Faire revivre les petites gares, c’est la mission de Railcoop

Profiter de la déréglementation ferroviaire pour redonner vie aux lignes abandonnées par la SNCF qui les juge non rentables, c’est le pari et le défi de la coopérative Railcoop en Aquitaine et Midi-Pyrénées.

«Nous n’avons pas la prétention d’apporter une solution magique, simplement notre brique ! Mais contribuer à redynamiser les zones rurales, c’est bien dans l’ADN de Railcoop », explique son président Dominique Guerrée.

Dominique Guerrée, président de Railcoop. Photo : Lucas Madebos

« Notre siège social est à Figeac, dans le Lot, un département confronté à la désertification. Et notre projet part du constat que SNCF Réseau a délaissé beaucoup de gares et de voies ferrées en zones rurales. »

En cinq ans (de 2015 à 2019), la SNCF a en effet fermé 1 050 km de « petites lignes » — soit une diminution de 9 % du réseau. Et le nombre de gares desservies par un service voyageur a baissé de 19 % entre 2011 et 2019 — soit 644 gares fermées au service voyageur. Les petites lignes de fret ne sont pas mieux loties.

L’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire, mise en place au niveau européen depuis 2003, doit s’achever en 2023. En décembre 2020, une étape symbolique a été franchie avec l’ouverture du transport domestique de passagers. Dans le cadre d’une compétition internationale entre opérateurs pour capter des marchés, le souci de la continuité territoriale et des services rendus aux habitants pèse peu face aux obligations de rentabilité.

La première entreprise ferroviaire à statut coopératif en France

Déterminé à faire un pied de nez à la fatalité, un collectif de citoyens, convaincus des vertus écologiques du train et de ses capacités à entretenir un maillage de proximité entre territoires, a décidé de s’engouffrer dans la brèche pour élaborer un projet démocratique et solidaire. C’est ainsi qu’est née Railcoop, la première entreprise ferroviaire à statut coopératif en France — sa licence d’entreprise ferroviaire a été obtenue en septembre 2021.

Le groupe d’étude des lignes. DR

Au 17 décembre dernier, la société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) réunissait 1 068 sociétaires, répartis en cinq collèges (partenaires techniques et financiers, collectivités locales et institutions, salariés de la coopérative, bénéficiaires personnes physiques, bénéficiaires personnes morales) et un capital social de plus de 4,1 millions d’euros.

Un petit Poucet, mais plein de dynamisme

Pour démarrer, Railcoop a loué le matériel roulant pour le fret. Pour le transport de voyageurs, elle rachète des rames de trains via des contrats tripartites entre SNCF Réseau et des Régions (rachat de neuf rames après accord avec la région Auvergne–Rhône-Alpes, d’autres devraient aboutir avec la Normandie et les Hauts-de-France).

Quant aux cheminots, « nous avons fait des appels classiques à candidatures, nous avons de jeunes retraités, mais nous formons aussi des conducteurs. Ce sont des formations de dix mois, à l’issue desquelles les contrôles et les règles de certification sont très stricts », explique Dominique Guerrée.

«Ce que nous visons, c’est relier entre elles les petites villes et les villes moyennes, en traversant des territoires ruraux comme la Creuse, la Corrèze ou l’Allier. »

« Nous sommes une coopérative, notre objectif n’est pas le profit, mais l’intérêt général », poursuit le président de Railcoop. « Nous ne cherchons pas à concurrencer le service public ferroviaire organisé par l’État et les Régions et nous n’aurons aucune subvention. Nous voulons apporter une offre complémentaire. Le réseau actuel sert en priorité les axes allant de Paris vers les métropoles. Ce que nous visons, ce sont les transversales, c’est relier entre elles les petites villes et les villes moyennes, en traversant des territoires ruraux comme la Creuse, la Corrèze ou l’Allier. »  

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