Pour transformer le service public, Paris-Saclay a choisi de partir du terrain. Car qui mieux qu’un agent peut repérer ce qui mérite d’être simplifié, amélioré, voire totalement repensé ? Au quotidien, certains utilisent un logiciel mal adapté ou répètent une procédure chronophage. D’autres répondent aux mêmes difficultés des usagers ou constatent qu’une information pourrait circuler beaucoup plus facilement entre deux services.
C’est en partant de cette réalité que la communauté Paris-Saclay – 27 communes et 320 000habitants dans l’Essonne – a créé « LeLab ». Le principe est simple : plutôt que de penser la transformation numérique d’en haut, la collectivité mobilise l’intelligence collective de celles et ceux qui font fonctionner quotidiennement le service public. Lancé en janvier 2025 et repéré et suivi par l’Observatoire Territoria, le dispositif est piloté par la direction Enjeux numériques & Innovation territoriale. Première originalité : ce laboratoire n’a pas de laboratoire ! Aucun espace permanent ni nouvelle structure avec ses bureaux et son organigramme. LeLab fonctionne de manière agile, avec des appels à projets, des ateliers collaboratifs, des permanences physiques et numériques et, surtout, des agents volontaires.
Ces derniers peuvent proposer une idée, la travailler et la tester puis, si elle fait ses preuves, contribuer à son déploiement. Pour passer de l’intuition à l’expérimentation, ils bénéficient d’un accompagnement méthodologique, de formations et d’une aide au prototypage.
Faire de chaque agent un innovateur
L’objectif est de faire émerger trois à cinq projets chaque année. Mais l’ambition va plus loin : il s’agit de diffuser dans les services une culture de l’innovation et de l’amélioration continue. La démarche vise également à travailler davantage à partir des besoins des usagers et à intégrer les exigences du numérique responsable. Car innover pour innover n’aurait guère de sens. Les projets sont donc examinés selon plusieurs critères : leur utilité, leur impact et leur faisabilité, mais aussi leur dimension éthique et leur empreinte environnementale. L’innovation doit ainsi répondre à un besoin concret tout en prenant en compte ses conséquences.
De l’IA aux zones inondables
Et les idées ne manquent pas. Plus de 300 agents sont déjà concernés et six projets ont été accompagnés. L’un d’eux mobilise l’intelligence artificielle pour développer un agenda culturel et touristique « intelligent », destiné à améliorer la visibilité des événements organisés sur le territoire. Un autre porte sur la future requalification de la RN20, avec l’objectif de mieux planifier l’offre de bus pour l’adapter aux besoins futurs des usagers. D’autres expérimentations partent de problèmes administratifs très concrets. Comment améliorer le traitement et le suivi des demandes de certificats d’assainissement ? Comment mieux connaître la consommation énergétique des bâtiments communaux afin de la réduire ? Comment identifier plus précisément les zones inondables pour faciliter notamment la gestion des demandes de permis de construire ?
Les sujets diffèrent, mais la méthode reste la même. Il s’agit de partir d’un problème rencontré sur le terrain, de réunir les compétences nécessaires et d’expérimenter une solution. Son efficacité est ensuite mesurée avant, si elle fonctionne, de la partager. Les expérimentations étant encore en cours, il est trop tôt pour dresser un bilan chiffré de leurs résultats. Le dispositif est évalué tous les six mois et ajusté en permanence. Les expériences réussies ont ensuite vocation à être documentées et diffusées afin d’éviter que chacun ne recommence, dans son service, ce qui a déjà été inventé ailleurs.
LeLab dispose d’un budget annuel de 120 000 euros consacré aux expérimentations, aux ateliers et aux formations. Il peut également mobiliser ce qui constitue l’une des richesses particulières de Paris-Saclay : son écosystème de start-up, de laboratoires de recherche et d’entreprises. Depuis septembre 2025, l’expérience s’étend progressivement aux communes du territoire, avec un appel à projets annuel.
Photo © Communauté Paris-Saclay / Nils-darsonval










