« Nous sommes ta police. » À Ponferrada, ville espagnole de 64 000 habitants, la formule résume une transformation engagée depuis plus de vingt-cinq ans. Avec l’objectif de faire de la police municipale un service de proximité, davantage tourné vers la prévention que vers la seule réaction aux infractions. Un modèle qui conjugue participation des habitants, innovation numérique et nouvelles formes d’intervention, comme le montre le retour d’expérience partagé par le Forum européen de la sécurité urbaine que nous relayons.
Un taux de criminalité au plus bas
Lorsque Ponferrada engage sa transformation, à la fin des années 1990, la démarche constitue presque une révolution culturelle dans une Espagne où l’image de la police reste marquée par l’héritage du franquisme. L’objectif est de changer de logique et d’intervenir avant que les difficultés ne dégénèrent plutôt que de se limiter à répondre aux infractions.
La ville revendique aujourd’hui un taux de criminalité particulièrement bas. Selon les données citées par le chef de la police municipale, Arturo Pereira Cuadrado, il s’établit à environ 10,3 infractions pour 1 000 habitants, contre 40,5 en moyenne nationale.
Au cœur du dispositif figurent les comités de quartier. Responsables policiers et représentants des associations de riverains s’y retrouvent régulièrement pour identifier les difficultés propres à chaque secteur : conflits de voisinage, incivilités, nuisances ou problèmes de sécurité. Les patrouilles sont elles-mêmes invitées à s’insérer dans la vie quotidienne des quartiers et à recueillir les informations auprès des habitants.
Cette logique préventive s’étend à des domaines qui dépassent largement la délinquance : accompagnement des personnes âgées, violences domestiques, sécurité routière, nuisances sonores ou encore respect de la réglementation municipale. Dans cette commune géographiquement étendue, elle prend aussi des formes originales. Une « Patrouille verte » assure ainsi des missions de médiation auprès des agriculteurs et des éleveurs, tandis que des policiers sont présents sur les itinéraires du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Fin du papier
L’innovation constitue l’autre pilier de cette transformation. La police municipale ne compte que 70 agents, alors que ses responsables estiment qu’il en faudrait deux fois plus au regard de la législation espagnole. Pour compenser cette faiblesse des effectifs, Ponferrada a engagé depuis une dizaine d’années une numérisation complète de son fonctionnement.
Le papier a progressivement disparu. Les agents travaillent désormais en réseau et les informations sont partagées en temps réel. La ville dispose également d’un système de vidéosurveillance, encadré par une législation espagnole stricte en matière de respect de la vie privée. L’intelligence artificielle est utilisée pour faciliter et accélérer la rédaction des rapports des policiers sur le terrain.
Santé mentale
Mais l’innovation la plus singulière concerne la santé mentale. Les policiers sont de plus en plus souvent appelés à intervenir auprès de personnes en situation de crise avant l’arrivée des professionnels de santé. Une mission délicate car il s’agit alors d’identifier correctement la nature d’un trouble pour déterminer la manière d’approcher une personne et éviter l’escalade.
La police municipale a donc développé, avec le Service de médecine légale et des universitaires spécialisés de l’Université de León, une application mobile destinée aux agents. Sur leur téléphone, ils pourront identifier le type de détresse auquel ils sont confrontés et suivre, étape par étape, la procédure recommandée en attendant l’arrivée des équipes médicales.
• Lire l’article complet sur le site de l’European forum for urban security (Efus)












