Les chemins escarpés de la mobilité hydrogène

L’industrie automobile travaille sur des applications de l’hydrogène dans les véhicules lourds : bus, camions et utilitaires légers. Le durcissement des normes d’émissions de CO2 en Europe amène les constructeurs à se mobiliser sur le dossier hydrogène. Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire ambitionne de décarboner l’industrie en faisant émerger une filière française compétitive de l’électrolyse et de développer une mobilité professionnelle, lourde ou intensive, à l’hydrogène renouvelable ou bas-carbone. En attendant le train…

Parmi les milliers de taxis circulant dans Paris, une centaine a l’avantage de n’ajouter aucun polluant dans l’air de la capitale. Les voitures de la compagnie Hype roulent à l’hydrogène, ne laissant dans leur sillage que de la vapeur d’eau.

Un chauffeur de taxi de la compagnie Hype au volant d’un Hyundai Nexo qui roule à l’hydrogène à Paris, en février 2021.

L’image de ces voitures électriques que l’on peut recharger en moins de cinq minutes est belle, mais trompeuse !

Bien que la technologie soit maîtrisée et sans cesse améliorée par quelques constructeurs en pointe (Toyota, Hyundai, etc.), la perspective de voir une voiture à hydrogène dans le garage de monsieur Tout-le-Monde n’est pas pour demain.

Pierre-Franck Chevet.

L’industrie automobile a parié massivement ces dernières années sur les véhicules électriques équipés de batteries.

« Dans ce contexte, le véhicule électrique équipé d’une pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène trouvera plus difficilement sa place », estime Pierre-Franck Chevet, le président d’IFP Énergies nouvelles (Ifpen).

Pas de stations de recharge pour particuliers

De toute façon, il serait impossible de produire suffisamment d’hydrogène vert dans l’immédiat, sans parler d’un réseau et d’infrastructures de recharge encore inexistants.

On comptait moins de soixante stations hydrogène dans toute la France en 2021. Comment espérer une multiplication, à court ou moyen terme, dans la mesure où le réseau des stations de recharge pour l’électrique à batteries, pourtant prioritaire, tarde à remplir les objectifs ? Il y avait à peine plus de 50 000 bornes installées fin 2021, alors que le ministère de la Transition écologique en attendait le double.

Jean-Marc Jancovici, ingénieur et notamment créateur du « bilan carbone ».

Volontiers provocateur, Jean-Marc Jancovici, spécialiste de la décarbonation de l’économie, affirmait à L’Express en octobre 2020 : « Dans le domaine des transports, mes enfants seront morts que nous n’aurons toujours pas l’aptitude à remplacer par de l’hydrogène propre une fraction significative des 3 milliards de tonnes de carburants consommés annuellement dans le monde. »

L’hydrogène ne peut convenir que marginalement à des flottes d’entreprises développées autour de quelques points de recharge comme c’est le cas des taxis parisiens Hype. Ils disposent pour l’instant de trois stations, dont une à Orly et une à Roissy–Charles-de-Gaulle, mais leur PDG, Mathieu Gardies, mise sur l’effet JO pour agrandir la vitrine de l’hydrogène dans la capitale (24 stations espérées pour ses 600 véhicules en 2024 ).

Imaginable pour les poids lourds

En revanche, pour la mobilité lourde (camions et autocars), l’hydrogène vert et la pile à combustible sont plus adaptés que les batteries en termes d’autonomie, de puissance et de temps de recharge.

EGALEMENT DANS CE DOSSIER

Article Précédent

L’hydrogène vert, qu’est-ce que c’est ?

Article Suivant

Strasbourg : Les marchandises sur l’eau et à vélo