Vous êtes cofondatrice du groupe de réflexion « Le sens du service public ». Quelle est son histoire ?
Émilie Agnoux : En 2021, nous étions un groupe de fonctionnaires redoutant de subir une fois de plus, à l’occasion de la campagne présidentielle de 2022, une surenchère entre candidats pour savoir qui supprimera le plus de postes dans la fonction publique. Il nous semblait qu’il ne suffisait pas de dénoncer cet acharnement, qu’il fallait proposer autre chose. Face aux nombreuses attaques subies depuis les années 1980 et la montée de l’idéologie néolibérale, les progressistes se sont souvent arc-boutés sur une vision défensive, sans voir les insatisfactions qui devaient inciter à des améliorations.
Nous avons donc proposé trois orientations pour repenser et refonder le service public. La première, c’est l’égalité d’accès pour toutes et tous. Nous avons travaillé, à l’aide de sondages, sur ce que signifie l’égalité d’accès, et sur la perception qu’en ont les Françaises et les Français. Car cette perception n’est pas homogène entre les personnes et en fonction des services publics. La deuxième, la bifurcation écologique. Au XXIe siècle, réussir cette transition écologique est un enjeu majeur et les acteurs publics doivent pleinement y participer. La troisième, l’écoute démocratique. Les services publics doivent être plus démocratiques, plus accessibles, y compris dans leur langage, avec des agents publics plus représentatifs de la diversité française. Ce sont les trois piliers sur lesquels nous travaillons. Et c’est dans cette lignée que s’est inscrit mon essai.
Pourquoi est-il important de défendre la puissance publique ?
E. A. : C’est un enjeu démocratique majeur. Nous sommes confrontés à une offensive privée particulièrement forte – des géants de la tech aux pétroliers – qui nourrit un sentiment d’impuissance publique. Et surtout détourne des moyens publics au bénéfice de ceux qui ont la capacité d’orienter les normes, les impôts, les dépenses publiques et d’imposer un narratif visant à accroître leur emprise et à capter toujours plus de richesses publiques ou privées. Cette puissance privée, incarnée notamment par les milliardaires, est aussi bien aidée par des éditorialistes et des responsables politiques, de droite...






