— Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans cet ouvrage ?
Nicolas Prissette : Avec des parcours professionnels différents, nous nous sommes retrouvés autour d'un constat : il existe un profond décalage entre, d'une part, la manière très négative dont le débat médiatico-politique dépeint la société française et, d'autre part, les réalités du pays étayées par des enquêtes ou issues de nos expériences professionnelles. La vision noire de notre société, de sa cohésion, est certes largement diffusée et beaucoup croient y reconnaître la France. Mais elle disparaît lorsque les gens parlent de leur quotidien. Tout en étant confrontés à des difficultés, ils se disent très bien insérés dans la société et ont tendance à valoriser leur territoire. Pourtant, ils sont persuadés que l'addition de ces territoires serait une sorte d'enfer collectif.
Cette vision de fractures et de déclin a différentes sources. La plus éminente est L'archipel français de Jérôme Fourquet. Notre but n'est pas de démonter tout le propos de ce livre, mais nous assumons d'en prendre le contre-pied. En partant de l'expérience des Françaises et des Français, on se rend compte que beaucoup de choses nous unissent, qu'il existe des valeurs partagées, des consensus possibles sur des sujets pourtant présentés comme des pommes de discorde, parfois très éphémères d'ailleurs, comme le wokisme.
Nous avons sélectionné les principaux thèmes présentés comme des sujets de fragmentation, telles l'insécurité, l'immigration, etc. pour analyser la manière dont ils sont posés dans le débat public et l'impact de leur traitement sur les représentations collectives. Et établir, en restant dans l'examen des faits et en mobilisant les sources les plus fiables, qu'il existe une forte attente dans l'opinion pour affronter ces sujets d'une manière moins polémique. Notre objectif est d'ouvrir le débat en montrant que la vision d'une France fracturée, en déclin, est très contestable. Et de permettre que tout le monde puisse s'approprier ce débat.
– Pourquoi le choix de ce titre ?
Emmanuel Rivière : Nous faisons un clin d'œil à la pièce de Jean Giraudoux La guerre de Troie n'aura pas lieu, mais si le titre prend la forme d'un pronostic, l'ouvrage n'en est pas un. C'est plutôt une alerte : « Arrêtons de sombrer dans des processus autoréalisateurs qui minent le moral, affaiblissent notre capacité à résoudre les problèmes, et nous font croire que l'on est plus fâchés qu'on ne l'est ».
Il y a aussi eu un petit élément déclencheur dans...








