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JEUNES : CE QUI POURRAIT LES RAMENER AUX URNES

La rédaction
La rédaction
Publié le 7 décembre 2021
Si la jeunesse du XXI ème siècle ne croit plus en la politique pour changer la vie, son engagement ne se dément pas, mais priorité est donnée aux actions locales, souvent en relation avec l’environnement. Sécession politique durable, ou passagère ? Nous avons interrogé les jeunes dans un grand reportage, au travers d’un sondage et nous sommes allés voir ce qui se passait ailleurs en Europe… Quelques pistes se dégagent pour réconcilier la jeunesse et la politique.

 

TOUS LES ARTICLES DU DOSSIER :

La coopération décentralisée sous le feu des conflits armés

Les jumelages relèvent d’une histoire ancienne. Ils ont fait florès dans les années 1950 pour sceller l’amitié retrouvée entre cités allemandes et françaises. Encore ne s’agissait-il dans la plupart des cas que de l’expression d’un joyeux folklore fondé sur des vins d’honneur, soutenus au mieux par des échanges culturels. Ils ont pris une tout autre dimension avec la « coopération décentralisée » qui a fait son apparition au détour d’une circulaire de 1985, signée par Laurent Fabius, Premier ministre de l’époque.

Sept ans plus tard, une loi sur l’administration a apporté un peu de contenu à ce concept technocratique. Le texte législatif définit : « l’ensemble des actions de coopération internationales menées par convention dans un but d’intérêt commun par une ou plusieurs collectivités. » Un premier pas dans une longue marche qui prendra vingt-cinq ans pour consacrer une réglementation dont quelques villes se sont déjà affranchies.

Le deuxième, timide encore, est franchi en 2005 avec la loi Oudin-Santini qui permet aux agences de l’eau et aux collectivités d’allouer 1 % de leurs ressources générées par l’eau à des programmes de coopération en matière d’assainissement et d’approvisionnement.

Aide au développement et humanitaire

C. L. : Effectivement. Au-delà des arguments scientifiques, la collapsologie dépolitise. Nous avons eu...

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S’ils n’utilisent pas le terme écologie, la prise...

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Catherine et Raphaël Larrère, Le pire n’est pas certain : sortir du catastrophisme

— « Le pire n’est pas certain », c’est le titre de l’un de vos ouvrages, réédité récemment. Pourquoi le catastrophisme est-il, selon vous, contestable ?

Catherine Larrère : Il existe différents types de catastrophisme. Le catastrophisme pédagogique : il s’agit d’attirer l’attention. Le catastrophisme éclairé, tel que développé par Jean-Pierre Dupuy 1, où il s’agit de dire la catastrophe pour l’éviter. Et puis, il y a ce catastrophisme ontologique, que nous avons découvert lors d’un colloque à Cerisy en 2015, représenté en France par Pablo Servigne ou Yves Cochet. Pour eux, la catastrophe est inévitable. Or, la certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance.

Raphaël Larrère : Parmi les arguments des collapsologues, il y a la fragilité du système mondial, interconnecté et extrêmement complexe. Ils reprennent la thèse de Joseph Tainter selon laquelle la complexité d’un système social le rend vulnérable et menacé d’un effondrement systémique. Mais justement, le comportement de tout système complexe est imprévisible. On ne peut donc pas prévoir qu’il va s’effondrer. Il peut être résilient. Jean-Pierre Dupuy explique ainsi que dans un système hypercomplexe comme le système mondial, il y a un certain nombre de « hubs » – des points reliés à quantité d’éléments et de processus qui se passent dans le monde. Quand une perturbation, un choc, atteint des éléments reliés à relativement peu d’autres, et qui ne sont donc pas des hubs, le système trouve une façon de fonctionner différemment. Par contre, si c’est un hub ou plusieurs hubs qui sont atteints, il peut y avoir un effondrement du système et son remplacement par un autre système. Disons que pour le système mondial, il n’y a pas de certitude que le pire est son destin – mais dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas.

« La certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance »

C. L. : On ne peut donc pas, comme Yves Cochet, dire l’effondrement, c’est pour telle date ! Alors que nous écrivions la première édition de ce livre, pendant le premier confinement, il y a eu dans Le Monde une grande interview d’Edgar Morin où il disait : pourquoi voulez-vous prévoir le pire alors que l’on n’arrive à rien prévoir ? Cela nous a confortés dans notre vision. Et avec l’idée d’une catastrophe globale, partout à la fois, au même moment, on n’est plus seulement dans l’imprévisible, mais dans l’improbable.

R. L. : Effectivement, c’est improbable. Qu’il y ait des effondrements, c’est probable, cela fait partie des possibilités. Mais un effondrement global de l’ensemble du monde ? Ça ne l’est pas. Le monde est trop hétérogène pour qu’il en soit ainsi. Selon Yves Cochet, il suffirait d’un rien pour que le monde s’effondre – il prend l’image des dominos qui tombent les uns après les autres. Ce rien pourrait être un krach boursier, une sécheresse particulière… Mais non ! Un krach boursier, c’est catastrophique pour les pays relativement riches, mais au Burkina Faso les gens continueront d’être aussi pauvres qu’auparavant. Par contre, une très grave sécheresse affectant des millions de personnes dans le Sahel, cela ne gênerait pas les pays les plus riches – sinon que certaines victimes de cette sécheresse chercheraient à venir vivre dans ces pays riches.

