– Comment définir la notion de partage ?
Guillaume Le Blanc : Le terme partager induit la possibilité d’une relation symétrique entre des êtres. Il existe deux types de relations humaines. Celles par nature asymétriques, dans lesquelles la place de A et la place de B ne peuvent pas être échangées sans que la relation disparaisse. Telle une relation hiérarchique, entre un médecin et son patient, ou entre un enseignant et son étudiant. Dans ce cadre, l’idée du partage ne peut pas se développer à plein régime, parce qu’il y a toujours quelque chose que possède l’un et que n’a pas l’autre. L’enseignant possède le savoir, l’élève ne l’a pas. Le médecin possède lui aussi le savoir et le pouvoir et le patient ne l’a pas. Mais à l’arrivée, il y aura peut-être une forme d’égalisation de la relation, l’élève en sachant autant que le maître ou le patient étant devenu aussi savant que le médecin sur ce qui lui arrive. Le savoir sera partagé. Même dans les relations asymétriques, il y a donc l’horizon du partage. Il y a d’autre part des relations, assez rares dans la vie humaine, les relations symétriques, dans lesquelles il y a une égalité relative ou très grande entre les deux personnes. Par exemple, une relation d’amitié. Rien ne sépare ni ne distingue les deux amis, même s’ils ont des statuts professionnels différents, des carrières différentes. Il y a là la possibilité claire et entière du partage. Si on analyse maintenant le terme dans toutes ses ambiguïtés, on voit qu’il y a un paradoxe constitutif. L’action de partager revient du point de vue étymologique à une division. Si je partage le gâteau, je le divise en parts, qui ne sont pas nécessairement égales. Il va donc falloir que je départage entre les personnes qui ont droit à une part plus ou...
ENTRETIEN








