Les réseaux de chaleur urbains, qui alimentent logements et équipements publics, doivent réduire drastiquement leurs émissions pour atteindre la neutralité carbone en 2050. La montée en puissance des besoins, couplée à la sortie progressive des énergies fossiles, oblige les collectivités à diversifier leurs sources.
De nombreux territoires ont misé sur le développement de la géothermie profonde et la récupération de la chaleur fatale, mais aussi sur la chaleur solaire, les pompes à chaleur, la biomasse ou encore le biogaz. Une autre piste émerge : les petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR) de 4e génération, dédiés non pas à la production d’électricité, mais à la fourniture de chaleur bas carbone. Il s’agirait de remplacer les chaudières à gaz ou à charbon qui alimentent actuellement les réseaux de chaleur des grandes agglomérations.
L’idée est simple : substituer, à terme, ces équipements fossiles encore en service sur certains grands réseaux. En Finlande, plusieurs villes ont lancé des études exploratoires. En France, des projets industriels se structurent avec un horizon de mise en service autour de 2030. Celui de Calogena, filiale du groupe industriel Gorgé, propose l’installation de mini-réacteurs à proximité immédiate de villes ou de zones industrielles afin d’alimenter les réseaux de chaleur urbains. Un démonstrateur est programmé sur le site du CEA à Cadarache. Pour les territoires industriels fortement consommateurs de chaleur — Dunkerque, la vallée de la chimie, le bassin mosellan — l’équation est stratégique : sécuriser l’approvisionnement, stabiliser les prix et décarboner massivement.
Sécurité
Deux écueils majeurs demeurent. D’abord, les questions de sécurité, avec l’attente d’une homologation de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection(ASNR), qui doit définir la distance de sécurité permettant l’implantation de SMR en zone périurbaine. Calogena met en avant plusieurs garanties : une puissance réduite, une cuve immergée dans l’eau, une basse pression et un système de sûreté passive (sans électricité).
Enfin, le défi majeur reste l’acceptabilité locale de l’implantation de mini-réacteurs nucléaires au cœur des territoires. L’intervention citoyenne ne pourra se limiter aux enquêtes publiques classiques. Au-delà de l’autorisation nationale, les collectivités devront imaginer de nouveaux outils de gouvernance locale, comme la création de commissions locales d’information (CLI) spécifiques aux SMR pour garantir un suivi citoyen transparent. Pour emporter l’adhésion, les opérateurs s’engageront très certainement à garantir un prix de la chaleur stable face aux crises géopolitiques et énergétiques, contribuant ainsi au pouvoir d’achat des riverains.
Maîtrise
Une réaction syndicale illustre ces enjeux. Pour Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT, première organisation syndicale du secteur, un éventuel déploiement des SMR chaleur ne peut se concevoir que « dans le cadre d’une stratégie nationale planifiée, intégrée à la PPE et à un service d’intérêt économique général, sous maîtrise publique et portée par la filière nucléaire existante ». Il met en garde contre « un modèle encore loin d’être au point, économiquement et techniquement » et refuse « un nucléaire privatisé, financé par la collectivité et payé par les usagers ».
Le débat intervient alors que la Programmation pluriannuelle de l’énergie vient d’être publiée par décret. Elle fixe la trajectoire énergétique jusqu’en 2035 avec un cap clair : accélérer la décarbonation, garantir la souveraineté énergétique et soutenir la relance du nucléaire aux côtés des renouvelables. Prolongation du parc existant, nouveaux réacteurs, électrification des usages : la planification redevient centrale.
Pour les collectivités, l’enjeu est double : inscrire leurs réseaux de chaleur dans cette stratégie nationale tout en maîtrisant gouvernance, coûts et acceptabilité. Les SMR ne constituent pas encore une solution opérationnelle, mais ils s’imposent déjà comme un sujet de débat légitime.









