Emira Zaag, architecte - © D.R.

Urgence climatique : à quand des assises de la rénovation globale ? (Emira Zaag, architecte)

Le 09/08/2021, le rapport du GIEC, regroupant les travaux de plus de 2 500 scientifiques originaires de 195 états, a été publié. Ses conclusions sont accablantes. L’urgence climatique est réelle et plus que jamais elle est l’affaire de tous. Aucun pays, aucun habitant de la Terre, riche ou pauvre, ne pourra échapper aux conséquences du dérèglement climatique. En cela, il est évident que les ouragans, sècheresses, incendies, inondations et autres catastrophes naturelles ne connaissent pas de frontières, écrit Emira Zaag , architecte et gérante de ZAConsulting (agence d’architecture digitale spécialisée en rénovation en copropriété et sur le parc social), dans une tribune adressée à News Tank, le 03/11/2021.

Dans mon quotidien d’architecte spécialisée en rénovation globale, la prise de conscience demeure très faible car chacun continue de pratiquer son activité en « silo » gardant en ligne de mire les bénéfices financiers comme enjeu majeur. Et pourtant, il y a bien eu des objectifs qui ont été fixés en 2015 par la loi de transition énergétique. Cette loi s’inscrit dans la suite du Grenelle de l’environnement en permettant une évolution du droit nationale et internationale vers une meilleure prise en compte des enjeux énergétique et climatique, afin d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050.

À quand des assises de la rénovation globale pour remettre les choses à plat et redistribuer les cartes avec l’ensemble de la chaîne de valeur ?

Voici la tribune d’Emira Zaag.


La prise de conscience demeure très faible

Le 09/08/2021, le rapport du GIEC , regroupant les travaux de plus de 2 500 scientifiques originaires de 195 états a été publié. Ses conclusions sont accablantes. L’urgence climatique est réelle et plus que jamais elle est l’affaire de tous.

Aucun pays, aucun habitant de la Terre, riche ou pauvre, ne pourra échapper aux conséquences du dérèglement climatique, en cela, il est évident que les ouragans, sècheresses, incendies, inondations et autres catastrophes naturelles ne connaissent pas de frontières.

Tous concernés…

Cependant, dans mon quotidien d’architecte spécialisée en rénovation globale, la prise de conscience demeure très faible car chacun continue de pratiquer son activité en « silo » gardant juste en ligne de mire les bénéfices financiers comme enjeu majeur. Pourtant, il y a bien eu des objectifs qui ont été fixés en 2015 par la loi de transition énergétique. Cette loi s’inscrit dans la suite du Grenelle de l’environnement en permettant une évolution du droit national et international vers une meilleure prise en compte des enjeux énergétique et climatique, afin d’atteindre la neutralité carbone à horizon 2050.

Force est de constater, 6 ans plus tard, que le rythme des rénovations efficientes est beaucoup trop lent, et pour cause, l’inertie et les réflexes de nos décisionnaires qui persistent à répéter sans cesse la même chose, tout en espérant un résultat différent… (Rita Mae Brown ou Albert Einstein ?).

Après « Mon isolation, ma chaudière, mon calorifuge… à 1 € », les instances ont fini par comprendre qu’il était nécessaire de changer de paradigme, de penser global et d’explorer des chemins bien plus souvent innovant. (en plus des pathologies inhérentes à ce mode d’action sur le bâtiment, des séquelles sont à prévoir sur la santé des habitants de ces maisons isolées sans aucune correction sur la ventilation par exemple).

Heureusement, MaPrimeRénov’ est arrivée

Encore une fois, l’argent public est ponctionné et redistribué sous forme d’aides à des opérateurs économiques privés qui, grâce à leurs moyens financiers, captent les clients et les mettent en relation avec des sous-traitants « partenaires » qui réalisent des travaux de rénovation énergétique en prenant au passage, près de 50 % de marge.

