La France débat beaucoup d’identité, d’intégration, d’assimilation ou encore de diversité. Pourquoi estimez-vous que ces débats ne posent plus la bonne question ?
Denis Öztorun : La France ne manque ni de débats ni de polémiques. Elle manque d’un récit capable de nous rassembler. Depuis plus de trente ans, nous répondons avec passion à une question qui n’est plus la bonne. Les uns invoquent l’intégration, les autres l’assimilation. Certains célèbrent la diversité, quand d’autres agitent le spectre du « grand remplacement ». On nous parle d’« identité nationale », de communautarisme, parfois même d’une « nouvelle France ». Chacun croit apporter la bonne réponse. Pourtant, ces débats ont un point commun : ils se focalisent d’abord sur ce qui nous sépare.
Et si nous faisions fausse route ? Non pas parce que certains de ces mots seraient illégitimes, d’autres constituant en eux-mêmes des délits. Chacun d’entre eux est né à un moment de notre histoire pour répondre à des défis réels. Mais ils sont devenus insuffisants. Ils continuent de poser la même question : comment vivre avec nos différences ? Or, le défi de notre époque est ailleurs. La vraie question est simple. Comment refaire peuple ?
Un peuple ne naît pas d’une origine commune. Il ne naît pas d’une religion commune. Il ne naît pas davantage d’une mémoire figée que chacun devrait apprendre à réciter. Un peuple se construit lorsqu’il décide d’agir ensemble, de transmettre ensemble, de créer ensemble.
C’est pourquoi je me méfie autant d’une assimilation et d’une intégration qui demanderaient à chacun d’effacer une partie de lui-même que d’une vision de la diversité qui finirait par enfermer chacun dans son identité. Les unes comme les autres oublient l’essentiel : la République n’a jamais été un projet d’uniformité. Elle est un projet de construction. Le commun n’est pas ce que nous avons en commun. Le commun est ce que nous décidons de construire ensemble.
Cette idée change tout. Elle nous oblige à quitter le terrain des appartenances pour entrer sur celui des contributions. La République ne devrait plus demander : « Qui es-tu ? » ou « D’où viens-tu ? ». Elle devrait demander : « Qu’apportes-tu au commun ? ». Car une République vivante reconnaît d’abord les femmes et...







