Mobilité : top et flop

Le domaine des mobilités n’est pas avare d’innovations prometteuses, de retours en grâce de modes oubliés et d’idées de génie qui tournent au ratage complet. Petit tour d’horizon.

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TOP
Les téléphériques urbains survolent les débats

En mai 2022, Toulouse s’est doté de Téléo, un téléphérique urbain de 2,7 km franchissant la Garonne. Reliant l’Oncopole à l’Université Paul Sabatier, il permet d’effectuer le trajet sans passer par le centre-ville, soit un gain de temps important, et achemine 6 000 personnes par jour. Après Brest en 2016, qui a connu des débuts difficiles, et Saint-Denis à La Réunion, ce mode de transport décarboné est remis au goût du jour au vu notamment de sa faible emprise foncière et de ses capacités de franchissement et de la rapidité de sa mise en oeuvre. La région Île-de-France lui a emboîté le pas. En 2025 entrera en service un téléphérique reliant Créteil à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne. D’autres projets sont en phase d’étude, notamment à Ajaccio (Corse-du-Sud), à Nice (Alpes-Maritimes), à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) ou à Bordeaux (Gironde). Et ce n’est sans doute pas fini.

Billet unique, peut-être 

Emmanuel Macron s’est dit favorable, sur la chaîne YouTube HugoDécrypte, à la création d’un titre de transport unique permettant de voyager en illimité sur l’ensemble des réseaux en France à l’exception du TGV. En février, lors d’un hackathon dédié, le ministre délégué chargé des Transports Clément Beaune avait annoncé le lancement de travaux conjoints avec les collectivités locales pour mettre en place ce dispositif. Pour autant, il se heurte au mur de l’argent. L’État a beau mettre la main au porte-monnaie, le gros des financements provient des collectivités territoriales. Autant dire que ces dernières, notamment les régions sur qui pèse le retrait de l’État et de la SNCF, se montrent prudentes. La France peut s’inspirer des pratiques d’autres pays en Europe, notamment l’Allemagne avec, depuis avril dernier, le « Deutschland-Ticket ». Pour 49 euros par mois, il permet d’emprunter n’importe quel transport en commun local et régional. Le coût est majoritairement supporté par l’État fédéral pour 1,5 milliard d’euros, les Länder en étant de leur poche pour 1 milliard d’euros.

FLOP
Navette autonome : parcours difficile 

Vincennes (Val-de-Marne) vante les mérites de la navette autonome électrique qu’elle expérimente avec la RATP. Mais le projet verra-t-il le jour ? Depuis des années, des expérimentations de navettes autonomes ont été lancées puis interrompues (plus de 150 depuis 2015 selon la Banque des territoires), sans jamais convaincre. Le système patine en dépit d’un concept séduisant : des véhicules de petite capacité circulant sans conducteur allégeant ainsi considérablement les coûts de fonctionnement. Rennes, Lyon, Saint-Quentin-en-Yvelines, La Défense… de nombreux essais n’ont pas connu de suite. Selon la Banque des territoires, « des navettes circulent un peu partout en France ». Aux Mureaux par exemple, le conseil départemental des Yvelines développe son programme Navetty avec trois navettes en circulation sur le site industriel d’ArianeGroup. Du succès de l’opération dépend le déploiement sur des voies ouvertes à la circulation. Avec une difficulté récurrente à lever toutes les contraintes de sécurité. Un des leaders du secteur, Navya, a déposé le bilan en avril ; il a été repris par le franc-comtois Gaussin, associé au japonais Macnica, mais son avenir reste suspendu au développement d’un marché.

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Le vélotaf en pleine ascension 

La pratique du vélotaf, comprenez du vélo sur le trajet domicile-travail, est en plein essor ces dernières années. Elle a augmenté de 52 % entre 2019 et le premier semestre 2022. Une progression facilitée par les aménagements de pistes, notamment post-Covid, ou encore le soutien public à la réparation et à l’acquisition de bicyclettes. Ainsi le forfait mobilité durable, qui permet une prise en charge par l’employeur. On note aussi que les villes qui favorisent la mise à disposition de vélos en libre-service connaissent le plus haut niveau de pratique : Strasbourg, Grenoble, Bordeaux ou encore La Rochelle arrivent en tête du classement des villes où les travailleurs se rendent le plus à vélo à leur bureau — 16 %, soit environ un trajet travail-domicile sur six. À titre de comparaison, à Copenhague, c’est la moitié de ces allers-retours qui se font à vélo. Une marge de progression que le gouvernement entend combler avec son plan vélo et mobilités actives 2023-2027 avec 2 milliards d’investissements annoncés.