Certes, avec l’impact des activités humaines sur la nature, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution d’un monde devenu toxique, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des catastrophes, des effondrements. Mais différents de par le monde et pas au même moment. Comme cela s’est déjà produit, car il y a déjà eu des sociétés qui se sont effondrées. Ainsi, quand les Européens sont arrivés en Amérique, porteurs de germes contre lesquels ils étaient relativement protégés – des zoonoses liées aux animaux domestiques –, les Indiens qui n’avaient pas d’animaux domestiques n’ont pas résisté. Il y a eu un effondrement de population et de civilisation terrible. Il restait au maximum 20 % de la population amérindienne quand un siècle plus tard les colons sont arrivés en Amérique du Nord. Parado­xalement, ceux qui ont contaminé les Indiens avaient été les coureurs de bois, ceux qui s’entendaient plutôt bien avec eux. Ces effondrements, ces catastrophes auxquels on peut s’attendre se feront de façon décalée de par le monde. Et c’est ce contre quoi il faut lutter.

« Dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas »

— En parlant de catastrophe à un niveau global, on se condamne de fait à l’impuissance ?

C. L. : Effectivement. Au-delà des arguments scientifiques, la collapsologie dépolitise. Nous avons eu...

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A. G. : On continue à ne pas alimenter la filière en commandes. Du coup, elle grandit lentement. Les gros acteurs américains se disent plus sécurisés. Mais on vient de le voir, eux aussi ont eu des problèmes de sécurité avec des fuites de données massives. Si les systèmes sont mal sécurisés, c’est parce qu’on ne met pas assez de moyens dans les domaines que l’on maîtrise nous-mêmes. Il faut prendre la mesure que ces questions de...

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Ernst Haeckel (1834-1919), L’écologie scientifique et artistique

Le XIXe siècle se passionne d’histoire pour mieux comprendre le monde qui nous entoure. Michelet écrit sa monumentale Histoire de France, Viollet-le-Duc réhabilite l’architecture médiévale. Et Darwin, dans L’origine des espèces (1859), conte l’histoire des êtres vivants, soumise aux lois de l’évolution. L’humain n’a pas été créé dans sa forme actuelle.

Il est le fruit d’une très longue évolution. Cette théorie révolutionne le monde et enflamme le jeune Haeckel. Biologiste, zoologiste, philosophe et libre penseur, Haeckel devient un vulgarisateur zélé des idées de Darwin. Il est aussi le père de théories controversées.

En 1866. le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement

Ainsi dans sa Morphologie générale (1866) avance-t-il que le développement embryonnaire d’un être vivant actuel reproduirait le développement généalogique de l’espèce à qui il appartient. Cette « loi biogénétique fondamentale » discutée a pourtant encouragé les débuts de l’embryologie comparée.

C’est encore en 1866 que le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement. Déjà à cette époque, on s’inquiète des effets de la révolution industrielle : George Sand et Victor Hugo luttent pour sauver la forêt de Fontainebleau de l’abattage ; Michelet, dans La Mer (1861), fustige la surpêche et appelle à écrire un Droit de la mer pour protéger les espèces.

S’ils n’utilisent pas le terme écologie, la prise...

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Catherine et Raphaël Larrère, Le pire n’est pas certain : sortir du catastrophisme

— « Le pire n’est pas certain », c’est le titre de l’un de vos ouvrages, réédité récemment. Pourquoi le catastrophisme est-il, selon vous, contestable ?

Catherine Larrère : Il existe différents types de catastrophisme. Le catastrophisme pédagogique : il s’agit d’attirer l’attention. Le catastrophisme éclairé, tel que développé par Jean-Pierre Dupuy 1, où il s’agit de dire la catastrophe pour l’éviter. Et puis, il y a ce catastrophisme ontologique, que nous avons découvert lors d’un colloque à Cerisy en 2015, représenté en France par Pablo Servigne ou Yves Cochet. Pour eux, la catastrophe est inévitable. Or, la certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance.

Raphaël Larrère : Parmi les arguments des collapsologues, il y a la fragilité du système mondial, interconnecté et extrêmement complexe. Ils reprennent la thèse de Joseph Tainter selon laquelle la complexité d’un système social le rend vulnérable et menacé d’un effondrement systémique. Mais justement, le comportement de tout système complexe est imprévisible. On ne peut donc pas prévoir qu’il va s’effondrer. Il peut être résilient. Jean-Pierre Dupuy explique ainsi que dans un système hypercomplexe comme le système mondial, il y a un certain nombre de « hubs » – des points reliés à quantité d’éléments et de processus qui se passent dans le monde. Quand une perturbation, un choc, atteint des éléments reliés à relativement peu d’autres, et qui ne sont donc pas des hubs, le système trouve une façon de fonctionner différemment. Par contre, si c’est un hub ou plusieurs hubs qui sont atteints, il peut y avoir un effondrement du système et son remplacement par un autre système. Disons que pour le système mondial, il n’y a pas de certitude que le pire est son destin – mais dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas.

