Qui sont ces « modestes économes » que vous avez étudiés ?
Fanny Hughes : Ce sont des personnes qui vivent en milieu rural avec peu d'argent et parviennent, grâce à des pratiques de subsistance, à se « débrouiller », c'est-à-dire à considérer qu'elles s'en sortent « bien » – et il y a là quelque chose de l'ordre de la fierté, de la recherche d'autonomie. Dans mon enquête, j'ai rencontré une quarantaine de personnes dont l'âge médian était de 54 ans (la plupart ayant entre 40 et 55/60 ans), et le niveau de vie médian de 880 euros, donc bien en deçà du seuil de pauvreté.
Ces personnes sont assez majoritairement propriétaires, la propriété étant facilitée en milieu rural – en tout cas l'était. Elles ont hérité d'une maison familiale ou ont acheté des maisons à 40 000 ou 50 000 euros en s'endettant sur 25 000 ou 30 000 euros pendant quelques années, le reste provenant de leur épargne ou de petits héritages. Leurs statuts d'emploi et sources de revenus diffèrent. Il y a des salariés à temps partiel – ce n'est pas le plus répandu. D'autres perçoivent des revenus agricoles. D'autres font des travaux chez des particuliers, déclarés ou non, du jardinage ou du bricolage payés en CESU (chèque emploi-service). D'autres touchent des aides sociales (RSA, pension d'invalidité, allocation aux adultes handicapés), des pensions de retraite. Dans leur grande majorité, ces personnes sont peu diplômées (CAP, quelquefois le baccalauréat général, rarement un bac +2 ou +3, un certificat d'études ou un brevet des collèges).
Est-ce un groupe homogène ?
F. H. : C'est un groupe cohérent du point de vue de ses caractéristiques sociales. Mais l'enquête ethnographique permet de mettre en évidence de petites différences qui me permettent de distinguer quatre sous-groupes – d'où le terme « débrouilles rurales » au pluriel.
D'abord celui des « femmes précarisées » : elles sont plutôt locataires, notamment du fait de la perte de...








