DÉBAT

Signaux faibles enfantisme, NER, dumbphone, centre-ville, neige & tradwives

Bruno LAFOSSE
Publié le 20 février 2026
Connaissez-vous le dumbphone ? Savez-vous ce que recouvre l’enfantisme ? Avez-vous entendu parler des « NER » ou du phénomène tradwives ? Derrière ces mots encore discrets se dessinent pourtant des évolutions profondes : rapport au numérique, place des enfants dans la cité, nouvelles fractures sociales, transformation des centres-villes ou privatisation de la montagne. Cette chronique décrypte ces signaux faibles qui pourraient bien structurer les débats publics de demain.

Enfantisme

Et si l’on considérait l’enfance comme un sujet politique à part entière ? C’est l’ambition de l’enfantisme, une notion émergente qui cherche à faire reconnaître la condition spécifique des enfants comme une cause sociale et politique comparable au féminisme ou à l’antiracisme.

Porté par des acteurs associatifs et soutenu par des chercheurs, ce courant entend dépasser la seule protection juridique de l’enfance. L’enjeu est de repenser la place des enfants dans la société : leur donner voix au chapitre dans les espaces éducatifs, renforcer leur participation aux instances locales, intégrer leur regard dans les politiques publiques et reconnaître la valeur de leur expérience vécue.

Il s’agit également de mettre en place des politiques de protection efficaces, notamment face aux violences sexuelles. Publié le 25 novembre 2025, le rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant invite ainsi à créer un véritable ministère de l’Enfance et à faire de la lutte contre les violences, les agressions sexuelles et le harcèlement une priorité éducative majeure.

NER

Ni en emploi ni en retraite (NER)… C’est le nouveau vocable forgé pour définir ceux – et surtout celles – qui n’ont plus d’emploi et ne peuvent bénéficier de leurs droits à la retraite en France.

Ainsi, d’après l’Insee, 21 % des 55-69 ans sont dans cette situation. Des personnes encore invisibilisées, estime Béatrice Madeline dans Le Monde du 28 octobre.

Pour sa part, la CGT souligne que cette catégorie est un « véritable sas de précarité », puisque ces personnes sont soit inactives et sans revenu, soit au chômage.

Une précarité qui touche en premier lieu les femmes : « Parmi les personnes de 55 à 69 ans NER, 61 % sont des femmes. À 61 ans, elles sont 33 %, contre 22 % des hommes. Après 62 ans, les personnes NER sont deux fois plus souvent des femmes. »

Dumbphone

Un téléphone minimaliste, sans réseaux sociaux ni applications superflues, conçu pour appeler, envoyer des SMS… et c’est tout. C’est le principe du dumbphone. Une réponse simple à un problème complexe : l’addiction aux écrans.

10 % des moins de 25 ans en Europe en possèdent déjà un, souvent en complément d’un smartphone, pour se déconnecter volontairement.

Pourquoi un tel succès ? D’abord, pour protéger sa santé mentale : pas de notifications incessantes, pas de scroll infini. Ensuite, pour des raisons économiques et écologiques : ces téléphones coûtent entre 30 et 80 €, tiennent une semaine sans recharge et durent des années.

Un phénomène de fond : les analystes prévoient que ces appareils pourraient représenter 5 à 8 % du marché mondial d’ici 2027.


Neige

La neige toujours plus chère… Un nouveau modèle de station de ski fait parler de lui : des domaines privatisés, où l’accès est strictement limité et le luxe omniprésent.

Aux États-Unis, Powder Mountain, en Utah, fondée par le créateur de Netflix Reed Hastings, en est l’exemple le plus frappant : seulement 1 500 skieurs par jour autorisés sur des milliers d’hectares, des forfaits à prix d’or et des services dignes d’un palace.

En Europe, l’idée fait son chemin, avec des projets similaires en Suisse ou en Autriche, et même des réflexions en France pour créer des espaces « réservés » dans les Alpes.

Les promoteurs de ces stations misent sur un discours de séduction : fuyez la foule et les files d’attente, profitez d’une nature préservée. À condition de débourser plus de 300 € pour un forfait à la journée… Sans compter l’hébergement d’ultra-luxe.

Une privatisation supplémentaire de l’espace montagnard, alors que les sports d’hiver sont déjà réservés aux 7 % des Français les plus aisés.

Centre-ville

Les centres-villes ne sont pas morts, mais en pleine mutation : ils ne sont plus des destinations d’achat, mais des espaces de vie. La concurrence du e-commerce et des zones commerciales a déplacé les usages.

On ne vient plus « faire ses courses », on vient flâner, s’installer en terrasse, trouver un service rapide ou découvrir un artisan.

Le Rapport sur l’avenir du commerce de proximité (2025), rédigé par Frédérique Macarez (maire de Saint-Quentin), Dominique Schelcher (PDG de Coopérative U) et Antoine Saintoyant (directeur de la Banque des Territoires), décrit cette bascule « des biens vers les services », poussée par une quête d’authenticité et de convivialité.

Cette mutation redessine la carte commerciale : recul du prêt-à-porter, montée des cafés, ateliers, espaces bien-être, restauration et seconde main.

Le centre-ville pourrait ainsi devenir un producteur de convivialité. Pour les collectivités, l’enjeu est d’accompagner le changement : diversifier l’offre, animer l’espace public, maîtriser le foncier, cibler les bonnes polarités.

Des villes pionnières – Toulon et ses halles gourmandes, par exemple – montrent qu’en agissant vite, le centre-ville peut redevenir un lieu attractif, à taille humaine.

Tradwives

Contraction de traditional et wives, les tradwives incarnent un mouvement controversé qui gagne en visibilité sur les réseaux sociaux : ces femmes revendiquent un mode de vie inspiré des années 1950.

Leur credo ? Se consacrer exclusivement à leur foyer et à leurs enfants, se soumettre aux besoins de leur mari, rejeter l’avortement et, plus généralement, tous les modèles féministes.

Porté par des influenceuses sur TikTok ou Instagram, ce phénomène gagne en audience depuis quelques années, porté par la vague ultraconservatrice et religieuse.

D’après une enquête du Guardian en 2024, le hashtag #Tradwife cumule des millions de vues, principalement aux États-Unis et en Europe.

Ces femmes, souvent jeunes et éduquées, expliquent trouver épanouissement et sens dans les tâches domestiques, la cuisine maison ou l’éducation des enfants.

Un phénomène marginal, mais symptomatique : selon un sondage IFOP de 2023, 15 % des Françaises de moins de 35 ans déclaraient envier un mode de vie plus « traditionnel », sans pour autant rejeter totalement l’indépendance financière.

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