Face à Amazon, la riposte des territoires

Au gré des restrictions dues à la crise sanitaire, les places de marché se digitalisent. Portées par les collectivités, ces initiatives soutiennent les petits commerçants mais dessinent aussi un nouvel avenir pour l’ensemble des acteurs du territoire. Par Léonor Lumineau.

MARKETPLACE © Guus Baggermans Unsplash
© Guus Baggermans / Unsplash

Des choux rouges, des bottines en cuir, un abat-jour design, des produits de beauté, en passant par des vêtements… 9 500 produits sont disponibles sur la plate-forme. Sa particularité ? Tous les commerçants qui les vendent sont situés sur le territoire de Nancy Métropole (Meurthe-et-Moselle), qui a d’ailleurs financé Achetez-GrandNancy.fr, lancé en juin dernier. Une sorte de mini-Amazon local pour soutenir les boutiques de proximité.

Ces derniers mois, face aux difficultés rencontrées par les petits commerces du fait de la pandémie, de plus en plus de collectivités locales (Toulouse, Tours, mais aussi le Pays de Saint-Omer ou encore Angers et bien d’autres) ont lancé leur propre plate-forme numérique de commerces locaux.

L’idée est simple : proposer aux petits commerçants de créer facilement, souvent gratuitement, leur boutique en ligne sur ces marketplaces locales prises en charge par les collectivités.

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« La pandémie et les restrictions de déplacement ont fini de montrer aux commerçants qui pouvaient être réticents l’intérêt de ce type de solution, affirme François Werner, premier vice-président délégué à l’attractivité, au développement économique et au tourisme de la métropole du Grand Nancy, et à plus long terme, elles peuvent être un moyen de lutter contre Amazon et consorts. Certes, il y a toujours une part des achats qu’on aura toujours du mal à saisir, tant l’offre mondiale est attractive, mais si le consommateur, qui est aussi un citoyen, a le choix pour un même produit, il préférera aller vers le local. » Bien sûr, l’initiative est à ses débuts, mais déjà, achetez-grandnancy.fr génère 5­ 000 € de chiffre d’affaires par semaine.

Un accompagnement nécessaire

En la matière, attention au manque de méthodologie. « Si un maire se lance mais qu’il n’y a pas assez de commerçants sur son site et pas de trafic, ça sera du gâchis », prévient Frank Rosenthal, consultant en marketing. D’où l’intérêt de se faire accompagner.

Plusieurs prestataires français proposent ainsi des solutions de marketplace locale clés en main, notamment Acheteza, Ma Ville mon shopping (filiale du groupe La Poste), ou Whisibam. « Il faut faire bien attention et prendre le temps de choisir, car une fois que les commerçants sont dessus pas question de retour en arrière. L’enjeu est de faire les choses rapidement pour rattraper le retard, mais pas trop vite non plus pour ne pas se tromper, en voyant sur le long terme », ajoute-t-il.

Évidemment, il ne suffit pas de créer un site internet. « Il faut absolument un animateur dédié à la plateforme », explique Jocelyne Guérin, maire de Luzy (Nièvre). Dans ce village de 2 000 habitants, une agent s’occupe de l’animation « d’achetezaluzy.fr » (jusqu’à 2 500 visiteurs par mois) à temps quasi complet : « Elle a fait un travail personnalisé avec chaque commerçant, est allée les voir pour leur présenter la plateforme, les a formés… Elle organise des jeux concours, des chèques cadeaux, une newsletter. »

Un autre écueil à éviter selon elle est de se contenter d’un site « vitrine ». « Il faut que les clients puissent acheter directement sur le site, puis choisir de se faire livrer ou d’aller chercher leur commande », souligne Cathy Hoareau, première adjointe à la mairie d’Auterive (Haute-Garonne), qui s’est offert « auterive.oxiboutique.com » avec l’appui d’un prestataire local, pour environ 15 000 €. « Ce n’est pas très cher au final. Et c’est un budget de soutien à nos commerces de centre-ville que nous avions prévu», ajoute l’élue, qui comptabilise 58 vendeurs et 300 clients inscrits.

Mais, à la différence d’autres pays européens où chacun se débrouille de son côté, la France se distingue par l’ancrage local de ces places de marché digitales et par la prise en charge par les collectivités locales. « Avant, pour soutenir les petits commerces, on construisait des places de parking, on refaisait des rues. Aujourd’hui, on les défend en ligne. L’avantage est que ça coûte beaucoup moins cher, environ 40 000 € en moyenne, et qu’il y a beaucoup de financements des Régions et de l’État », affirme Christian Perbet, le président d’AchetezA, qui recense une centaine de marketplaces locales à son actif.

Les initiatives de places de marché numériques et locales tendent d’ailleurs à évoluer vers des solutions mettant en valeur l’ensemble des acteurs du territoire, des petits commerçants aux promoteurs de services, en passant par les associations, les acteurs du tourisme ou les organisateurs d’événements. Sur le site achetez-grandnancy.fr, on peut par exemple déjà se procurer des billets pour des balades touristiques thématiques… En attendant de pouvoir acheter des places pour des concerts ou des spectacles ?

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