Action innovante, INNOVATION

Comment Grabels a rafraîchi ses écoles avec des solutions efficaces, locales et parfois économies

Comment adapter les écoles aux canicules sans engager des millions d'euros de travaux ? À Grabels (Hérault), la commune expérimente deux approches complémentaires. Après avoir investi 5,2 millions d'euros dans la rénovation énergétique d'une école, elle teste désormais, dans un second établissement, des solutions « low-tech » beaucoup moins coûteuses : voiles d'ombrage, ventilation nocturne, brasseurs d'air et évolution des usages. Une expérimentation menée avec le programme RACINE qui permet déjà de faire baisser la température des classes de plusieurs degrés.
La rédaction
Pierre MAGNETTO
Publié le 26 juin 2026

À Grabels, commune de 9 000 habitants de l’Hérault, on sait ce que coûte la rénovation énergétique d’une école. Celle de l’école élémentaire Joseph-Delteil, réalisée en 2023-2024, aura nécessité 5,2 millions d’euros d’investissement. L’établissement, construit en 1990, était vieillissant.

« Le projet de rénovation s’est attaché à améliorer le confort multisensoriel en toute saison, en travaillant à la fois sur les bâtiments et sur les espaces extérieurs, avec une ambition écologique élevée, détaille l’association Envirobat Occitanie. Parmi les objectifs : réduire la consommation d’énergie du bâtiment de plus de 60 %, utiliser des énergies renouvelables et des matériaux biosourcés pour se mettre en conformité avec le décret tertiaire de la loi ELAN, recourir à des solutions éco-responsables pour le rafraîchissement du bâtiment, désimperméabiliser et végétaliser les cours d’école pour réintroduire de la biodiversité dans l’école. »

Parmi les points forts : des façades ont été isolées par l’extérieur en caissons bois-paille préfabriqués, réalisés et posés en site occupé par une entreprise située à 30 km du chantier, une ventilation naturelle assistée par tourelles à vent hybrides associée à des brasseurs d’air généralisés a été installée pour assurer le confort d’été. Seuls deux locaux sont climatisés pour servir de refuge lors des épisodes canicules amenés à s’intensifier.

Des préaux photovoltaïques – dont l’énergie produite alimente les équipements publics voisins – et des pergolas végétalisées complètent les dispositifs bioclimatiques et redonnent une nouvelle esthétique aux bâtiments d’origine. Le projet a été reconnu Bâtiment Durable Occitanie niveau OR en janvier 2025 est est lauréat du OFF 2026 (Osez Faire Frugal).

Dans une autre école, des solutions peu coûteuses

Quant à l’école maternelle Ponsy, mise en service en 2000, elle nécessitait également des améliorations sur le plan thermique. Seulement voilà : aujourd’hui, il est difficile pour la commune de mobiliser un tel budget. La ville a donc décidé de candidater à l’appel à manifestation d’intérêt lancé par le programme RACINE d’ACTEE afin de bénéficier d’un accompagnement pour mettre en œuvre des solutions dites « low tech », fondées non pas sur des innovations technologiques, mais sur des principes de bon sens.

Pour cela, elle s’est appuyée sur l’Agence locale de l’énergie et du climat (ALEC) de la métropole de Montpellier, qui était déjà intervenue sur l’école élémentaire. « Dès le diagnostic, tous les acteurs ont été associés : élus, services techniques, enseignants, agents municipaux et parents d’élèves. Ce travail d’acculturation a permis de vulgariser des notions complexes, comme la thermique du bâtiment ou les effets de la chaleur sur le corps, afin que chacun comprenne les enjeux techniques et accepte les changements de pratiques nécessaires », explique Elia Mangani, de l’ALEC, référente auprès de RACINE pour la conduite du projet. « Cette démarche a permis aux participants de développer une certaine ouverture d’esprit sur la possibilité de mettre en place un plan canicule à l’école ou encore de faire classe dehors », poursuit-elle. Des engagements ont également été pris concernant l’habillement des enfants, la formation des personnels pour faire évoluer les comportements, la communication avec les parents ou encore l’adaptation des activités en fonction de la température.

400 000 euros sur trois ans

Sur le plan technique, il s’agit de protéger le bâtiment du rayonnement solaire grâce à l’installation de voiles d’ombrage en fibres de coco. Ce matériau naturel présente l’avantage d’être perméable au vent, laissant l’air circuler tout en créant de l’ombre sur les façades et aux abords du bâtiment. Des brasseurs d’air ont également été installés au plafond. Un autre axe d’intervention consiste à évacuer, la nuit, la chaleur accumulée pendant la journée. Pour faire sortir l’air chaud et faire entrer la fraîcheur nocturne, il a fallu créer des courants d’air en ouvrant les fenêtres. Afin de prévenir les intrusions dans l’école, la commune a eu recours à un service de gardiennage.

