DÉBAT

Communication : quatre règles à suivre en période électorale

Bruno LAFOSSE
Publié le 20 octobre 2025
À l’approche des municipales, faut-il ranger les micros, couper les réseaux sociaux et suspendre toute forme de communication ? Certainement pas. La période préélectorale, loin d’être un moment de gel, peut devenir un temps stratégique pour la communication des collectivités. Encore faut-il en maîtriser les codes, les limites… et les opportunités. Voici quatre repères pour tenir le cap.

1. Continuer à communiquer sous conditions

Non, la communication ne s’arrête pas six mois avant les municipales. Non, les équipes ne sont pas condamnées au silence radio sous prétexte que la campagne approche. La jurisprudence est claire : tant que l’on reste dans une logique de continuité du service public, sans ostentation, ni appel au vote, la communication institutionnelle peut (et doit) se poursuivre.

Trois questions permettent de trancher rapidement :

• Aurions-nous communiqué de la même façon en dehors du calendrier électoral ?

• Restons-nous fidèles à nos formats et canaux habituels ?

• Cette communication est-elle réellement utile aux habitants ?

Si la réponse est oui, la publication est défendable. Encore faut-il garder la bonne posture : valoriser les services, les projets collectifs, les habitants, plutôt que de surjouer la figure de l’élu·e en campagne. À lire sur Cap’Com : les 8 posture du communicant zen en période électorale : bit.ly/comzen.

Certaines actions sont même encouragées : faire une campagne pour l’inscription sur les listes électorales, valoriser les forces vives du territoire à l’occasion des vœux 2026 ou rappeler les services à disposition de la population reste non seulement possible, mais pertinent. À condition de garder la mesure.

Après ces présentations courtes et percutantes, place aux échanges. Le public pourra interroger les intervenants et enrichir la réflexion collective.

Période sensible oblige, la confusion entre communication institutionnelle et expression politique est fréquente. Et les tensions peuvent vite s’installer au sein des équipes. Il est donc crucial de rappeler quelques règles de base à tous les acteurs – élus comme agents.

2. Canaliser les ardeurs militantes

Non, un agent ne peut pas relayer la communication électorale d’un·e élu·e depuis un compte professionnel. Non, un élu ne peut pas utiliser les ressources humaines, techniques ou financières de la collectivité pour sa campagne, même de manière indirecte. La neutralité s’applique à tous les niveaux.

Le devoir de réserve des agents, tout comme la responsabilité juridique des élus, impose de la clarté, de la rigueur… et parfois du sang-froid. La communication publique doit garder son autonomie, son cadre, sa logique propre. Elle n’est ni l’auxiliaire de la campagne, ni son terrain de brouillage.

3. Anticiper la suite

Ne rien sortir de nouveau ? Certes. Ne rien préparer ? Ce serait une erreur stratégique. Car pendant que certains regardent la montre, d’autres mettent à profit ce moment pour réfléchir à l’avenir.

Dès l’automne 2025, les collectivités peuvent – et doivent – amorcer la réflexion sur la stratégie de communication du futur mandat. Objectif : être prêts dès le printemps 2026. Repenser l’identité visuelle, les outils print et numériques, les supports de proximité (journal, lettre d’info, signalétique…), initier les appels d’offres nécessaires, budgétiser les besoins, évaluer les campagnes passées, se former aux nouveaux enjeux (IA, sobriété éditoriale, communication de crise, langage clair) : tout cela est parfaitement légal, utile… et avisé.

Et si l’on est candidat avec une chance raisonnable d’être élu, il est plus que temps de penser les 100 premiers jours – ou la première année – du mandat. Ce que l’on va dire, ce que l’on veut montrer, ce que l’on souhaite installer comme climat relationnel. Car les premiers pas comptent. Ils impulsent une dynamique… ou installent la défiance. Donc autant travailler la communication en amont de son installation. Et rien de pire qu’un élu qui découvre les règles de la communication publique… le jour de son élection.

Cette phase de transition est aussi un moment précieux pour aligner vision politique et organisation. Pourquoi ne pas en profiter pour mettre à plat les priorités, redonner du sens à la fonction com et s’interroger sur les compétences, les missions, les attentes ?

4. Repartir sur de bonnes bases

Enfin, cette période est l’occasion idéale pour (re)découvrir ce qu’est la communication publique. On évitera ainsi les a priori et les impairs fréquents qui empoisonnent durablement les relations entre les élus et les professionnels. Car, non,
le politique ne sait pas tout !

Ni vitrine publicitaire, ni prolongement de la propagande, c’est un métier à part entière, avec ses règles, son éthique, ses contraintes et son expertise. Croire qu’on peut « faire un petit post » ou « bricoler un journal maison » sans compétence, sans méthode, sans vision… c’est s’exposer à bien des désillusions.

Cette mise au clair est d’autant plus nécessaire que les équipes de communication ne changent pas forcément avec la majorité. Dans bien des cas, il faudra apprendre à coopérer. Mieux vaut partir sur de bonnes bases que de partir au clash dès le premier bulletin municipal.

Rendez-vous au Forum Cap’Com 2025

On a plus de budget, mais on a toujours des idées ! C’est le pari de la conférence programmée au prochain Forum Cap’Com, le jeudi 20 novembre à Angers et animée par Bruno Lafosse, rédacteur en chef de L’Inspiration politique. De 9 h 30 à 10 h 45, six retours d’expérience viendront prouver qu’une communication inventive peut se jouer de la contrainte budgétaire, même si les moyens dédiés à la com ne relèvent pas du gaspillage mais d’une mission de service public. Dix minutes chacun, façon benchmark express, pour passer en revue des démarches simples, créatives et reproductibles. Après ces présentations courtes et percutantes, place aux échanges. Le public pourra interroger les intervenants et enrichir la réflexion collective.

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