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Florian Besson : «Le Puy du Fou, laboratoire de la droite extrême»

Avec trois collègues historiens, Florian Besson a assisté à l’ensemble des spectacles du parc d’attractions. Verdict : un manque de rigueur et une contre-histoire qui s’attaque à l’héritage de la Révolution française.

Florian Besson (ici à droite) et les autres auteurs du "Puy du faux".
Florian Besson est médiéviste, spécialiste des croisades et des États latins d’Orient. Il est professeur en collège et pilote le blog Actuel Moyen Âge.

— Les erreurs que vous avez identifiées résultent-elles d’un manque de rigueur scientifique ou d’une volonté déterminée de tromper ?

Florian Besson : Je pense qu’il y a les deux. Il y a un manque de rigueur historique flagrant, qui est d’autant plus agaçant que le parc accueille chaque année de nombreuses classes. C’est donc très énervant d’entendre parler de l’empereur Jules César qui n’a jamais été empereur !

Mais, ce qui est plus grave encore, c’est que le parc fabrique aussi une contre-histoire. Et là, il ne s’agit ni d’amateurisme ni de flemme de vérifier les sources : c’est volontaire. Depuis la création du parc, avec le premier spectacle, « La Cinéscénie », créé en 1977, Philippe de Villiers assume pleinement vouloir rendre justice à une mémoire vendéenne qui serait bafouée par l’histoire officielle. Il défend par exemple la théorie du génocide vendéen, alors que c’est une erreur historique attestée.

— Au-delà de la mémoire vendéenne, le parc déforme-t-il d’autres épisodes de l’histoire de France ?

F.B. : La mémoire vendéenne constitue la colonne vertébrale du parc, mais plus largement, c’est toute l’histoire de France qui fait l’objet d’une réécriture. Comme cela avait déjà été décrit par d’autres historiens avant nous, le parc présente une histoire contre-révolutionnaire, avec des figures de la Révolution qui sont présentées comme des monstres blafards, qui entrent en scène en se frottant les mains. Mais ce que nous montrons, c’est que le discours contre-historique du parc court de l’Antiquité à la Deuxième Guerre mondiale, avec notamment une réinvention du roman national de la fin du XIXe siècle.

Le Puy du Faux –Enquête sur un parc qui déforme l’Histoire,
Florian Besson, Pauline Ducret, Guillaume Lancereau et Mathilde Larrère, Éditions Les Arènes, 24 mars 2022, 192 p., 18 €.

 

— Comment cela se traduit-il ?

F.B. : Le Roman national français, fixé au XIXe par les républicains, est revisité sous l’angle réactionnaire et sous le prisme chrétien. D’une manière générale, la modernité est vue comme une menace, les scientifiques et les élites républicaines sont tournés en dérision, le repli sur le local est valorisé et tous les spectacles présentent les étrangers comme des ennemis qui nous attaquent. Qu’il soit viking, romain, anglais, allemand : celui qui vient de l’extérieur est dangereux et menace la communauté locale. Mais heureusement, selon le scénario des spectacles, tout cela n’est pas grave, car les étrangers sont toujours repoussés, soit par le Roi, soit par Dieu !

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