« La certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance »

C. L. : On ne peut donc pas, comme Yves Cochet, dire l’effondrement, c’est pour telle date ! Alors que nous écrivions la première édition de ce livre, pendant le premier confinement, il y a eu dans Le Monde une grande interview d’Edgar Morin où il disait : pourquoi voulez-vous prévoir le pire alors que l’on n’arrive à rien prévoir ? Cela nous a confortés dans notre vision. Et avec l’idée d’une catastrophe globale, partout à la fois, au même moment, on n’est plus seulement dans l’imprévisible, mais dans l’improbable.

R. L. : Effectivement, c’est improbable. Qu’il y ait des effondrements, c’est probable, cela fait partie des possibilités. Mais un effondrement global de l’ensemble du monde ? Ça ne l’est pas. Le monde est trop hétérogène pour qu’il en soit ainsi. Selon Yves Cochet, il suffirait d’un rien pour que le monde s’effondre – il prend l’image des dominos qui tombent les uns après les autres. Ce rien pourrait être un krach boursier, une sécheresse particulière… Mais non ! Un krach boursier, c’est catastrophique pour les pays relativement riches, mais au Burkina Faso les gens continueront d’être aussi pauvres qu’auparavant. Par contre, une très grave sécheresse affectant des millions de personnes dans le Sahel, cela ne gênerait pas les pays les plus riches – sinon que certaines victimes de cette sécheresse chercheraient à venir vivre dans ces pays riches.

Certes, avec l’impact des activités humaines sur la nature, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution d’un monde devenu toxique, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des catastrophes, des effondrements. Mais différents de par le monde et pas au même moment. Comme cela s’est déjà produit, car il y a déjà eu des sociétés qui se sont effondrées. Ainsi, quand les Européens sont arrivés en Amérique, porteurs de germes contre lesquels ils étaient relativement protégés – des zoonoses liées aux animaux domestiques –, les Indiens qui n’avaient pas d’animaux domestiques n’ont pas résisté. Il y a eu un effondrement de population et de civilisation terrible. Il restait au maximum 20 % de la population amérindienne quand un siècle plus tard les colons sont arrivés en Amérique du Nord. Parado­xalement, ceux qui ont contaminé les Indiens avaient été les coureurs de bois, ceux qui s’entendaient plutôt bien avec eux. Ces effondrements, ces catastrophes auxquels on peut s’attendre se feront de façon décalée de par le monde. Et c’est ce contre quoi il faut lutter.

« Dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas »

— En parlant de catastrophe à un niveau global, on se condamne de fait à l’impuissance ?

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Cette histoire singulière n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, des actions philanthropiques qu’aiment mener aujourd’hui les multinationales et les milliardaires. En l’occurrence, pourquoi ne...

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Alain Garnier : « La commande publique représente 40 % du déficit de la balance commerciale dans le numérique »

— Vous avez présenté vos principales propositions lors d’un appel en 2020. Quels en sont les résultats ?

Alain Garnier : Notre mouvement est né de la rencontre de celles et ceux soucieux que les données personnelles soient conservées par des opérateurs souverains sur lesquels on a un contrôle, et de celles et ceux qui sont attachés au développement d’une filière économique française et européenne. Nous avons été écoutés au sens où la souveraineté numérique est devenue un élément du débat public. Mais à part ça, le résultat est mitigé. Quatre ans après, nous sommes encore dans une situation intermédiaire par rapport au Health data hub. Récemment encore, la CNIL a validé qu’une partie des données de santé des Français soient pendant 3 ans de plus mises sur Microsoft. Il devrait y avoir un appel d’offres en 2025, mais il est repoussé tous les ans et la question n'a pas été tranchée de manière définitive.

— Est-ce que la fuite des données de la complémentaire santé de 33 millions de personnes est de nature à changer la donne ?

A. G. : On continue à ne pas alimenter la filière en commandes. Du coup, elle grandit lentement. Les gros acteurs américains se disent plus sécurisés. Mais on vient de le voir, eux aussi ont eu des problèmes de sécurité avec des fuites de données massives. Si les systèmes sont mal sécurisés, c’est parce qu’on ne met pas assez de moyens dans les domaines que l’on maîtrise nous-mêmes. Il faut prendre la mesure que ces questions de...

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Ernst Haeckel (1834-1919), L’écologie scientifique et artistique

Le XIXe siècle se passionne d’histoire pour mieux comprendre le monde qui nous entoure. Michelet écrit sa monumentale Histoire de France, Viollet-le-Duc réhabilite l’architecture médiévale. Et Darwin, dans L’origine des espèces (1859), conte l’histoire des êtres vivants, soumise aux lois de l’évolution. L’humain n’a pas été créé dans sa forme actuelle.

Il est le fruit d’une très longue évolution. Cette théorie révolutionne le monde et enflamme le jeune Haeckel. Biologiste, zoologiste, philosophe et libre penseur, Haeckel devient un vulgarisateur zélé des idées de Darwin. Il est aussi le père de théories controversées.

En 1866. le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement

Ainsi dans sa Morphologie générale (1866) avance-t-il que le développement embryonnaire d’un être vivant actuel reproduirait le développement généalogique de l’espèce à qui il appartient. Cette « loi biogénétique fondamentale » discutée a pourtant encouragé les débuts de l’embryologie comparée.

