« Je ne vais pas user ma jeunesse, mon énergie, pour des idées de vieux »

Nous avons profité des vacances d’été pour aller à la rencontre des jeunes afin d’en savoir plus. Des grandes agglomérations au plus petit village de la vallée de l’Ubaye, nous avons sillonné la France pour mieux les comprendre. Diplômés ou pas, aisés ou non, les jeunes ont disparu des radars électoraux, mais leur engagement est ailleurs, sur le terrain associatif et local.
En attendant, qu’est-ce qui leur ferait reprendre le chemin des isoloirs ?

Reportage de Guillaume CHÉREL – illustré par Virgile BELLAICHE

Marseille (Bouches-du-Rhône), fin juillet 2021.

Température : 31°C. Il est à peine midi ce jour-là lorsque Yanis Boallal, grand et beau jeune homme de 22 ans, vêtu du classique de base (bermuda, t-shirt, sandales) s’apprête à donner un coup de main à sa mère, cuisinière du petit resto collé à l’épicerie tenue par son père, en haut de la rue de la Joliette, juste en face du métro Jules-Guesde à la porte d’Aix.

La ville est surnommée «Bab El Oued-City» ou «la 49e wilaya» (collectivité territoriale d’Algérie), et ici se côtoient, sur moins d’un kilomètre, migrants, vendeurs de cigarettes à la sauvette qui se fritent avec des mafieux nigérians, et touristes égarés qui descendent de la gare Saint-Charles. Sans oublier les néo-bobos à vélo ou à trottinette.

Le week-end, les manifestants cégétistes/FO et autres Gilets jaunes ou antivax prennent possession de la place (le samedi) au pied de l’Arc de triomphe, avant de défiler dans la cité phocéenne. Le dimanche, ce sont les Comoriens et les Algériens qui se réunissent pour protester, juste en face de l’hôtel de région, ou Renaud Muselier vient d’être réélu.

La préoccupation principale de Yanis, c’est le boulot

Le soir, Yanis travaille comme coursier pour dix euros de l’heure, mais pas pour « Uber-machin ». Le « bizness » de sa famille jouxte un chantier (une école d’architecture est prévue, ainsi que des bureaux financés par un fonds d’investissement américain) qui n’en finit pas de commencer, dans ce quartier populaire à la population à grande majorité maghrébine (il y a aussi de nombreux Comoriens) en pleine gentrification.

Yanis ne savait pas que Jean-Claude Gaudin n’était plus maire de la cité phocéenne ni qu’une femme (Michèle Rubirola) lui avait succédé, aussitôt remplacée par Benoît Payan, qui est pourtant l’ancien maire de son arrondissement (2e). Encore moins qu’il y a récemment eu des élections municipales et régionales.

Pour lui, le Printemps Marseillais c’est une saison, pas un mouvement politique. Yanis habitait encore chez ses parents en bas de la rue, mais plus pour longtemps, car il devait emménager avec sa future femme à la rentrée.

Motivé pour la présidentielle mais pas depuis

Il a voté à l’élection présidentielle : « Avec mes amis, on s’est dit que ça ne sentait pas bon pour nous. On s’est mobilisés pour convaincre d’autres jeunes de s’inscrire sur les listes électorales. On a voté utile parce qu’on a cru que ce serait serré. Pour la prochaine, je ne sais pas ce qu’on fera. »

À cette époque, il venait d’obtenir son bac ES (économique et social), puis il s’est orienté vers un BTS de comptabilité (comme son grand frère Kamal), mais ça ne lui a pas plu. Il a décroché du système scolaire pour « faire de l’argent », en acceptant des petits jobs.

En septembre, il a commencé une formation d’installateur de panneaux solaire : « Un métier d’avenir, en pleine expansion ». Tout est cadré dans sa tête, bien faite.

« Les discours et les débats des hommes politiques à la télé, c’est toujours pareil. Il faudrait venir à notre rencontre »
Yannis, 22 ans

Pour ce jeune Marseillais, c’était avant tout un vote de réaction. Depuis, il attend de voir, fataliste : « Il y a trop de problèmes pour que des élections changent quelque chose, fondamentalement. » Yanis est conscient que si l’abstention continue d’augmenter, on va se retrouver tous les cinq ans, avec seulement deux choix : « pire ou moins pire ».

Mais il faudrait le motiver, lui donner envie : « Envoyer des courriers dans la boîte aux lettres, ça ne suffit pas. Les discours et les débats des hommes politiques à la télé, c’est toujours pareil. Il faudrait venir à notre rencontre, comme l’avait fait Jean-Luc Mélenchon au Contact club de Velten (toujours à la porte d’Aix, NDLA) : c’est un centre social et de loisir pour les jeunes. Sa manière de parler m’a bien plu. Il est clair et offensif, mais je ne crois pas qu’il atteindra le pouvoir. Il est trop agressif. »

 

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