​​Isabelle Lacroix  : «Jeunes élus municipaux , un miroir grossissant des inégalités sociales»

Malgré une désaffection de la politique institutionnelle, la jeune génération s’implique dans les affaires publiques communales. Isabelle Lacroix, sociologue et autrice avec Laurent Lardeux de l’ouvrage Jeunes et déjà maires, détaille leurs motivations et leur situation sociale. Propos recueillis par Marius MATTY

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— D’où vient l’idée de réaliser une étude sur les jeunes élus et les jeunes maires ?  

Isabelle Lacroix : Avec mon collègue Laurent Lardeux, nous avons constaté deux choses. D’abord, les analystes de la vie politique font état d’une « crise de la vocation », notamment en ce qui concerne la politique locale. Ensuite, on assiste à un vieillissement continu des maires depuis plusieurs années. Les édiles de moins de 40 ans sont en effet passés de 12,7 % en 1983 à 3,9 % en 2020. Pourtant, 518 jeunes de 18-35 ans ont été élus maires lors du scrutin municipal de 2014. On a voulu étudier ce paradoxe. Par ailleurs, nous avons observé une carence scientifique sur le sujet. Certes, des travaux ont montré qu’il y a une forte sélectivité sociale dans l’accès à la fonction d’élu municipal. Mais il n’y avait rien sur les jeunes, et notamment les jeunes maires.

— Concernant les élus municipaux, vous qualifiez de « jeunes » ceux dont l’âge est compris entre 18 et 35 ans. Pourquoi ?

IL : Initialement, nous nous sommes concentrés sur la catégorie 18-30 ans, qui correspond aux statistiques de l’Insee [Institut national de la statistique et des études économiques — en réalité, la tranche d’âge se termine à 29 ans inclus, NDLR]. Or en politique, on a vu bien souvent qu’être jeune, c’est avoir moins de 40 ans. Car l’âge d’or du pouvoir local se situe entre 50 et 80 ans. La proportion de retraités parmi les élus municipaux est significativement élevée. En outre, seuls 3,7 % des maires en France et 10,3 % des adjoints ont moins de 40 ans. Donc si on ne l’avait pas élargi, l’échantillon aurait été statistiquement trop réduit. J’ajoute que c’est également parce que certains mouvements de jeunesse de partis politiques sont allés jusqu’à 35 ans.

— Qu’est-ce qui explique ces différences de proportion entre jeunes et moins jeunes ?

IL : Le mandat de maire, qui demande un investissement total. Quand on est en début de carrière professionnelle ou de trajectoire conjugale, cela peut être source de difficultés.

Jeunes et déjà maires. Le prix de l’engagement dans la politique municipale (Presses universitaires du Septentrion, 31 mars 2022, 241 p.21 €)

– Dans ce contexte, qui sont ces jeunes qui s’engagent et deviennent élus municipaux, voire maires ?

IL : Premièrement, la socialisation politique pendant l’enfance et l’adolescence joue un rôle crucial. Nous avons déterminé trois groupes à partir du questionnaire : les « hypersocialisés politiques » qui ont durant leur jeunesse une forte imprégnation d’un

environnement politique ; une catégorie inter­médiaire, les « socialisés politiquement », chez qui la politisation est intervenue de manière plus indirecte ; et enfin les « néophytes », marqués par l’absence de la politique. Dans le premier groupe, on retrouve majoritairement des hommes. C’est cette même catégorie qui accède le plus souvent à l’exécutif municipal, donc aux postes de maire ou d’adjoint. En outre, plus la taille de la commune est grande, plus la proportion d’« hypersocialisés politiquement » est élevée. Ce sont eux aussi principalement qui suivent des filières liées aux affaires publiques : droit, Sciences Po et Instituts d’études politiques…

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