DOSSIER

Stations de montagne : faut-il bâtir un nouveau modèle ?

Entre adaptation au réchauffement climatique et transformation plus radicale, il leur faut inventer de nouveaux modèles, moins dépendants de la météo, moins énergivores et plus attractifs.
La rédaction
La rédaction
Publié le 5 décembre 2022
Dossier réalisé par Isabelle Friedmann

À l’échelle de l’histoire de l’humanité, le ski n’aura représenté qu’une fraction de seconde. À peine une anecdote. Et pourtant, pour les élus de montagne et les directeurs de station, le sujet du devenir de leur activité phare est loin d’être anecdotique. Quand on sait que le tourisme en montagne génère 20 milliards d’euros de retombées économiques, dont 50 % via les 350 stations de ski françaises qui emploient quelque 120 000 personnes, on comprend que l’enjeu est de taille. D’un côté, les données implacables des rapports scientifiques prouvent à la fois la fonte des glaciers, la diminution nette de 10 % des neiges éternelles en quarante ans et l’impact environnemental des activités de montagne : émissions de gaz à effet de serre liées aux transports et consommation d’eau liée à la neige de culture. De l’autre, la nécessité de maintenir une activité viable pour les stations de montagne et leurs habitants. Tiraillés entre ces deux enjeux, les élus tâtonnent, expérimentent et s’interrogent. « Mais tous réfléchissent, tient à souligner Jean-Luc Boch, maire de La Plagne Tarentaise et président de l’association nationale des Maires de stations de montagne (ANMSM). Nous sommes la seule industrie qui se projette ainsi sur vingt à trente ans, car nous savons que nous allons devoir nous adapter à des conditions climatiques changeantes. » Une adaptation envisagée à plus ou moins long terme selon les territoires, puisque Métabief fait le deuil du ski à court terme, tandis que la station des Orres n’est pas encore prête à tourner la page. Avec comme nerf de la guerre, la question actuellement très polémique de la neige artificielle. À La Clusaz, des associations de défense de l’environnement crient à l’hérésie écologique, refusant la création d’une nouvelle retenue collinaire, synonyme de destruction de la biodiversité et de gaspillage des ressources naturelles. En face, les pro-neige artificielle mettent en avant les vertus économiques du ski pour le territoire, et le fait que ces réserves d’eau peuvent aussi servir l’été à abreuver les troupeaux.

La crise sanitaire et la saison blanche 2020-2021 ont créé un électrochoc

La neige de culture en question

« Quand, en altitude, on fait le choix de la neige de culture, argumente Jean-Luc Boch, c’est avec deux objectifs : sécuriser un enneigement en début et en fin de saison, et enneiger des zones exposées au sud pour assurer la continuité des pistes. Mais, on n’est pas du tout dans les aberrations vues hier aux JO de Pékin ou demain en Arabie saoudite ! Nous sommes totalement contre ces situations. Pour nous, la neige de culture est un complément ; on ne fera jamais une saison d’hiver uniquement avec de la neige de culture. Je trouve qu’on a trop tendance à faire porter le chapeau aux territoires de montagne français, à nous voir comme la cause du réchauffement climatique, alors que nous en sommes une des victimes, et que nous travaillons à réduire l’empreinte carbone de nos activités. » Si l’inquiétude des élus de montagne ne date pas d’hier, l’attrait des sports d’hiver ayant reculé depuis plusieurs années, la crise sanitaire et la saison blanche 2020-2021 ont créé un électrochoc. Sans pour autant dégager de solution miracle. « On a eu l’impression, avec la crise de 2020, qu’on venait d’inventer les chiens de traîneaux, le ski de randonnée et les balades en montagne, mais toutes ces activités existent depuis longtemps, fait remarquer Jean-Luc Boch. Ce qu’on ne dit pas assez, c’est qu’elles ne permettent pas de faire vivre les stations. En 2020, les stations ont été remplies à 70 %, mais elles n’ont réalisé que 20 % de leur chiffre d’affaires habituel. »

Le plan Avenir montagnes

Le plan gouvernemental Avenir montagnes, né de la crise sanitaire, cherche depuis mai 2021 à « construire un avenir touristique plus diversifié et plus durable pour les territoires de montagne » ; à « leur donner la possibilité de développer une offre touristique “4 saisons” sans tourner le dos à l’activité neige ». Cela se traduit par un volet « investissements » (300 M€) pour développer des équipements touristiques durables, moderniser et diversifier les activités, ainsi que par un volet « ingénierie » (31 M€), autour notamment des questions de mobilité et d’hébergement.

