Ruralité : à Faux-la-Montagne, on la joue collectif !

Vivre dans une commune de 420 habitants, à une heure d’une grande ville, dans un territoire où la densité de population est inférieure à 10 habitants au km², ne signifie pas nécessairement l’isolement, l’enclavement ou l’éloignement des services et une vie sociale et culturelle réduite… À Faux-la-Montagne, habitantes et habitants ont choisi de s’organiser, souvent sous la forme associative, de mutualiser, malgré les obstacles… qui viennent souvent d’en haut ! Par Michel Lulek

En Limousin, sur le plateau de Millevaches, pays de lacs, de forêts et d’élevage, Faux-la-Montagne (Creuse) est souvent présentée comme un exemple de dynamisme rural et de renouveau démographique. Alors qu’ici la moitié des communes ont moins de 200 habitants, Faux apparaît comme un « gros » village. C’est surtout un village vivant.

Devant la mairie refaite à neuf il y a dix ans à l’étage de laquelle est située la maison médicale (deux médecins, un infirmier, un dentiste, un ostéopathe, un kiné, une psychologue…), la maire Catherine Moulin, qui entame son troisième mandat, peut se réjouir en énumérant les plus de 30 associations actives sur la commune, ses services (auberge communale, boulangerie-épicerie, pharmacie, salon de thé, camping et gîtes municipaux) et quelques originalités comme l’une des rares sociétés anonymes à participation ouvrière de France (la scierie-raboterie Ambiance bois et ses 30 salariés), la société coopérative de production (Scop) de rédaction La Navette (4 salariés coopérateurs), la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) L’Arban, atelier d’urbanisme rural et petit opérateur immobilier (6 salariés), son écoquartier labellisé par le ministère, le fonds de dotation La Solidaire qui soutient des projets locaux, la crèche associative et l’école, avec ses trois classes, qui vient d’être refaite à neuf, la « Binhata », agence postale communale-bibliothèque-office de tourisme, la caserne des pompiers, la station essence municipale, etc.

S’organiser collectivement

Sapo, Scop, Scic, fonds de dotation, associations… Il n’en faut pas plus pour que certains définissent la commune comme un « village de l’économie sociale et solidaire ». Le choix de ces structures reflète surtout le fait que les initiatives sont moins celles d’entrepreneurs individuels que de collectifs d’habitants qui utilisent logiquement les outils juridiques les plus adaptés à leurs besoins. La forme associative s’est imposée pour la télé locale (Télé Millevaches) comme pour les locaux partagés par des travailleurs indépendants (association TAF : Travailler à Faux), pour le festival annuel autour des livres (Folie ! les mots) comme pour la maison des jeux (la « Casa jocs » de l’association Cadet Roussel). Quant aux formes coopératives, elles reflètent le souci de s’or­­ga­niser collectivement, y compris dans le travail.

Une forme d’organisation qui implique que les initiatives viennent bien du bas (« bottom up » comme il faut dire, mais qu’on ne dit pas trop ici, préférant des expressions plus affirmées : autogestion, participation ou carrément autonomie ! Ici, ce ne sont ni des gros mots ni des mots creux.).

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