Un risque ou une opportunité ? Les deux ! Pour la Fondation Jean-Jaurès et le collectif Le Sens du service public l’arrivée de l’Intelligence artificielle représente un défi pour les services publics et nécessite qu’on s’en préoccupe. C’est le sens du rapport tout juste publié, intitulé Le service public à l’épreuve de l’intelligence artificielle. Ce document coordonné par Émilie Agnoux1 et Johan Theuret2, plaide pour un usage stratégique, démocratique et éthique de l’IA. À rebours du technosolutionnisme, il appelle à « garder la main sur nos destins ». Le rapport insiste sur un constat clair : l’usage de l’IA dans les services publics ne peut être motivé uniquement par la recherche de productivité. La tentation de compenser l’impasse budgétaire par l’automatisation ne doit pas conduire à une perte de maîtrise des politiques publiques. Cette maîtrise est d’abord technique : comprendre les outils déployés, garantir leur transparence et éviter une dépendance aux fournisseurs privés. Elle est ensuite politique et démocratique. L’IA modifie le rapport à la décision publique, soulève des enjeux de transparence et de responsabilité. Le rapport préconise une supervision humaine effective et l’obligation d’informer clairement les citoyens lorsqu’un algorithme intervient dans une décision les concernant.
80 % des usagers préfèrent un humain à un chatbot
Au-delà de la technique, c’est un véritable projet de société que l’IA interroge. Le rapport alerte sur les effets de la dématérialisation mal maîtrisée, source d’exclusion et de rupture du lien social. Il insiste : l’IA ne doit pas accroître la distance entre l’administration et les citoyens, mais au contraire renforcer la qualité de la relation humaine. L’étude cite le baromètre Data Publica : 80 % des usagers préfèrent interagir avec un agent humain plutôt qu’un chatbot disponible en continu. L’objectif n’est donc pas de remplacer les agents publics mais de leur permettre de se concentrer sur les tâches à forte valeur ajoutée. Les auteurs appellent à une redéfinition des missions du service public à l’heure de l’IA, en valorisant les métiers et en anticipant les transformations.
Le rapport identifie 15 propositions pour un déploiement éthique de l’IA dans les administrations. Parmi elles : l’adoption obligatoire de stratégies IA claires dans chaque administration, la formation systématique des agents, la création d’un observatoire indépendant des usages, l’instauration d’audits réguliers, ou encore la systématisation de dispositifs de participation citoyenne.
Nourrir le débat démocratique
L’IA est déjà présente dans de nombreux domaines de l’action publique : gestion de l’énergie, circulation, allocation de prestations, recrutement… Mais ses effets sont encore peu évalués. Le rapport insiste sur la nécessité d’une vision de long terme et d’un cadre politique partagé. Il propose d’en faire un objet de débat démocratique dans la perspective des élections locales et nationales à venir.`
La dimension stratégique est également abordée. La dépendance aux infrastructures, aux données, et aux modèles développés hors d’Europe représente un enjeu majeur de souveraineté. Le rapport recommande d’investir dans une IA souveraine, de développer des modèles open source adaptés aux besoins publics et de privilégier des solutions frugales sur le plan énergétique. Car la technologie n’est pas neutre. Elle traduit des choix, porte des valeurs, transforme notre rapport aux institutions. L’IA peut être une chance pour l’action publique, à condition qu’elle reste au service de l’humain.










