L’édito

par Frédéric Durand

Et si les maires jetaient l’éponge…

Le chiffre pourrait presque passer inaperçu, il est pourtant saisissant. Selon une récente étude de l’Ifop, 55% des maires ne souhaitent pas se représenter à l’issue de leur mandat. L’institut remarque que c’est le taux le plus élevé depuis 20 ans.

La fonction de maire aujourd’hui, outre qu’elle ne fournit plus le prestige symbolique d’antan, charrie mille soucis pour peu de reconnaissance et des marges de manœuvre financières réduites à néant ou presque. C’est d’autant plus injuste que dans un pays qui compte 35 000 villes et villages, l’immense majorité d’entre eux sont de vrais soldats de la République, des ouvriers de la chose publique qui ne comptent pas leur temps au service de leurs concitoyens pour des indemnités de misère la plupart du temps. Et, contrairement à la classe politique d’en haut, eux sont à portée de gifle, dans une volonté de proximité qui trop souvent ne leur est pas reconnue par le pouvoir central.

En même temps, et à l’instar de la société tout entière, le citoyen mute, il participe moins, voire plus du tout, à la vie de la cité, et se comporte davantage en consommateur de territoire qu’en acteur local. Cette maire d’une petite ville du Var nous racontait récemment comment de nouveaux habitants, venus de la grande ville, exigeaient des services sur mesure, sans se préoccuper le moins de monde des contraintes locales ni du bien commun.

Pour couronner le tout, les gouvernements qui se suivent depuis trente ans portent une attention presque exclusive aux métropoles, seules à même, selon eux, de générer de la richesse, donc seules dignes d’intérêt. Et les investissements massifs réalisés pour les grands centres urbains se font aujourd’hui au détriment des villes moyennes et petites. Une France choyée contre une France abandonnée. Et des maires excédés…

Et si les maires jetaient l’éponge, qu’en serait-il de notre pays ? Avec ses 500 000 élus de proximité, la France bénéficie d’un maillage politique exceptionnel, qui irrigue tout le territoire et préserve la spécificité des lieux. Leur absence renforcerait encore cet « aplatissement du monde [1], que le politologue Olivier Roy décrit avec brio dans son dernier essai. Nul doute qu’ils laisseraient derrière eux un pays sans relief, aseptisé et démocratiquement exsangue. Donner aux maires le « pouvoir d’agir », comme ceux-ci le revendiquaient lors de leur dernier congrès en novembre, c’est protéger la France et lui donner un avenir.

Frédéric Durand, Directeur de L’Inspiration politique.

[1] Voir le dernier ouvrage de Olivier Roy « L’Aplatissement du monde – La crise de la culture et l’empire des normes – Paru le 14 octobre 2022 Essai.

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Liseuse numéro 6