Datacenters : gouffre ou puits d’énergie ?
La première table ronde, dédiée aux centres de données de plus en plus nombreux sur les territoires tandis que plusieurs projets d’installation sont en cours, interpellait sans détour participants, chercheurs, décideurs publics, représentants de collectivités et professionnels. Animés par Grégory Berkovicz avec la participation de Julien Castex de Patriarche AI, de Sabrina Lamy-Dugrand du groupe Egis et d’Isaura Feretz de la communauté de communes Somme Sud-Ouest où justement un projet est en cours de développement, les échanges ont permis d’explorer l’équilibre complexe entre la consommation massive d’énergie et d’eau de ces infrastructures et les opportunités de développement économique local. Le projet d’envergure dans la Somme a servi d’exemple pour illustrer l’importance de la valorisation de la chaleur fatale, notamment via des débouchés agricoles comme les serres ou la pisciculture. Pour les débatteurs, la réussite de tels projets repose sur une planification territoriale rigoureuse et un dialogue constant avec les habitants pour garantir une acceptabilité sociale. Les experts ont aussi rappelé que la maîtrise de la ressource énergétique et du foncier est désormais indissociable de la souveraineté numérique de la France.
Réseaux de chaleur et économies d’énergies : un nouveau paradigme
Pour la deuxième table ronde, Stéphane Saussier de l’IAE était entouré de Gérald Chirouze de Generia, le syndicat mixte de La Défense organisant et assurant le service public de chauffage et de refroidissement urbain des immeubles du quartier d’affaires, et de Benjamin Brullon de la société d’ingénierie et de conseil en transition énergétique et environnementale Manergy. Cette table ronde a traité de la transformation des réseaux de chaleur face aux impératifs de la transition énergétique, en se concentrant sur le passage à un « nouveau paradigme économique ». En effet, les échanges ont mis en avant la tension entre le modèle historique de concession, basé sur les volumes vendus, et l’objectif actuel de réduire la consommation pour préserver les ressources. Selon les intervenants, les contrats évoluent désormais pour intégrer des objectifs de performance et une plus grande part d’énergies renouvelables, garantissant ainsi une meilleure stabilité des prix. Le dialogue a mis en lumière l’importance d’une collaboration étroite entre les collectivités publiques et les opérateurs privés pour financer les infrastructures nécessaires.
Comment accélérer la transition énergétique et les CPE
Les conclusions de la table ronde précédente conduisaient quasiment naturellement au thème de la troisième. Il y a justement été question de l’évolution des contrats de performance énergétique et de la nécessité de normaliser les montages contractuels complexes. Les intervenants ont notamment souligné la nécessité de massifier la rénovation thermique des bâtiments publics plutôt que de se limiter à de simples changements de systèmes techniques. Cependant, le débat a mis en lumière des obstacles majeurs tels que les contraintes fiscales liées à la TVA, les difficultés de financement public et le maintien de la maîtrise d’ouvrage. Pour les participants, l’enjeu principal consiste à valoriser le patrimoine immobilier sur le long terme tout en sécurisant juridiquement les investissements privés. Malgré ces freins, les experts encouragent le passage de l’expérimentation des contrats globaux de performance énergétique à paiement différé à une application généralisée du dispositif pour accélérer la transition écologique. Romain Balzac, avocat associé de GB2A, était entouré de Guillaume Delaloy de FIN INFRA, la mission gouvernementale d’appui au financement des infrastructures, de Yann Breussel d’Aix-Marseille Université, de François Bergère, directeur général de l’Institut de la gestion déléguée, et de Kevin Hibert de la SPL Altern.
L’aménagement énergétique du territoire : enjeux d’équilibres politiques et sociaux
Pour la dernière table ronde, Modeste Marques, avocat associé de GB2A, était accompagné de Louis-Frédéric Robin de GB2A Ingé-Consult, Pascal Agostini d’Equans, leader des services multitechniques, Martin Meridjen de la Métropole du Grand Paris, et Mathieu Dancre de la SEM Aser, en charge du développement des énergies renouvelables le long de la vallée de la Seine. La Métropole du Grand Paris a présenté un vaste plan de solarisation visant à installer des centrales photovoltaïques sur les toitures de 21 communes partenaires. Un projet qui souligne l’importance de la mutualisation des ressources et de l’ingénierie publique pour surmonter les obstacles techniques et juridiques. De son côté, la SEM Aser a souligné les défis liés au financement, à l’autoconsommation collective et à la résilience électrique urbaine. La discussion a également mis en avant la collaboration nécessaire entre les collectivités, les citoyens et les opérateurs privés pour accélérer la transition énergétique. Ce dialogue illustre aussi comment transformer un patrimoine urbain dense en un levier de production d’énergie locale et durable.