L’artisan, interdit de démarchage téléphonique, se retrouve dans l’obligation de passer par ces acteurs autoproclamés de la rénovation pour travailler dans des conditions bien souvent déplorables. Quel est le savoir-faire et la plus-value de ces mêmes acteurs qualifiés Reconnus Garants de l’Environnement ? Alors même qu’ils ne sont que des intermédiaires dans un schéma où ce sont les artisans qui réalisent les travaux avec leur propre qualification Qualibat , se déplacent, apportent leur garantie décennale, leurs matériaux, leur main d’œuvre… 

Le denier public s’en trouve être utilisé pour permettre à une minorité d’exploiter les artisans. Ce glissement progressif pousse à penser à une Uberisation du secteur du bâtiment. Nous constatons, encore une fois, qu’à l’urgence climatique, nous répondons par une bataille de positionnement et de postures qui s’apparente à un chahut de cours de récréation…

Qu’en est-il du concept de rénovation globale ?

Favoriser à la fois le mieux vivre ensemble, le mieux consommer et le mieux habiter notre planète, telle est la doctrine.   

Prendra-t-on conscience que l’efficacité de la lutte contre le dérèglement climatique et la précarité énergétique, passe par un renforcement des acteurs et professionnels du secteur pour aboutir à de véritables experts en rénovation énergétique, des « consom’acteurs » tout comme les architectes, profession reconnue d’utilité publique, que les gouvernants gagneraient à mobiliser et à associer pleinement pour l’atteinte d’un objectif pertinent. D’autant plus que ces derniers sont formés pendant au moins 6 ans à une vision holistique du bâtiment.

Des interrogations demeurent sur la vision politique

Comment peut-on affirmer d’un côté qu’il est important d’utiliser des matériaux bio ou géosourcés et de l’autre, écrêter les aides à la rénovation avec des montants tels que c’est le polystyrène, massivement utilisé encore, que l’on retrouve sur la majorité des chantiers d’isolation de façade ?

L’énergie n’est-elle pas une problématique d’intérêt publique comme l’eau ou la santé ? Ne faut-il pas envisager le bâtiment comme le corps humain, avec sa carte vitale et une véritable équipe pluridisciplinaire pour le diagnostiquer, lui prescrire et lui prodiguer les meilleurs soins ?

Selon une étude de The Lancet Planetary Health, 75 % des 16-25 ans jugent le futur effrayant et 45 % souffrent d’éco anxiété. Va-t-on continuer à réfléchir uniquement comme des financiers, ou va-t-on enfin remettre l’écologie au centre des débats autour de la rénovation globale ?

De nombreuses initiatives montrent que le souci pour notre bien-être et notre planète dépassent les intérêts purement pécuniaires révélant que d’autres modèles peuvent exister. Je tiens à saluer Time for the Planet ou la Convention des Entreprises pour le Climat.

Faiblesse du changement de méthode fondamental

Cependant, il est triste de constater la faiblesse du changement de méthode fondamental et, surtout, l’absence de propositions réellement efficaces et durables pour garantir des résultats dans la vraie vie et non sur des tableurs et feuilles de calculs.

Plus que jamais, l’heure est à l’urgence… climatique, nous (notre génération) avons un rendez-vous avec l’histoire et il est temps de changer complètement de paradigme dans notre façon d’aborder la rénovation du patrimoine et notre mode de consommation du bâtiment. À quand des assises de la rénovation globale pour remettre les choses à plat et redistribuer les cartes avec l’ensemble de la chaîne de valeur : instances décisionnaires, maîtrise d’ouvrages publics et privés, maîtrise d’œuvre, maîtrise d’usage, entreprises et artisans du bâtiment, industriels, agents immobiliers, notaires… Avec un objectif commun clairement défini : trouver les meilleurs mécanismes pour massifier les rénovations globales efficientes avec une obligation de résultats pour notre environnement immédiat et par extension, la planète ? Il est temps d’agir, il est urgent d’agir, on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas !

En partenariat avec News Tank Cities

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