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Faire du bonheur dans les villes une boussole

Rencontre avec Emmanuel Heyraud, délégué adjoint de France urbaine, en charge de la santé.
La rédaction
La rédaction
Publié le 28 mars 2023
EMMANUEL HEYRAUD
délégué adjoint de France urbaine,
en charge de la santé.

— Quels sont les leviers d’action des collectivités locales en matière de santé publique en général, et de santé mentale en particulier ?

Emmanuel Heyraud : La santé ne fait effectivement pas partie de leurs compétences. Cela étant, les collectivités sont mobilisées depuis longtemps sur le sujet, avec notamment les contrats locaux de santé (CLS). Il y a un an, France urbaine a fait voter un amendement à la loi 3Ds [loi relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et la simplification, NDLR] pour qu’un Conseil local de santé mentale soit systématiquement accolé à chaque CLS. Ces instances, qui n’ont pas vocation à soigner, réunissent des professionnels et créent, à l’initiative des collectivités, un écosystème favorable à la prise en charge des problématiques. Plus concrètement, les collectivités ont très peu de marges de manœuvre pour renforcer l’offre de soins psychiatriques, même si elles peuvent, par exemple, mettre en place des bus pour proposer des consultations itinérantes ou encore réserver des locaux à destination médicale dans leurs programmes de logement. En réalité, on attend davantage d’elles qu’elles interviennent dans la prévention de la dégradation de la santé mentale, à travers leurs politiques urbaines, culturelles, sportives…

— C’est l’esprit de l’appel de Nantes lancé en décembre dernier ?

E.H. : Intitulé « La santé mentale, c’est aussi l’affaire des villes », cet appel
souligne la responsabilité des villes dans la création d’un cadre de vie capable de prévenir les phénomènes de dégradation de la santé mentale. Signé par une trentaine de villes et de métropoles dans le monde, il fixe quatre objectifs majeurs aux élus : déstigmatiser les personnes ayant des problèmes de santé mentale ; décloisonner les secteurs de la santé physique et mentale afin d’intégrer cette dernière à l’offre de soin de premier recours et à l’offre sociale ; agir concrètement, à travers nos projets urbains, pour que la ville de demain soit davantage bienveillante ; et, enfin, interpeller les États et les organisations internationales, pour augmenter les moyens dédiés à la santé mentale, notamment pour les jeunes, les enfants et tous les publics vulnérables. Cet appel s’inscrit dans la lignée du consensus de Copenhague qui, en 2019, avait fait du bonheur dans les villes une boussole. Les marges de manœuvre des villes, telles que nous les envisageons à France urbaine, se situent donc dans leur capacité à créer un environnement sain et serein, qui doit être avant tout moins minéral, plus végétal et plus humain.

— Quel rôle la crise sanitaire a-t-elle joué dans la prise de conscience par les élus locaux des enjeux autour de la santé mentale ?

E.H. : Si la crise du Covid a eu un avantage, c’est d’avoir fait changer le regard de la société sur la santé mentale, et d’avoir déclenché une prise de conscience des élus locaux sur leurs responsabilités en matière de prévention. C’est ainsi qu’avant l’élection présidentielle, France urbaine a formulé des propositions sur le sujet, pour prendre date et fixer un cap. Nous avons ainsi demandé une augmentation des moyens dédiés à la santé mentale pour multiplier les lieux d’écoute et d’accueil dans les établissements scolaires et universitaires ; nous plaidons aussi pour que la santé mentale ne soit pas un îlot dans l’offre de soins, mais fasse bien partie de l’offre de soin de premier recours. Enfin, nous souhaitons faciliter le parcours de soins à tout âge de la vie, avec des systèmes de proximité et plus de transversalité entre les professionnels. Sur ce segment, les villes ont une carte à jouer.

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Patrick SCHEYDER

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