C’est encore en 1866 que le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement. Déjà à cette époque, on s’inquiète des effets de la révolution industrielle : George Sand et Victor Hugo luttent pour sauver la forêt de Fontainebleau de l’abattage ; Michelet, dans La Mer (1861), fustige la surpêche et appelle à écrire un Droit de la mer pour protéger les espèces.

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Catherine et Raphaël Larrère, Le pire n’est pas certain : sortir du catastrophisme

— « Le pire n’est pas certain », c’est le titre de l’un de vos ouvrages, réédité récemment. Pourquoi le catastrophisme est-il, selon vous, contestable ?

Catherine Larrère : Il existe différents types de catastrophisme. Le catastrophisme pédagogique : il s’agit d’attirer l’attention. Le catastrophisme éclairé, tel que développé par Jean-Pierre Dupuy 1, où il s’agit de dire la catastrophe pour l’éviter. Et puis, il y a ce catastrophisme ontologique, que nous avons découvert lors d’un colloque à Cerisy en 2015, représenté en France par Pablo Servigne ou Yves Cochet. Pour eux, la catastrophe est inévitable. Or, la certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance.

Raphaël Larrère : Parmi les arguments des collapsologues, il y a la fragilité du système mondial, interconnecté et extrêmement complexe. Ils reprennent la thèse de Joseph Tainter selon laquelle la complexité d’un système social le rend vulnérable et menacé d’un effondrement systémique. Mais justement, le comportement de tout système complexe est imprévisible. On ne peut donc pas prévoir qu’il va s’effondrer. Il peut être résilient. Jean-Pierre Dupuy explique ainsi que dans un système hypercomplexe comme le système mondial, il y a un certain nombre de « hubs » – des points reliés à quantité d’éléments et de processus qui se passent dans le monde. Quand une perturbation, un choc, atteint des éléments reliés à relativement peu d’autres, et qui ne sont donc pas des hubs, le système trouve une façon de fonctionner différemment. Par contre, si c’est un hub ou plusieurs hubs qui sont atteints, il peut y avoir un effondrement du système et son remplacement par un autre système. Disons que pour le système mondial, il n’y a pas de certitude que le pire est son destin – mais dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas.

« La certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance »

C. L. : On ne peut donc pas, comme Yves Cochet, dire l’effondrement, c’est pour telle date ! Alors que nous écrivions la première édition de ce livre, pendant le premier confinement, il y a eu dans Le Monde une grande interview d’Edgar Morin où il disait : pourquoi voulez-vous prévoir le pire alors que l’on n’arrive à rien prévoir ? Cela nous a confortés dans notre vision. Et avec l’idée d’une catastrophe globale, partout à la fois, au même moment, on n’est plus seulement dans l’imprévisible, mais dans l’improbable.

R. L. : Effectivement, c’est improbable. Qu’il y ait des effondrements, c’est probable, cela fait partie des possibilités. Mais un effondrement global de l’ensemble du monde ? Ça ne l’est pas. Le monde est trop hétérogène pour qu’il en soit ainsi. Selon Yves Cochet, il suffirait d’un rien pour que le monde s’effondre – il prend l’image des dominos qui tombent les uns après les autres. Ce rien pourrait être un krach boursier, une sécheresse particulière… Mais non ! Un krach boursier, c’est catastrophique pour les pays relativement riches, mais au Burkina Faso les gens continueront d’être aussi pauvres qu’auparavant. Par contre, une très grave sécheresse affectant des millions de personnes dans le Sahel, cela ne gênerait pas les pays les plus riches – sinon que certaines victimes de cette sécheresse chercheraient à venir vivre dans ces pays riches.

Certes, avec l’impact des activités humaines sur la nature, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution d’un monde devenu toxique, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des catastrophes, des effondrements. Mais différents de par le monde et pas au même moment. Comme cela s’est déjà produit, car il y a déjà eu des sociétés qui se sont effondrées. Ainsi, quand les Européens sont arrivés en Amérique, porteurs de germes contre lesquels ils étaient relativement protégés – des zoonoses liées aux animaux domestiques –, les Indiens qui n’avaient pas d’animaux domestiques n’ont pas résisté. Il y a eu un effondrement de population et de civilisation terrible. Il restait au maximum 20 % de la population amérindienne quand un siècle plus tard les colons sont arrivés en Amérique du Nord. Parado­xalement, ceux qui ont contaminé les Indiens avaient été les coureurs de bois, ceux qui s’entendaient plutôt bien avec eux. Ces effondrements, ces catastrophes auxquels on peut s’attendre se feront de façon décalée de par le monde. Et c’est ce contre quoi il faut lutter.

« Dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas »

— En parlant de catastrophe à un niveau global, on se condamne de fait à l’impuissance ?

C. L. : Effectivement. Au-delà des arguments scientifiques, la collapsologie dépolitise. Nous avons eu...

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Dès sa création, vers 1850, le train de nuit suscite l’engouement. Les grandes compagnies financières, voyant le marché juteux, s’impliquent fortement dans la construction des réseaux et, en 1875, on compte 20 000 km de lignes exploitées. Ce chiffre grandira jusqu’à atteindre 42 500 km de voies vers 1970 et les 550 gares desservies en 1980. Mais l’arrivée du TGV modifie profondément les comportements vis-à-vis du train. Un mouvement d’érosion s’ensuit, amplifié par la concurrence de l'avion puis des bus. En 2018, le nombre de kilomètres de voies est tombé à 29...

