Pourquoi est-il important, selon vous, pour les territoires et les collectivités d’innover ?
Sophie Primas : La capacité d’innovation, c’est avant tout la capacité à répondre aux besoins de ses habitants dans des situations qui sont par nature uniques. Il n’existe pas de solution transversale, descendante, universelle, qui vienne de l’extérieur et s’applique partout de la même manière. Chaque commune est différente, chaque situation est particulière. Faire du soutien scolaire dans l’ultra ruralité n’a rien à voir avec le faire à Paris : les enjeux, les modes de fonctionnement, les ressources disponibles, les besoins de la population ne sont pas les mêmes. La capacité d’adaptation d’une idée de service public est rendue possible par l’innovation locale. Elle permet d’aller dans des champs où on n’attendrait pas forcément le service public et où pourtant il est essentiel. C’est cela, la force de l’innovation territoriale : l’intelligence de la proximité.
L’innovation locale permet également de faire participer les administrés eux-mêmes. Les habitants ont des idées et il faut les encadrer, s’agissant de ce qu’il est possible de faire ou non vis-à-vis de la loi, mais cette participation est précieuse. Elle permet d’aller chercher les bonnes idées qui existent dans la société civile, dans les associations, dans les collectifs de parents d’élèves, dans tous les secteurs d’activité. Ce sont ces idées qui permettent de sortir du cadre pour rendre un meilleur service, souvent à moindre coût et avec plus d’adhésion des populations concernées.
L’Observatoire Territoria existe depuis quarante ans, vous en êtes la présidente depuis 2020, avez-vous le sentiment que la France reconnaît la capacité d’innovation des collectivités et aide à la diffusion de ces innovations ? Celles-ci ne restent-elles pas trop souvent cantonnées à leur territoire d’origine ?
S. P. : L’objectif de Territoria est précisément de faire de l’essaimage transversal plutôt que vertical. Je n’ai pas très envie que l’État se saisisse d’une belle idée et décide de la déployer de façon uniforme et verticale sur tout le territoire national. La fonction de Territoria, c’est de donner des exemples concrets pour que chacun s’en empare librement, selon ses propres contraintes et sa propre réalité. Quand quelqu’un s’empare d’une idée, la version finale n’est jamais identique à la version initiale et c’est très bien ainsi. Ce que fait très bien le département des Vosges – souvent primé – n’est peut-être pas applicable de la même manière dans le Finistère ou dans un département d’outre-mer. Il faut l’adapter, le réinventer localement. C’est la définition même de l’intelligence territoriale.
Ce que j’attends des pouvoirs publics nationaux, c’est donc moins une généralisation descendante que la garantie de laisser l’espace et la liberté nécessaires à l’innovation. Pas de barrières inutiles et un accompagnement là où c’est vraiment nécessaire. Je pense à Élancourt, commune des Yvelines souvent primée pour ses expérimentations sur l’intégration des classes autistes dans les écoles primaires. Ce type d’innovation ne peut fonctionner qu’avec l’accompagnement de l’académie, parce que la situation est différente...








