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Julien Polat : «L’hôpital est pourvoyeur d’emplois sur un territoire»

Julien Polat, 35 ans, est depuis 2014 le maire de Voiron, ville d’Isère de 20 000 habitants. Il aura fallu vingt ans d’un combat aussi politique qu’administratif pour parvenir, en 2021, à doter la commune, et la communauté d’agglomération dont elle est le cœur, d’un nouvel hôpital, à même de répondre aux besoins médicaux d’une population privée de généralistes. Un hôpital qui est aussi « le plus gros employeur du pays voironnais ».

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— Pourquoi la ville de Voiron souhaitait-elle un nouvel hôpital ?

Julien Polat : L’hôpital historique, malgré quelques modernisations, était devenu obsolète. Il restait par exemple trois chambres à deux lits avec un seul sanitaire, et les couloirs étaient trop étroits pour que des brancards puissent s’y croiser. D’où une dégradation des conditions de travail et d’hospitalisation. De plus, il était situé dans un lieu pas très accessible et non desservi par les transports en commun. Toute projection dans l’avenir était donc impossible.

Voiron est une ville de 20 000 habitants, au cœur d’une communauté d’agglomération de 31 communes et d’un peu moins de 100 000 habitants. Mais son hôpital rayonne sur un bassin de santé de 150 à 180 000 habitants. Le perdre, c’était le premier pas vers un changement de destin du territoire. Les habitants auraient dû aller à Grenoble, et cela aurait été un enchaînement en cascade. Voiron serait devenu un territoire de banlieue dépendant de la métropole grenobloise.

— Il a fallu 20 ans pour y parvenir. Pourquoi ?

JP : Au début des années 2000, un site a été identifié, en bordure de la rocade, près de l’échangeur autoroutier et également très connecté au centre-ville. S’en est suivi une sorte de lobbying des élus pour convaincre l’État et le ministère de la Santé de la pertinence de débloquer des crédits pour que le projet puisse voir le jour.

Mais de 2008 à 2014, nous avons été confrontés à une succession d’embûches administratives et techniques. Il fallait obtenir du préfet une déclaration d’utilité publique, ce qui suppose des études environnementales, des études d’impact, des autorisations d’un certain nombre d’instances. Il fallait satisfaire un certain nombre de conditions pour garantir le maintien des crédits publics.

De plus, la collectivité ayant acheté les terrains à l’issue d’un processus d’expropriation, les propriétaires ont contesté les conditions d’achat. Nous sommes entrés dans une phase judiciaire, avec un recours pour faire annuler la déclaration d’utilité publique obtenue après le long processus administratif évoqué plus haut. Celle-ci a été effectivement annulée en première instance, puis en appel.

— Comment avez-vous relancé le projet, lorsque vous êtes devenu maire en 2014 ?

JP : D’abord, je me suis attelé à faire en sorte que la ville de Voiron et la communauté d’agglomération ne soient plus seules face à l’État, pour que le Département et la Région soient à nos côtés. Il fallait que toutes les collectivités locales, d’une même voix, fassent entendre l’importance de l’hôpital pour l’aménagement du territoire.

En 2015, on a fait inscrire ce projet dans le contrat de plan État-Région, avec un engagement financier à nos côtés du Département et de la Région, pour 2 millions d’euros chacun. Soit 4 millions fléchés sur l’acquisition du foncier qu’il fallait renégocier avec les propriétaires ainsi que pour la réalisation des voiries d’accès. Cela nous a permis de remettre le dossier sur les rails.

Ensuite nous avons remis en place des comités de pilotage, avec des réunions toutes les six semaines, rassemblant tous ceux qui avaient un rôle direct ou indirect à jouer dans le montage administratif et technique du projet : la direction de l’hôpital, un représentant de l’ARS, la secrétaire générale adjointe de la préfecture avec à ses côtés les services de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement et de la Direction départementale des territoires, les bureaux d’études qui nous accompagnaient, la communauté d’agglomération, des représentants de la commission médicale d’établissement.

À chaque réunion, chacun repartait avec sa « to do-list » pour la réunion suivante. C’est ce qui nous a permis d’optimiser le temps pour franchir les étapes de manière la plus compressée possible et dans une vraie dynamique de projet.

Et parallèlement, nous avons maintenu une politique au niveau de l’État à chacune des étapes pour que ce projet soit toujours reconnu comme prioritaire. Ce qui nous a permis d’aboutir à l’entrée en service de l’hôpital début septembre 2021.

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