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Le philanthrocapitalisme, pour le meilleur des mondes ?

Vingt millions de dollars pour la Seine-Saint-Denis. C’est le montant du programme Advancing cities que la banque américaine J.P. Morgan a annoncé allouer via sa fondation en novembre 2023. Versés sur cinq ans, ces 18,4 millions d’euros doivent aider les habitants de Seine-Saint-Denis à accéder à des opportunités économiques. Cette somme s’ajoute aux 30 millions de dollars déjà engagés en 2018 pour la Seine-Saint-Denis et, outre-Atlantique, au soutien affiché aux quartiers populaires de Détroit, Chicago ou Washington.

Œuvrer au meilleur des mondes

Versés à des associations ou des entreprises sociales, ces dollars doivent servir à favoriser les formations, l’insertion professionnelle et le développement de projets sélectionnés par la fondation. Parallèlement, J.P. Morgan a noué un partenariat avec la banque d’investissement publique Bpifrance via un fonds (50 millions de dollars apportés par J.P. Morgan, 10 millions par Bpifrance) ayant pour vocation de financer des fonds de capital-risque dirigés par des femmes ou « ayant un impact positif sur la société ». Grand admirateur d’Emmanuel Macron, le PDG de la banque américaine, Jamie Dimon, manifeste ainsi son engagement à aider la France.

Il ne s’agit plus seulement ici de mécénat culturel, d’ouvrir un établissement de soins ou d’enseignement, de financer la recherche, l’enseignement… mais d’œuvrer au meilleur des mondes, selon les conceptions des donateurs

Cette histoire singulière n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, des actions philanthropiques qu’aiment mener aujourd’hui les multinationales et les milliardaires. En l’occurrence, pourquoi ne...

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Alain Garnier : « La commande publique représente 40 % du déficit de la balance commerciale dans le numérique »

— Vous avez présenté vos principales propositions lors d’un appel en 2020. Quels en sont les résultats ?

Alain Garnier : Notre mouvement est né de la rencontre de celles et ceux soucieux que les données personnelles soient conservées par des opérateurs souverains sur lesquels on a un contrôle, et de celles et ceux qui sont attachés au développement d’une filière économique française et européenne. Nous avons été écoutés au sens où la souveraineté numérique est devenue un élément du débat public. Mais à part ça, le résultat est mitigé. Quatre ans après, nous sommes encore dans une situation intermédiaire par rapport au Health data hub. Récemment encore, la CNIL a validé qu’une partie des données de santé des Français soient pendant 3 ans de plus mises sur Microsoft. Il devrait y avoir un appel d’offres en 2025, mais il est repoussé tous les ans et la question n'a pas été tranchée de manière définitive.

— Est-ce que la fuite des données de la complémentaire santé de 33 millions de personnes est de nature à changer la donne ?

A. G. : On continue à ne pas alimenter la filière en commandes. Du coup, elle grandit lentement. Les gros acteurs américains se disent plus sécurisés. Mais on vient de le voir, eux aussi ont eu des problèmes de sécurité avec des fuites de données massives. Si les systèmes sont mal sécurisés, c’est parce qu’on ne met pas assez de moyens dans les domaines que l’on maîtrise nous-mêmes. Il faut prendre la mesure que ces questions de...

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Ernst Haeckel (1834-1919), L’écologie scientifique et artistique

Le XIXe siècle se passionne d’histoire pour mieux comprendre le monde qui nous entoure. Michelet écrit sa monumentale Histoire de France, Viollet-le-Duc réhabilite l’architecture médiévale. Et Darwin, dans L’origine des espèces (1859), conte l’histoire des êtres vivants, soumise aux lois de l’évolution. L’humain n’a pas été créé dans sa forme actuelle.

Il est le fruit d’une très longue évolution. Cette théorie révolutionne le monde et enflamme le jeune Haeckel. Biologiste, zoologiste, philosophe et libre penseur, Haeckel devient un vulgarisateur zélé des idées de Darwin. Il est aussi le père de théories controversées.

En 1866. le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement

Ainsi dans sa Morphologie générale (1866) avance-t-il que le développement embryonnaire d’un être vivant actuel reproduirait le développement généalogique de l’espèce à qui il appartient. Cette « loi biogénétique fondamentale » discutée a pourtant encouragé les débuts de l’embryologie comparée.

C’est encore en 1866 que le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement. Déjà à cette époque, on s’inquiète des effets de la révolution industrielle : George Sand et Victor Hugo luttent pour sauver la forêt de Fontainebleau de l’abattage ; Michelet, dans La Mer (1861), fustige la surpêche et appelle à écrire un Droit de la mer pour protéger les espèces.

S’ils n’utilisent pas le terme écologie, la prise...

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— « Le pire n’est pas certain », c’est le titre de l’un de vos ouvrages, réédité récemment. Pourquoi le catastrophisme est-il, selon vous, contestable ?

Catherine Larrère : Il existe différents types de catastrophisme. Le catastrophisme pédagogique : il s’agit d’attirer l’attention. Le catastrophisme éclairé, tel que développé par Jean-Pierre Dupuy 1, où il s’agit de dire la catastrophe pour l’éviter. Et puis, il y a ce catastrophisme ontologique, que nous avons découvert lors d’un colloque à Cerisy en 2015, représenté en France par Pablo Servigne ou Yves Cochet. Pour eux, la catastrophe est inévitable. Or, la certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance.

