Interior of Turbine generator in a big power plant. Hydroelectric power plant.

La ruée des collectivités locales vers l’hydrogène

Propre et théoriquement inépuisable, l’hydrogène vert séduit de plus en plus les collectivités. L’État s’est doté d’un plan de 10 milliards d’euros sur dix ans pour renforcer la filière. La région Bourgogne–Franche-Comté ou encore la ville d’Issy-les-Moulineaux font partie de ces territoires qui s’illustrent par leur volontarisme. Explications du phénomène, analyses et entretiens. Par Jean-Jacques BOZONNET

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L’hydrogène : la solution miracle ou une utopie de plus ?

Rare à l’état naturel, abondant sous forme atomique, en particulier dans l’eau, l’hydrogène (H2), gaz à la fois léger et aisément stockable, est communément présenté comme l’énergie de demain. Pour devenir «le leader mondial de l’hydrogène vert», la France a annoncé s’être dotée d’une «stratégie nationale» et d’un plan à hauteur de 10 milliards d’euros sur dix ans. Propre et théoriquement inépuisable, l’H2 vert ressemble à un Graal auquel il sera toutefois difficile d’accéder en raison de son coût et de la complexité de sa mise en œuvre.

« Oui, mes amis, je crois que l’eau sera un jour employée comme combustible, que l’hydrogène et l’oxygène qui la constituent, utilisés isolément ou simultanément, fourniront une source de chaleur et de lumière inépuisables et d’une intensité que la houille ne saurait avoir. »

Ainsi prophétise le savant Cyrus Smith dans L’Île mystérieuse, le roman de Jules Verne publié en 1875. Face à l’incrédulité de ses compagnons d’aventure, le scientifique clôt le débat: « L’eau est le charbon de l’avenir. »

Un siècle et demi plus tard, le sujet de l’hydrogène a quitté les rayons de littérature futuriste. Après avoir longtemps stationné dans les ouvrages techniques et nourri pas mal d’espoirs déçus, le voici dans l’actualité politique et économique comme le facteur X d’une nouvelle «révolution industrielle».

Jeremy Rifkin, spécialiste américain de prospective (économique et scientifique).

Annoncée par l’économiste américain Jeremy Rifkin en 2002, «l’économie de l’hydrogène» est devenue pour de nombreux gouvernements l’alternative évidente à une « économie du pétrole » déclinante. La volonté, universellement affirmée aujourd’hui, de réduire à zéro les gaz à effets de serre d’ici à 2050 en a fait le vecteur énergétique manquant dans la lutte contre le réchauffement climatique.

En effet, à condition d’être fabriquée avec de l’électricité produite par des énergies renouvelables, l’hydrogène n’émet pas de CO2, ni aucun autre polluant.

50­ 000 et 150 000 emplois dans 10 ans

Une bonne quinzaine de pays ont d’ores et déjà élaboré une «stratégie hydrogène», et des dizaines d’autres travaillent à des feuilles de route ou des programmes spécifiques. Mais sa contribution à la solution climatique et à l’amélioration de la qualité de l’air n’est pas la seule raison de l’intérêt porté actuellement à l’hydrogène.

Ce vecteur risque de devenir un complément indispensable de l’électricité afin de répondre à l’augmentation exponentielle de la demande en énergie dans l’avenir. L’Irena (Agence internationale pour les énergies renouvelables) considère que l’hydrogène couvrira 12% de la consommation mondiale d’énergie d’ici à
2050.

Autre enjeu, sur lequel insiste particulièrement Bruno Le Maire, le ministre
français de l’Économie : la mise en œuvre d’une filière hydrogène peut contribuer à la réindustrialisation du pays et créer de nouveaux emplois, estimés entre 50­ 000 et 150 000 en dix ans.

Près de dix milliards d’euros investis en France

En France, premier pays à s’être doté d’une « stratégie nationale pour le développement de l’hydrogène », le gouvernement a poussé les feux à partir de septembre 2020 : à un plan hydrogène doté de 7,2 milliards d’euros, s’est ajoutée un an plus tard une rallonge de 1,9 milliard dans le cadre du plan d’investissement France 2030.

Actuellement, «du point de vue environnemental, il fait plus partie du problème que de la solution »
Patrice Geoffron

Près de dix milliards d’euros seront ainsi consacrés en moins d’une décennie au développement de l’hydrogène. C’est à la hauteur de l’investissement massif annoncé par l’Allemagne ou les États-Unis sur le même sujet. Qu’il semble lointain et dérisoire, le plan Hulot de 2018 avec ses 100 millions d’euros dédiés à l’hydrogène !

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