« On a trop tendance à faire porter le chapeau aux territoires de montagne français, à nous voir comme la cause du réchauffement climatique, alors que nous en sommes une des victimes »
Jean-Luc Boch

Qu’il s’agisse de la problématique du dernier kilomètre (voir l’exemple de Saint-Gervais) ou de la bataille livrée aux « lits froids » comme à Font-Romeu, les mutations attendues exigent non seulement des investissements
financiers et des solutions techniques innovantes, mais aussi un changement de logiciel, davantage axé sur une vision plus panoramique des territoires, sur des logiques partenariales et sur une sensibilisation accrue aux enjeux de la préservation des écosystèmes montagnards. Des paramètres qui sont indispensables pour que les montagnes françaises, réservoirs d’eau et de biodiversité, s’inscrivent pleinement dans une dynamique respectueuse de l’environnement, naturel et humain.

Dans ce dossier

ça peut vous intéresser

Innovation

Des initiatives locales qui méritent de faire école ! Le palmarès des Prix Territoria 2026 met à l’honneur 49 lauréats, dont 17 Territoria Or. Solidarités, mobilités, inclusion, management… Autant de...

Innovation

A Villejuif, le rapport de la chambre régionale des comptes sur la gestion 2019-2024 s’est transformé en cahier de vacances. Quiz, mots fléchés, labyrinthe et « test psycho » permettent...

Innovation

À Argentan, la nouvelle école Ginette Kolinka inaugurée pour la rentrée 2026 anticipe le déréglement climatique. Structure en bois, isolation en paille, ventilation naturelle, panneaux photovoltaïques, récupération des eaux de...

Innovation

Après une expérimentation dans 38 écoles de Dijon, « Chouette Cantine » entre dans une phase de diffusion nationale. Conçu avec l’Inrae, le dispositif aide les collectivités à évaluer leurs...

Innovation

Et si les collectivités arrêtaient de réinventer chacune les mêmes outils dans leur coin ? Modèles de délibérations, conventions, guides, méthodes ou solutions numériques : « France territoriale » veut...

Innovation

À Villeneuve-de-Berg, en Ardèche, Roxanne Riou, céramiste, et Alice Corbel, chausseuse maroquinière, ont installé leur atelier-boutique La Cabane dans un local acquis par Villages Vivants. Une opération qui contribue à...

Innovation

À Bourg-en-Bresse, la rivière est sortie du béton. En deux ans, la Reyssouze et ses affluents ont retrouvé des méandres, des arbres et des zones humides. Une transformation destinée à...

Innovation

Les bonbonnes de protoxyde d’azote sont devenues un risque majeur pour les centres de traitement des déchets. Près d’Avignon, Suez et la préfecture du Vaucluse expérimentent une solution inédite en...

Innovation

Pour réduire rapidement l’empreinte carbone de l’aviation sans changer les avions, EDF mise sur un kérosène de synthèse produit dans l’estuaire de la Loire. Baptisé Take Kair, le projet utilisera...

Innovation

Dans les Asturies, l’artisanat traditionnel devient un levier de développement local. Engagée dans le projet européen Culturality, l’université d’Oviedo fait dialoguer artisans et savoir-faire pour imaginer de nouveaux objets, adaptés...

Innovation

En Indre-et-Loire, pour faciliter le retour à l’emploi ou l'entrée en formation d'allocataires du RSA, le Département, la CAF Touraine et France Travail expérimentent une réponse coordonnée autour de la...

Innovation

Face à l'intensification des feux de forêt, la détection précoce devient un enjeu majeur pour les collectivités. Le boîtier CamIA, développé par la société AzuriA, repère les premiers départs de...

NE PERDEZ PAS L’INSPIRATION,

ABONNEZ-VOUS À LA NEWSLETTER

Votre adresse de messagerie est uniquement utilisée pour vous envoyer les lettres d’information de la société Innomédias. Vous pouvez à tout moment utiliser le lien de désabonnement intégré dans la lettre d’information.
En savoir plus sur la gestion de vos données personnelles et vos droits.