/

Julia Mouzon : «Les problèmes des femmes élues sont systémiques»

Créé en 2012 par Julia Mouzon, l’organisme de formation Élues locales et son réseau ont pour ambition d’encourager la féminisation de la vie politique, de soutenir toutes les femmes qui s’engagent dans un mandat local, de les former pour lutter contre les discriminations de genre, aussi bien dans leur propre pratique d’élues durant leur mandat que dans les politiques publiques locales.

— Vous avez créé Élues locales en 2012. Dans quel but ?

Julia Mouzon : Notre objectif est de soutenir, d’encourager, d’accompagner et de faire avancer les femmes en politique. Lorsque j’étais au ministère des Finances, j’ai constaté que beaucoup de femmes abandonnaient Bercy et son environnement politique très exigeant pour aller dans des administrations où elles sentiraient moins le poids des stéréotypes. Par exemple, c’étaient les seules à quitter le ministère à 18 h, et c’était mal vu.

Élues locales est à la fois un réseau d’entraide et un organismes de formation pour aider les femmes qui sont en politique, leur donner des outils pour faire face à cet univers-là et leur apporter des opportunités de se rendre compte que les problèmes qu’elles rencontrent ne sont pas individuels ou isolés, mais systémiques.

— Les lois sur la parité, la libération de la parole des femmes ne permettent-elles pas de changer les choses ?

JM : L’enjeu, c’est la présence des femmes dans la prise de décision publique. Nous avons des lois sur la parité avec un peu plus de 40 % de femmes parmi les élus locaux en France. Mais elles participent beaucoup moins à la vie politique locale, étant rarement maires ou 1res adjointes — seulement 20 % des maires sont des femmes.

De plus, elles rencontrent une plus grande difficulté à faire entendre leur voix dans les exécutifs municipaux. Les femmes sont plus facilement interrompues, on va moins leur laisser la parole, considérer que les sujets qu’elles portent comme l’éducation, la petite enfance ou l’action sociale sont moins importants que les sujets traditionnellement portés par les hommes comme l’urbanisme, les services techniques, les finances, etc.

En plus de la parité quantitative, l’enjeu est de parvenir à la parité qualitative permettant aux femmes et aux hommes de contribuer de la même façon à la création des politiques publiques locales.

— Concrètement quelles sont vos actions ?

JM : Le point d’entrée principal de notre action est la formation des élues en les outillant sur les droits des femmes afin qu’elles puissent les porter dans leur collectivité. Il s’agit aussi de leur permettre de renforcer leur impact politique, par exemple en leur apprenant quoi faire si les collègues leur coupent la parole. Il s’agit d’outils très pratiques.

Le deuxième axe, c’est de partager leur expérience de mandat local. Comme dans tout dispositif de formation, le réseau est absolument essentiel. La notion de partage d’expérience entre pairs autour de mêmes situations est très importante. Nous organisons des sessions de formation d’une journée à Paris et dans les départements. Nous organisons également des Journées des femmes élues avec plénière le matin et ateliers de formation l’après-midi, et, une fois l’an, les Journées nationales des femmes élues.

Par ailleurs, nous organisons des rencontres réseau gratuites, ouvertes à toutes les élues, au cours desquelles on privilégie cette question du partage afin d’orienter les élues, de trouver des solutions, de leur donner des contacts si nécessaire, pour qu’elles puissent creuser tel ou tel point.

Voir tous les articles en totalité

À lire également dans l’Inspiration politique

Sexisme en politique : elles sortent du silence !

Article Précédent

Sexisme en politique : elles sortent du silence !

Article Suivant

À Grigny, la lutte «à 360°» contre la pauvreté avance