 FLOP
Trottinettes : coup d’arrêt  

Elles étaient l’avenir de la mobilité urbaine. En quelques années seulement, les trottinettes en free-floating sont passées de la phase de prolifération agaçante dans les rues et sur les trottoirs de Paris au coup de frein brutal. Après une tentative de régulation pour éviter de voir les voiries jonchées de ces engins et quelques polémiques sur les conditions de travail des juicers, ces travailleurs ubérisés chargés de la collecte et la recharge des batteries, les trottinettes et leurs trois opérateurs ont quitté la capitale au 31 août. Au printemps, malgré une très faible participation (7,46 %), un référendum sans appel (90 % pour l’arrêt) aura eu raison de ce service. À Marseille, le maire Benoît Payan prend la même direction : le 11 septembre, il a supprimé le tiers des trottinettes, face au « n’importe quoi » des opérateurs. Reste qu’en dehors des locations, l’usage de la trottinette personnelle s’est répandu en ville et doit être durablement intégré aux politiques de mobilité douce.

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Le succès de l’autopartage

Le concept a longtemps surfé sur la vague de start-up du secteur. BlaBlaCar, le précurseur, revendique plus de 50 millions d’utilisateurs dans le monde. OuiCar a développé un service de location entre particuliers ; Citiz, un réseau de véhicules en libre-service ; et d’autres sociétés aux implantations nationales et régionales proposent des prestations similaires. Et c’est sans compter les dispositifs d’entreprises ou interentreprises qui ont fleuri. Dans son baromètre 2023, l’Association des Acteurs de l’Autopartage estime à 460 000 le nombre d’usagers actifs (+ 47 % par rapport à 2021) et à 926 le nombre de communes desservies (+ 186 communes) où vivent 27 millions d’habitants.

FLOP
Les loupés de l’Hyperloop 

Elon Musk en a imaginé le concept il y a une dizaine d’années. L’Hyperloop est un train capable d’atteindre la vitesse de 1 200 km/h grâce à une propulsion sur coussins d’air aimantés dans des tubes sous vide. Mais le concept n’a jamais dépassé le stade de projet. Une piste d’essai d’un kilomètre devait être aménagée par la société américaine HTT à Toulouse en 2018, promettant une mise en circulation pour 2027. Mais malgré les aides publiques, le projet a été stoppé dans la confusion et le train n’a jamais roulé. Même échec à Droux, en Haute-Vienne, où la start-up canadienne TransPod devait créer un laboratoire et une piste d’essai de trois kilomètres qui n’a jamais vu le jour.
En revanche, ça pourrait rouler pour le concept Urbanloop qui est en train de voir le jour à Nancy. Porté par la métropole, l’Université de Lorraine et l’Institut Polytechnique de Lorraine, il consiste à faire circuler sur rail dans des tubes des capsules individuelles autonomes sur une boucle de 7 km reliant un parking relais à la cité judiciaire. En mars dernier, le conseil métropolitain du Grand Nancy a adopté la mise en service d’une première ligne pour 2026.

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Covoiturage en territoires 

Dans les territoires périurbains ou ruraux où l’offre de transports en commun est faible, le partage de l’automobile s’impose comme une solution alternative. Les Molières (Essonne), 2 000 habitants, située à seulement 4 kilomètres d’une station RER, a opté pour le court-voiturage. Elle a fait appel à Karos, spécialisée dans le covoiturage sur les trajets domicile-travail, pour proposer un service de transport entre le village et la gare. Elle a même obtenu l’accord de la région Île-de-France pour l’intégration de la prestation dans le passe Navigo. Le maire de Billom, dans le Puy-de-Dôme, moins de 5 000 habitants, a soutenu l’association Halt ô Stop qui vise à faciliter la pratique de l’auto-stop dans les communes rurales. Des panneaux matérialisent les points de rencontre entre automobilistes et auto-stoppeurs. Quant à Métropole Rouen Normandie, elle a rémunéré les conducteurs. Mais aux dernières nouvelles, la pratique s’essouffle dans de nombreux territoires.
Par Pierre MAGNETTO et Bruno LAFOSSE
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