Raphaël Larrère : Parmi les arguments des collapsologues, il y a la fragilité du système mondial, interconnecté et extrêmement complexe. Ils reprennent la thèse de Joseph Tainter selon laquelle la complexité d’un système social le rend vulnérable et menacé d’un effondrement systémique. Mais justement, le comportement de tout système complexe est imprévisible. On ne peut donc pas prévoir qu’il va s’effondrer. Il peut être résilient. Jean-Pierre Dupuy explique ainsi que dans un système hypercomplexe comme le système mondial, il y a un certain nombre de « hubs » – des points reliés à quantité d’éléments et de processus qui se passent dans le monde. Quand une perturbation, un choc, atteint des éléments reliés à relativement peu d’autres, et qui ne sont donc pas des hubs, le système trouve une façon de fonctionner différemment. Par contre, si c’est un hub ou plusieurs hubs qui sont atteints, il peut y avoir un effondrement du système et son remplacement par un autre système. Disons que pour le système mondial, il n’y a pas de certitude que le pire est son destin – mais dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas.

« La certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance »

C. L. : On ne peut donc pas, comme Yves Cochet, dire l’effondrement, c’est pour telle date ! Alors que nous écrivions la première édition de ce livre, pendant le premier confinement, il y a eu dans Le Monde une grande interview d’Edgar Morin où il disait : pourquoi voulez-vous prévoir le pire alors que l’on n’arrive à rien prévoir ? Cela nous a confortés dans notre vision. Et avec l’idée d’une catastrophe globale, partout à la fois, au même moment, on n’est plus seulement dans l’imprévisible, mais dans l’improbable.

R. L. : Effectivement, c’est improbable. Qu’il y ait des effondrements, c’est probable, cela fait partie des possibilités. Mais un effondrement global de l’ensemble du monde ? Ça ne l’est pas. Le monde est trop hétérogène pour qu’il en soit ainsi. Selon Yves Cochet, il suffirait d’un rien pour que le monde s’effondre – il prend l’image des dominos qui tombent les uns après les autres. Ce rien pourrait être un krach boursier, une sécheresse particulière… Mais non ! Un krach boursier, c’est catastrophique pour les pays relativement riches, mais au Burkina Faso les gens continueront d’être aussi pauvres qu’auparavant. Par contre, une très grave sécheresse affectant des millions de personnes dans le Sahel, cela ne gênerait pas les pays les plus riches – sinon que certaines victimes de cette sécheresse chercheraient à venir vivre dans ces pays riches.

Certes, avec l’impact des activités humaines sur la nature, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution d’un monde devenu toxique, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des catastrophes, des effondrements. Mais différents de par le monde et pas au même moment. Comme cela s’est déjà produit, car il y a déjà eu des sociétés qui se sont effondrées. Ainsi, quand les Européens sont arrivés en Amérique, porteurs de germes contre lesquels ils étaient relativement protégés – des zoonoses liées aux animaux domestiques –, les Indiens qui n’avaient pas d’animaux domestiques n’ont pas résisté. Il y a eu un effondrement de population et de civilisation terrible. Il restait au maximum 20 % de la population amérindienne quand un siècle plus tard les colons sont arrivés en Amérique du Nord. Parado­xalement, ceux qui ont contaminé les Indiens avaient été les coureurs de bois, ceux qui s’entendaient plutôt bien avec eux. Ces effondrements, ces catastrophes auxquels on peut s’attendre se feront de façon décalée de par le monde. Et c’est ce contre quoi il faut lutter.

« Dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas »

— En parlant de catastrophe à un niveau global, on se condamne de fait à l’impuissance ?

C. L. : Effectivement. Au-delà des arguments scientifiques, la collapsologie dépolitise. Nous avons eu...

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C’est avec la loi Thiollière de 2007 que les collectivités locales sont clairement autorisées « à mettre en œuvre ou soutenir toute action internationale annuelle ou pluriannuelle de coopération, d’aide au développement ou à caractère humanitaire. » Près de 4 000 collectivités locales,...

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Le train de nuit, retour vers le futur

Se hisser dans une couchette, allumer la liseuse et s’endormir bercé par le rythme régulier du wagon sur les rails… avant de se réveiller au petit matin au bout du quai de la gare d’Austerlitz. La France redécouvre les joies du transport nocturne. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 700 000 voyageurs en 2022 contre 350 000 voyageurs en 2019. Cette nouvelle attractivité est d’autant plus appréciable qu’elle intervient après une décennie de déclin. Entre 2015 et 2017, la mort du train de nuit semblait en effet actée par la direction de la SNCF. Son PDG, Guillaume Pépy, le décrivait comme « la nostalgie d'un passé révolu ».

EN 2018, LE NOMBRE DE KILOMÈTRES DE VOIES EST TOMBÉ À 29 000 KM AVEC UN DÉSINVESTISSEMENT CROISSANT DE L’ÉTAT, NOTAMMENT SUR LE RÉSEAU SECONDAIRE

La mobilisation d’usagers qui ne baissent pas les bras, le volontarisme politique de collectivités bien décidées à préserver ce train de proximité, le bénéfice environnemental de ce transport doux ont finalement conduit le Président Emmanuel Macron à le réhabiliter dès son premier mandat en 2018. La SNCF acquiesce. Le Paris-Nice a été relancé le premier en 2021, d’autres destinations ont suivi Toulouse, Nice, Briançon, Albi, Argelès-sur-Mer, Ax-les-Thermes, Cannes et Lourdes. Assiste-t-on à un nouvel âge d’or du train de nuit ?

