Trottoir
C’est le grand oublié de nos politiques urbaines… Et pourtant, le trottoir mérite qu’on lui prête un peu d’attention ! Rarement quelques mètres carrés n’auront été aussi convoités. Piétons, terrasses, arbres, poubelles, vélos, trottinettes, livreurs, bancs, bornes de recharge… Comme le souligne la spécialiste des questions urbaines Isabelle Baraud-Serfaty, le trottoir est devenu un espace rare avec « de plus en plus de gourmands ».
Longtemps, sa largeur a pourtant été déterminée par défaut, une fois attribuée la place nécessaire à la circulation et au stationnement automobile. La tendance s’inverse. Élargissement des trottoirs, rues aux écoles, végétalisation, suppression de places de stationnement : les villes cherchent désormais à regagner de l’espace sur la voiture pour marcher, se rencontrer, jouer ou simplement s’arrêter.
Mais cette reconquête ouvre une nouvelle bataille. Car il faut aussi faire de la place aux arbres pour rafraîchir la ville, aux terrasses qui l’animent ou aux livreurs indispensables au commerce en ligne. Sans oublier les poussettes, les fauteuils roulants et les personnes âgées qui rappellent qu’un trottoir est d’abord fait pour circuler. Mobilités, climat, commerces, accessibilité, partage de l’espace public : observer un trottoir, c’est finalement comprendre à partir de quelques mètres de bitume, les choix d’une ville et la place qu’elle accorde à chacun.
No Kids
Les enfants seraient-ils devenus une nuisance ? La tendance « No Kids » gagne hôtels, restaurants, cafés ou lieux de vacances. Début 2026, la SNCF a donné une visibilité controversée au phénomène en promouvant le calme de sa nouvelle classe premium Optimum, interdite aux moins de 12 ans.
L’enfant n’est plus seulement un usager parmi les autres. Sa présence, son bruit, son imprévisibilité deviendraient des désagréments dont une clientèle pourrait acheter le droit de s’affranchir. Le No Kids devient ainsi un segment de marché, au détriment de l’idée même d’une société commune. En juillet, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme a d’ailleurs appelé à « donner toute leur place aux enfants » et à favoriser le lien entre les générations.
Dans nos colonnes, le philosophe Olivier Rey pointait une autre dimension du phénomène : dans une société qui fait de l’épanouissement individuel une valeur cardinale, le temps et l’énergie réclamés par les enfants apparaissent comme autant d’obstacles à la réalisation de soi. Une logique à rebours d’un autre mouvement qui traverse les politiques locales : celui de la ville à hauteur d’enfant.
Dès lors, deux visions de la société se font face. L’une organise la séparation pour garantir le confort de quelques-uns. L’autre considère que la ville sert aussi à apprendre à vivre avec les autres. Et donc avec les enfants que nous avons tous été…

Consigne
La consigne plastique a fait pschitt. Face à la fronde des collectivités, le Gouvernement a renoncé à la généraliser début septembre. Mais le problème reste entier : l’Europe impose d’atteindre 90 % de collecte séparée des bouteilles plastiques et canettes en 2029.
Comment y parvenir ? En améliorant le tri, notamment hors domicile, mais aussi en réduisant le nombre d’emballages mis sur le marché. Car recycler davantage ne suffira pas : le meilleur déchet reste celui que l’on ne produit pas. L’enjeu est donc aussi de sortir progressivement du tout-jetable et de développer le réemploi.
C’est là que la consigne retrouve tout son sens avec le verre. Plutôt que de casser une bouteille et de la refondre à haute température, on peut la récupérer, la laver et la remplir à nouveau. Une expérimentation grandeur nature menée depuis 2025 en Normandie, Bretagne, Pays de la Loire et Hauts-de-France montre pourtant que le retour de la consigne ne va pas de soi : après un an, seulement 24 % des emballages consignés sont rapportés en moyenne, avec de fortes différences selon les territoires.
Un résultat encore modeste, mais les habitudes ne se décrètent pas. Après tout, il a fallu des années pour installer le réflexe du tri sélectif…
Post-urbain
L’avenir ne se joue pas uniquement dans les métropoles. C’est la conviction portée par le mouvement Post-urbain. Constitué en association, ce réseau issu de l’écologie politique réunit chercheurs, acteurs associatifs et acteurs ruraux autour du géographe Guillaume Faburel. Son idée ? Face aux crises écologiques, rendre les villes plus vertes ne suffira pas. Il faudrait aussi rééquilibrer notre géographie au profit de territoires moins denses, capables de retrouver davantage d’autonomie pour se nourrir, se loger ou produire de l’énergie.
Dans Où habiter en 2050 en France pour faire face aux crises écologiques engagées ?, publié fin 2025, le mouvement défend ainsi une écologie de la sobriété et de la subsistance, fondée sur les ressources locales et les expériences déjà menées dans les ruralités.
Utopique ? Sans doute en partie. Mais le post-urbain met surtout le doigt sur un impensé de l’aménagement du territoire. Depuis des décennies, métropoles et grandes villes concentrent populations, emplois et investissements. La transition écologique est une opportunité d’inverser le regard : non plus penser les campagnes depuis les villes, mais imaginer notre avenir à partir des ressources et des capacités de chaque territoire.
Slop
Vous avez sans doute déjà consommé du « slop » à l’insu de votre plein gré. Le mot, qui signifie « bouillie » en anglais, désigne ces images, vidéos ou textes produits en masse par l’intelligence artificielle et qui inondent les réseaux sociaux.
Le phénomène prête souvent à sourire. En 2024, Facebook s’est ainsi retrouvé envahi d’images improbables de « Shrimp Jesus », un Jésus mêlé à des crevettes, fabriquées pour susciter clics et commentaires. Mais le « slop » s’invite désormais dans l’actualité. En août 2026, une vidéo montrant des militaires espagnols jetant du porc sur des migrants musulmans à Ceuta a circulé sur les réseaux sociaux. La crise migratoire était bien réelle. Pas les images : elles avaient été générées par IA.
C’est là que le slop devient moins anodin. Car il lui suffit de se greffer sur un événement réel, une guerre, une manifestation ou une catastrophe, pour fabriquer des scènes plausibles et leur donner l’apparence d’un document d’information. Combien de slops sont produits chaque jour ? Impossible à mesurer. Mais l’ordre de grandeur donne le vertige : fin 2025, AI Forensics a suivi 354 comptes TikTok automatisés qui ont publié, en un seul mois, plus de 43 000 contenus essentiellement générés par IA, vus 4,5 milliards de fois. Avec un double risque : prendre une fiction pour un fait, mais aussi finir par regarder avec suspicion les images authentiques.









