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Comment la ville influe sur la santé mentale

Objectif : aider l’Établissement public territorial et ses 24 communes à améliorer le bien-être des populations.
La rédaction
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Publié le 20 février 2023
Par Marie-Pierre VIEU-MARTIN

En 2021, l’EPT choisit l’agence de prospective urbaine The Street Society pour évaluer la manière dont l’environnement urbain éprouve la population. La chercheuse en neurologie cognitive et cofondatrice de l’agence [S]CITY, Emma Vilarem se voit confier une mission sur le vécu sensible de l’espace public : « Il s’agit de le qualifier. Le quantifier également, en mesurant les émotions générées », précise-t-elle. La démarche peut surprendre, tant on a peu l’habitude de voir associées les sciences cognitives et les politiques territoriales. L’initiative engagée doit permettre de fournir une expertise complémentaire aux travaux des sociologues et des psychologues. « L’étude est initiée par l’EPT dans une approche intercommunale, mais elle va aussi aider les villes à développer d’autres visions sur leur territoire », confie une responsable des études urbaines. « Travailler le sujet espace public sert à identifier les préjugés ou impressions négatives liés à cet espace pour arriver à utiliser les atouts », explique-t-elle encore.

Des cartes sensorielles et émotionnelles

La méthodologie arrêtée par Emma Vilarem tient compte de l’hétérogénéité du territoire et s’emploie à déterminer des lieux publics de typologies différentes. Huit villes ont été retenues, dans lesquelles l’étude se concentre ensuite sur des zones ou secteurs précis : la place Jean-Vilar à Vitry-sur-Seine, la dalle commerciale à Choisy-le-Roi ou encore les quais de l’Orge à Savigny-sur-Orge.

Le diagnostic est élaboré au travers d’actions telle une balade sensorielle. La passante ou le passant est appelé à suivre un parcours déterminé scientifiquement, à marcher, marquer des pauses, être attentif aux alentours et répondre à un questionnaire décryptant les sensations qui l’assaillent. Ces perceptions sont multiples et toutes ont des incidences sur le confort humain. Elles peuvent porter sur la luminosité du lieu, les sentiments olfactifs, les réactions aux bruits ou encore à la pollution, aux volumes ou la hauteur des bâtis, l’inquiétude face au trop-plein ou à l’inverse à la raréfaction de la vie sociale, la colère face à la détérioration d’une rue ou la joie face à une œuvre de street art… La démarche tient également compte des temporalités : des moments de la journée, des jours de la semaine. Les résultats donneront lieu à des cartes sensorielles et émotionnelles de ces espaces publics, assorties de recommandations en matière de mobilités, d’architecture urbaine (rénovations, constructions) ou encore de végétalisation des lieux.

Importance de l’environnement

La volonté de mesurer les effets des grandes villes sur le cerveau humain n’est pas neuve. Dès les années 1920, une étude sur la ville de Chicago à partir de 34 864 cas de troubles mentaux a permis d’établir une cartographie mettant en lumière la relation étroite entre la folie et la structure écologique de la ville ; la plus forte concentration des cas de schizophrénie étant relevée dans les quartiers désorganisés du centre-ville, et dans les bidonvilles où se conjuguaient pauvreté et conflits culturels.

La démarche peut surprendre, tant on a peu l’habitude de voir associées les sciences cognitives et les politiques territoriales

Un travail engagé en Grande-Bretagne en 2021 formalise également un lien direct entre l’environnement naturel, bâti et social des personnes et leur bien-être mental. Elle révèle que la seule rencontre quotidienne d’oiseaux est porteuse d’améliorations durables du mental. L’expérience de Grand-Orly Seine Bièvre va constituer un retour inédit sur les effets des politiques métropolitaines sur l’état mental et psychologique des riverains. « Ce travail de mesure des subjectivités et de quantification de l’immatériel sentiment sont autant d’atouts pour inventer la ville de demain », analyse Isabelle Lorand, conseillère municipale de Vitry-sur-Seine et élue communautaire. Et d’ajouter : « La stricte rentabilité, l’obligation d’opérations en équilibre, de densification qui confine à la bétonisation sont autant d’erreurs que cette étude peut nous aider à éviter. »

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Patrick SCHEYDER

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