AU SERVICE DES TERRITOIRES

Dès sa création, vers 1850, le train de nuit suscite l’engouement. Les grandes compagnies financières, voyant le marché juteux, s’impliquent fortement dans la construction des réseaux et, en 1875, on compte 20 000 km de lignes exploitées. Ce chiffre grandira jusqu’à atteindre 42 500 km de voies vers 1970 et les 550 gares desservies en 1980. Mais l’arrivée du TGV modifie profondément les comportements vis-à-vis du train. Un mouvement d’érosion s’ensuit, amplifié par la concurrence de l'avion puis des bus. En 2018, le nombre de kilomètres de voies est tombé à 29...

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Le philanthrocapitalisme, pour le meilleur des mondes ?

Vingt millions de dollars pour la Seine-Saint-Denis. C’est le montant du programme Advancing cities que la banque américaine J.P. Morgan a annoncé allouer via sa fondation en novembre 2023. Versés sur cinq ans, ces 18,4 millions d’euros doivent aider les habitants de Seine-Saint-Denis à accéder à des opportunités économiques. Cette somme s’ajoute aux 30 millions de dollars déjà engagés en 2018 pour la Seine-Saint-Denis et, outre-Atlantique, au soutien affiché aux quartiers populaires de Détroit, Chicago ou Washington.

Œuvrer au meilleur des mondes

Versés à des associations ou des entreprises sociales, ces dollars doivent servir à favoriser les formations, l’insertion professionnelle et le développement de projets sélectionnés par la fondation. Parallèlement, J.P. Morgan a noué un partenariat avec la banque d’investissement publique Bpifrance via un fonds (50 millions de dollars apportés par J.P. Morgan, 10 millions par Bpifrance) ayant pour vocation de financer des fonds de capital-risque dirigés par des femmes ou « ayant un impact positif sur la société ». Grand admirateur d’Emmanuel Macron, le PDG de la banque américaine, Jamie Dimon, manifeste ainsi son engagement à aider la France.

Il ne s’agit plus seulement ici de mécénat culturel, d’ouvrir un établissement de soins ou d’enseignement, de financer la recherche, l’enseignement… mais d’œuvrer au meilleur des mondes, selon les conceptions des donateurs

Cette histoire singulière n’est qu’un exemple, parmi tant d’autres, des actions philanthropiques qu’aiment mener aujourd’hui les multinationales et les milliardaires. En l’occurrence, pourquoi ne...

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Alain Garnier : « La commande publique représente 40 % du déficit de la balance commerciale dans le numérique »

— Vous avez présenté vos principales propositions lors d’un appel en 2020. Quels en sont les résultats ?

Alain Garnier : Notre mouvement est né de la rencontre de celles et ceux soucieux que les données personnelles soient conservées par des opérateurs souverains sur lesquels on a un contrôle, et de celles et ceux qui sont attachés au développement d’une filière économique française et européenne. Nous avons été écoutés au sens où la souveraineté numérique est devenue un élément du débat public. Mais à part ça, le résultat est mitigé. Quatre ans après, nous sommes encore dans une situation intermédiaire par rapport au Health data hub. Récemment encore, la CNIL a validé qu’une partie des données de santé des Français soient pendant 3 ans de plus mises sur Microsoft. Il devrait y avoir un appel d’offres en 2025, mais il est repoussé tous les ans et la question n'a pas été tranchée de manière définitive.

— Est-ce que la fuite des données de la complémentaire santé de 33 millions de personnes est de nature à changer la donne ?

A. G. : On continue à ne pas alimenter la filière en commandes. Du coup, elle grandit lentement. Les gros acteurs américains se disent plus sécurisés. Mais on vient de le voir, eux aussi ont eu des problèmes de sécurité avec des fuites de données massives. Si les systèmes sont mal sécurisés, c’est parce qu’on ne met pas assez de moyens dans les domaines que l’on maîtrise nous-mêmes. Il faut prendre la mesure que ces questions de...

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Ernst Haeckel (1834-1919), L’écologie scientifique et artistique

Le XIXe siècle se passionne d’histoire pour mieux comprendre le monde qui nous entoure. Michelet écrit sa monumentale Histoire de France, Viollet-le-Duc réhabilite l’architecture médiévale. Et Darwin, dans L’origine des espèces (1859), conte l’histoire des êtres vivants, soumise aux lois de l’évolution. L’humain n’a pas été créé dans sa forme actuelle.

Il est le fruit d’une très longue évolution. Cette théorie révolutionne le monde et enflamme le jeune Haeckel. Biologiste, zoologiste, philosophe et libre penseur, Haeckel devient un vulgarisateur zélé des idées de Darwin. Il est aussi le père de théories controversées.

En 1866. le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement

Ainsi dans sa Morphologie générale (1866) avance-t-il que le développement embryonnaire d’un être vivant actuel reproduirait le développement généalogique de l’espèce à qui il appartient. Cette « loi biogénétique fondamentale » discutée a pourtant encouragé les débuts de l’embryologie comparée.

