INNOVATION

Face aux inondations, redonner à la nature ce qui lui appartient ?

Pluies record, crues historiques, saturation des sols : les inondations s’imposent désormais comme un risque majeur pour les territoires. Partout en France, les communes sont en première ligne face à des phénomènes aggravés par le changement climatique et des décennies d’artificialisation. Entre prévention, adaptation urbaine et remise en cause de certains choix d’aménagement, les stratégies évoluent. Désimperméabilisation des sols, restauration des zones inondables, renaturation des cours d’eau ou recours aux technologies prédictives : une nouvelle approche émerge, fondée sur une idée simple mais radicale — redonner à la nature l’espace dont elle a besoin pour contenir l’eau.
Olivier DARTIGOLLES
Publié le 2 mars 2026

Il n’a jamais plu aussi longtemps en France depuis le début des mesures pluviométriques en 1959. Depuis le 1er janvier dernier, le niveau des précipitations représente l’équivalent d’un hiver entier sur un large quart du Sud-Ouest, du pourtour méditerranéen et de la pointe bretonne. Les crues historiques du mois de février ont, de nouveau, fait mesurer l’urgence d’accélérer les stratégies locales face aux risques d’inondation. Et face à toutes les autres conséquences, à long terme, du changement climatique.

Les communes sont particulièrement exposées. À Quimper, à la suite de l’effet conjugué de fortes précipitations hivernales, qui saturent les deux principaux cours d’eau, l’Odet et le Steïr, et de coefficients de marée élevés, l’un des sujets prioritaires de la prochaine élection municipale porte sur la prévention des inondations. Avec l’objectif de diminuer la vulnérabilité des habitations et des commerces, des diagnostics gratuits sont proposés par la ville de Quimper afin d’identifier des mesures de protection, dont le financement par l’État peut atteindre 80 % pour les particuliers et 40 % pour les entreprises. Dans de très nombreuses communes, la question de l’entretien des digues est devenue un sujet de polémiques.

Dans un récent sondage Ipsos-BVA, réalisé pour la Fondation Jean Jaurès et la Macif, 74 % des décideurs locaux ont placé les risques climatiques en tête de leurs préoccupations pour la prochaine mandature. En février, une enquête menée par l’institut Terram indique que seuls 24 % des personnes interrogées estiment que leur commune est « en avance » en matière d’adaptation des territoires aux risques climatiques.

Ville éponge

Avec quelles solutions techniques et technologiques ? Avec quels changements de comportement ? Quelles innovations ? Çaen (14) vient de renoncer à la construction de tout un quartier en raison du risque d’inondation. Pour réduire l’artificialisation des sols, la ville de Nantes a débitumé 14 hectares au cours des six dernières années, soit 70 sites, dont 50 cours d’école. Le concept de la « ville éponge » consiste à désimperméabiliser massivement les sols. Au lieu de diriger l’eau vers des égouts saturés, on utilise des revêtements poreux, des toitures végétalisées, des noues paysagères et des jardins de pluie afin que l’eau s’infiltre là où elle tombe. Fin 2024, Morlaix (29) a choisi de rouvrir sa rivière pour lutter contre les inondations, en remodelant les galeries souterraines dans lesquelles coulent ses affluents. Et Rive-de-Gier (42) réfléchit à la découverture du Gier en plein centre-ville après de violentes inondations en 2024.

Face aux crues, les Pays-Bas, avec 60 % de la superficie de leur territoire exposée au risque d’inondation, constituent une référence mondiale en matière d’adaptation à la montée des eaux. Après le drame provoqué par le raz-de-marée de février 1953 (1 836 morts), le plan « Delta » a engagé la construction d’immenses ouvrages de génie civil, avec 20 000 kilomètres de digues et de gigantesques barrages. La solution consiste aujourd’hui à rendre à la nature ce qui lui appartient. À cesser de bloquer les cours d’eau, à les libérer pour mieux les laisser s’étendre. Les zones inondables naturelles sont rétablies. Ce qui demande, bien évidemment, un processus citoyen et une co-construction avec les habitants.

Libérer les cours d’eau

Libérer les cours d’eau suppose l’adhésion des riverains. Cela passe par une éducation à la prévention (comme les diagnostics gratuits), des exercices d’évacuation réguliers et une implication des résidents dans l’aménagement de leur quartier résilient. Il faut accepter que certaines zones ne soient plus habitables ni constructibles, et accompagner financièrement et psychologiquement le déplacement des populations et des infrastructures hors des zones à haut risque.

Des communes s’engagent dans des solutions proposées par l’intelligence artificielle et l’Internet des objets (IoT), avec le déploiement de réseaux de capteurs connectés le long des cours d’eau, permettant de surveiller en temps réel le niveau, le débit et la saturation des sols. Couplées à l’IA, ces données permettent des modélisations prédictives ultra-locales afin d’anticiper les crues à l’échelle d’un quartier.

photo archives ©Adobe stock

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