« Ces premières mesures, mises en œuvre en un an, permettent de gagner de 3 à 4 degrés dans les classes », estime Elia Mangani, qui a pu comparer les données avec celles relevées lors d’un épisode de chaleur quasiment identique survenu un an plus tôt. Le projet n’est toutefois pas terminé. À ce stade, deux classes seulement ont été équipées sur les huit que compte l’école. À terme, il prévoit l’installation de menuiseries automatiques équipées de moustiquaires et de barreaudages sécurisés, tandis que la végétalisation de la cour permettra de créer un îlot de fraîcheur durable.

L’expérimentation de la démarche RACINE aura nécessité 20 000 euros d’investissement pour cette première année, auxquels s’ajoutent 3 000 euros de frais de gardiennage engagés pendant la dernière période de canicule. Au total, le programme lancé à Grabels devrait être échelonné sur sur trois ans, avec un gain thermique encore plus important à la clé.

« Notre programme repose sur du bon sens »

Amaury Fievez, doctorant en sciences des organisations.

—Vous pilotez le projet RACINE.  De quoi s’agit-il ?

Amaury Fievez : RACINE est un projet de recherche-action qui vise à expérimenter la mise en œuvre de démarches low-tech pour adapter les écoles aux vagues de chaleur. Il s’intéresse non seulement aux techniques, mais aussi aux sciences organisationnelles et à la manière dont les humains interagissent avec les systèmes techniques. Ce programme repose sur trois piliers techniques principaux, qui ne relèvent pas de l’innovation technologique mais du bon sens : la protection solaire avec l’installation de volets, de persiennes, de voiles…, la ventilation nocturne, avec notamment l’ouverture des fenêtres la nuit pour rafraîchir le bâtiment, et l’installation de brasseurs d’air au plafond.

— L’approche se limite-t-elle à des installations matérielles ?

A. F.: Non, le travail technique ne représente qu’une partie du projet. L’autre volet est organisationnel et concerne la gouvernance de l’école. Cela inclut la préparation de plans canicule, l’organisation d’ateliers avec les enfants et les adultes usagers de l’école sur le confort thermique. L’approche conduit aussi à des changements d’habitudes, comme servir des repas froids à la cantine ou déplacer les cours dans des salles plus fraîches ou à l’extérieur. La mise en place de ces solutions de base permet de gagner entre 5 et 10 degrés à l’intérieur des classes. Par exemple, une fenêtre non protégée du soleil équivaut à un radiateur de 500 à 800 watts.

— Pourquoi ces solutions, sans cesse relayées dans les médias à chaque épisode de forte chaleur, ne sont-elles pas mises en œuvre spontanément par toutes les communes ?

A. F.: Le blocage n’est pas technique mais souvent organisationnel et culturel. La gouvernance liée à l’école est très compliquée administrativement. La gestion des écoles implique de nombreux acteurs – personnels de l’Éducation nationale, personnels communaux, élus, services techniques, parents d’élèves – qui communiquent peu entre eux. Ne serait-ce qu’organiser des réunions plusieurs fois par an sur cette thématique avec tous ces acteurs, c’est déjà innovant. Mettre en place des décisions de bon sens dans ce contexte-là, c’est très compliqué.

Les freins sont aussi culturels. Par exemple, la ventilation nocturne se heurte à la peur des intrusions. Bien qu’il existe des solutions avec le gardiennage ou la pose de barreaux, cela reste difficile à accepter culturellement en France. La difficulté est aussi d’ordre politique. Les changements de municipalité peuvent arrêter net des projets en cours, par manque de compréhension ou en raison de conflits politiques.

— Quel est le coût de ces interventions ?

A. F.: Les travaux coûtent généralement entre 20 000 et 50 000 euros par école. Si le montant est jugé accessible, le frein principal est administratif : il faut avoir anticipé ces dépenses dans les lignes budgétaires un an à l’avance. Mais, une fois les lignes budgétaires validées, les réalisations prennent de 12 à 18 mois. Notre programme de recherche doit durer jusqu’en décembre 2027. L’objectif est de diffuser les résultats le plus rapidement possible pour qu’une politique à plus grande échelle puisse être déployée dans les 50 000 écoles de France.

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