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Entre prévention et intervention, la police municipale s’écrit au pluriel

Alors que les polices municipales se développent de manière importante en même temps que leur armement, plusieurs modèles coexistent entre la prévention et l’intervention. On observe cependant une « inflexion répressive », décrite par la sociologue Virginie Malochet.

Déontologie. C’est le maître-mot de la nouvelle police municipale de Paris, créée par Anne Hidalgo (PS) le 18 octobre 2021.

Pour y veiller, un « Comité d’éthique indépendant » a été mis en place le 4 janvier dernier. « Son objet est de veiller au respect par les agents de la direction de la police municipale et de la prévention des règles déontologiques qui encadrent leurs missions respectives et de garantir ainsi les conditions de la confiance de la population », dispose l’article 1er de l’arrêté afférent. 

À sa tête, Jacques Toubon, ex-Défenseur des droits. Équilibrée, l’instance est également composée de 5 personnalités qualifiées et d’autant de représentants de la population parisienne. À cela s’ajoute la volonté de ne pas fournir d’armes létales à la police de la capitale.

Prévention ou intervention ?

« Il n’y a pas une, mais des polices municipales », observe Virginie Malochet, sociologue qui travaille sur le sujet depuis 20 ans.

« Plusieurs modèles coexistent et deux grands pôles se distinguent : prévention et proximité d’un côté, intervention et répression de l’autre », poursuit-elle. Le premier se caractérise notamment par un armement plus réduit, l’action à pied et une logique d’intervention moins prononcée. Le second se définit entre autres par l’armement, le travail de nuit et la lutte contre la criminalité.

Paris s’engage clairement sur la première voie. « Nous voulons mettre sur pied un modèle alternatif, moins interventionniste, davantage dans la proximité, la tranquillité publique, la prévention, le lien avec la population, la désescalade », confiait Nicolas Nordman (PS), maire adjoint en charge de la sécurité, à nos confrères de La Gazette des communes. « Ce n’est pas le rôle de la police municipale de faire “police secours” et d’intervenir sur des situations d’agressions, de cambriolages ou sur des points de deal au pied des immeubles ».

La ville dirigée par Christian Estrosi (La France audacieuse, LFA), Nice, a pris un chemin différent : l’accent est mis sur l’intervention. Parmi les objectifs de la capitale de la Côte d’Azur : « La lutte contre les incivilités, le contrôle d’hygiène des commerces, la sécurité des transports, la lutte contre la délinquance et le trafic de stupéfiants », détaille Anthony Borré, premier adjoint chargé de la sécurité. Et l’ancien directeur de cabinet de M. Estrosi d’exposer  son bilan : « Plus de 8500 interpellations en 2021. Un record ! »

Par-delà le clivage gauche-droite

Cependant, gare aux conclusions hâtives. Dans le cas des polices municipales, le clivage gauche-droite n’est pas systématiquement déterminant. « En matière de sécurité, au plan national, il est encore possible — schématiquement — de distinguer deux lignes », affirme Mme Malochet. « L’une, de droite, fondée sur une logique de contrôle et de répression renforcée ; l’autre, de gauche, davantage tournée vers la prévention, la médiation et le traitement des causes sociales de la délinquance ». Mais elle explique que « cette démarcation ne tient pas toujours localement, puisqu’il y a plein de contre-exemples ».

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