L’école trop loin des Lumières

La transmission des savoirs a été au principe d’un basculement de l’ordre social. Les promesses d’émancipation, d’autonomie, de liberté, d’égalité se fondent encore aujourd’hui sur l’apprentissage scolaire. Où en est-on ? L’école est une institution déréglée, nous dit Denis Kambouchner (1), professeur émérite à l'université de Paris-I Panthéon Sorbonne. La faute à Bourdieu ? aux théoriciens de la pédagogie ? Petit tour d’horizon des inerties et des pistes pour sortir l’enseignement du marasme…

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Cela saute aux yeux de tous : notre école est une institution déréglée. Autant dire qu’elle n’est plus une institution dans le sens fort du mot ; elle est plutôt un système ou un appareil, mais un appareil plein de défaillances et un système d’une très relative unité. Bien des statistiques manquent, mais le tableau d’ensemble est assez clair : grandes différences d’atmosphère et de résultats entre les établissements. Processus de ségrégation qui s’aggravent. Problèmes d’ordre intérieur dans un nombre croissant de collèges et de lycées. Chez trop d’élèves, attention intermittente, et comportement oscillant de l’agitation à l’apathie. Temps d’étude désormais dévoré par les écrans. Parents enclins à protester à chaque note basse ou esquisse de sanction. Évaluations incessantes, n’empêchant pas le passage quasi automatique d’une classe à l’autre, avant une orientation couperet en fin de collège. Des programmes attrayants sur le papier, mais toujours trop peu structurés, mesurés et harmonisés. Pour les personnels, dont certains ont été recrutés à la hâte ou insuffisamment formés, beaucoup de lassitude et d’anxiété sinon de découragement. Du côté des élèves, dès les « apprentissages fondamentaux », des acquis souvent fragiles et lacunaires, déterminant la place plus que médiocre de la France dans les classements internationaux. Globalement, l’impression d’une gigantesque machine à trier, qui préserve les chances sociales des uns et réduit vite à presque rien celles des autres – même si, au vu des trajectoires individuelles, il apparaît que ce pessimisme est à nuancer.

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