évolutions des orientations idéologiques et des choix électoraux des Français. Depuis quelques années, des votes plus nombreux s’expriment aux extrêmes de l’échiquier partisan, pour des forces politiques protestataires, tribunitiennes, qui mettent à mal à la fois les forces politiques plus modérées, de gauche ou de droite, autour d’un bloc central qui est aujourd’hui au pouvoir exécutif mais ne suscite que peu de confiance et peu d’adhésion de la part d’une grande partie de la population.
On a donc un paysage où s’expriment à la fois une citoyenneté plus critique, plus protestataire, plus inconstante et intermittente aussi quant à ses votes, qui prend place aussi...