C’est encore en 1866 que le très créatif Haeckel invente le mot écologie. Il la définit comme la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement. Déjà à cette époque, on s’inquiète des effets de la révolution industrielle : George Sand et Victor Hugo luttent pour sauver la forêt de Fontainebleau de l’abattage ; Michelet, dans La Mer (1861), fustige la surpêche et appelle à écrire un Droit de la mer pour protéger les espèces.

S’ils n’utilisent pas le terme écologie, la prise...

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Catherine et Raphaël Larrère, Le pire n’est pas certain : sortir du catastrophisme

— « Le pire n’est pas certain », c’est le titre de l’un de vos ouvrages, réédité récemment. Pourquoi le catastrophisme est-il, selon vous, contestable ?

Catherine Larrère : Il existe différents types de catastrophisme. Le catastrophisme pédagogique : il s’agit d’attirer l’attention. Le catastrophisme éclairé, tel que développé par Jean-Pierre Dupuy 1, où il s’agit de dire la catastrophe pour l’éviter. Et puis, il y a ce catastrophisme ontologique, que nous avons découvert lors d’un colloque à Cerisy en 2015, représenté en France par Pablo Servigne ou Yves Cochet. Pour eux, la catastrophe est inévitable. Or, la certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance.

Raphaël Larrère : Parmi les arguments des collapsologues, il y a la fragilité du système mondial, interconnecté et extrêmement complexe. Ils reprennent la thèse de Joseph Tainter selon laquelle la complexité d’un système social le rend vulnérable et menacé d’un effondrement systémique. Mais justement, le comportement de tout système complexe est imprévisible. On ne peut donc pas prévoir qu’il va s’effondrer. Il peut être résilient. Jean-Pierre Dupuy explique ainsi que dans un système hypercomplexe comme le système mondial, il y a un certain nombre de « hubs » – des points reliés à quantité d’éléments et de processus qui se passent dans le monde. Quand une perturbation, un choc, atteint des éléments reliés à relativement peu d’autres, et qui ne sont donc pas des hubs, le système trouve une façon de fonctionner différemment. Par contre, si c’est un hub ou plusieurs hubs qui sont atteints, il peut y avoir un effondrement du système et son remplacement par un autre système. Disons que pour le système mondial, il n’y a pas de certitude que le pire est son destin – mais dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas.

« La certitude de l’effondrement n’est pas la conclusion d’une démonstration scientifique. C’est une croyance »

C. L. : On ne peut donc pas, comme Yves Cochet, dire l’effondrement, c’est pour telle date ! Alors que nous écrivions la première édition de ce livre, pendant le premier confinement, il y a eu dans Le Monde une grande interview d’Edgar Morin où il disait : pourquoi voulez-vous prévoir le pire alors que l’on n’arrive à rien prévoir ? Cela nous a confortés dans notre vision. Et avec l’idée d’une catastrophe globale, partout à la fois, au même moment, on n’est plus seulement dans l’imprévisible, mais dans l’improbable.

R. L. : Effectivement, c’est improbable. Qu’il y ait des effondrements, c’est probable, cela fait partie des possibilités. Mais un effondrement global de l’ensemble du monde ? Ça ne l’est pas. Le monde est trop hétérogène pour qu’il en soit ainsi. Selon Yves Cochet, il suffirait d’un rien pour que le monde s’effondre – il prend l’image des dominos qui tombent les uns après les autres. Ce rien pourrait être un krach boursier, une sécheresse particulière… Mais non ! Un krach boursier, c’est catastrophique pour les pays relativement riches, mais au Burkina Faso les gens continueront d’être aussi pauvres qu’auparavant. Par contre, une très grave sécheresse affectant des millions de personnes dans le Sahel, cela ne gênerait pas les pays les plus riches – sinon que certaines victimes de cette sécheresse chercheraient à venir vivre dans ces pays riches.

Certes, avec l’impact des activités humaines sur la nature, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution d’un monde devenu toxique, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des catastrophes, des effondrements. Mais différents de par le monde et pas au même moment. Comme cela s’est déjà produit, car il y a déjà eu des sociétés qui se sont effondrées. Ainsi, quand les Européens sont arrivés en Amérique, porteurs de germes contre lesquels ils étaient relativement protégés – des zoonoses liées aux animaux domestiques –, les Indiens qui n’avaient pas d’animaux domestiques n’ont pas résisté. Il y a eu un effondrement de population et de civilisation terrible. Il restait au maximum 20 % de la population amérindienne quand un siècle plus tard les colons sont arrivés en Amérique du Nord. Parado­xalement, ceux qui ont contaminé les Indiens avaient été les coureurs de bois, ceux qui s’entendaient plutôt bien avec eux. Ces effondrements, ces catastrophes auxquels on peut s’attendre se feront de façon décalée de par le monde. Et c’est ce contre quoi il faut lutter.

« Dire que le pire n’est pas certain, ce n’est pas dire qu’il est certain que le pire ne viendra pas »

— En parlant de catastrophe à un niveau global, on se condamne de fait à l’impuissance ?

C. L. : Effectivement. Au-delà des arguments scientifiques, la collapsologie dépolitise. Nous avons eu...

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