Accélération parce que la quasi-totalité des villes, à part quelques-unes pour des raisons de procédure, ont signé leur convention et peuvent déployer tous leurs projets. Amplification avec la mobilisation de nombreux moyens, enrichis des nouvelles mesures de France Relance », indique à News Tank le préfet Rollon Mouchel-Blaisot , directeur du programme Action Cœur de Ville, le 20/08/2021.

« Le Premier ministre a été très clair, la prolongation du programme Action Cœur de ville jusqu’en 2026 n’est pas l’étalement de l’enveloppe actuelle. La 1e priorité est de finir le programme Action Cœur de Ville tel qu’il a été prévu en mobilisant l’ensemble des crédits sanctuarisés d’ici à fin 2022. Il a chargé la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault d’ouvrir le chantier post-2022 en concertation avec les 3 partenaires financiers qui sont les piliers du programme, Caisse des dépôts-Banque des Territoires, Action Logement et l’ANAH, pour voir quels pourraient être le calendrier, le périmètre et les thématiques de la prolongation du programme 2023-2026. Elle présentera aux maires et élus présents lors de la Rencontre nationale Action Cœur de Ville, le 07/09/2021 à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, les 1e orientations des travaux qui se prolongeront dans les mois à venir », déclare Rollon Mouchel-Blaisot.

« L’adaptation des villes et territoires au vieillissement et à l’intergénérationnel sera le 1e sujet abordé, à partir du rapport de Luc Broussy remis au Gouvernement le 26/05/2021. Il s’agit de tout ce qui touche au logement mais, de manière plus large, d’envisager comment la ville peut être mieux aménagée et organisée pour nos ainés, dans une approche inclusive et intergénérationnelle », dit-il.

Rollon Mouchel-Blaisot répond aux questions de News Tank. « Le mouvement, notable depuis 2018 d’un nouveau regard sur les villes moyennes, s’amplifie avec la crise » Les résultats du 3e baromètre des territoires sur l’attractivité des villes moyennes ont été présentés au congrès de Villes de France, à Blois le 08/07/2021. Quels enseignements en tirez-vous ? Le baromètre de l’attractivité des villes moyennes, réalisé par l’Ifop pour Villes de France en partenariat avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires et la Banque des Territoires , confirme une évolution que nous avions déjà vue l’année dernière. À savoir que 87 %, soit un niveau très élevé des Français, aspirent à vivre dans une ville à taille humaine. Ce niveau de réponse est considérable. Il était déjà élevé avant la crise sanitaire et s’est amplifié avec elle. 30 % des jeunes actifs (moins de 35 ans) habitant dans les grandes villes » Le 2e enseignement est que cette aspiration concerne 30 % des jeunes actifs (moins de 35 ans) habitant dans les grandes villes. En extrapolant ce taux de réponse, cela représente 350 000 personnes environ qui aspirent à vivre dans une ville à taille humaine. Il n’y a pas forcément d’adéquation totale entre l’aspiration et la réalisation mais il est très intéressant de constater que les jeunes générations d’actifs conçoivent et imaginent de plus en plus leur vie dans une ville plus petite où elles pensent mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle. C’est un changement de paradigme, dans un contexte d’évolution à venir des modes de travail, pas uniquement basée sur le développement du télétravail mais aussi sur le rapprochement de l’habitat et des lieux d’activité. Il ne s’agit pas forcément de travailler chez soi mais plutôt de travailler mieux, près de chez soi. Le taux de notoriété du programme Action Cœur de Ville progresse au niveau national à 30 %. Il est à 44 % pour les habitants des villes moyennes bénéficiaires d’Action Cœur de Ville. Il y a certes encore des efforts à faire pour mieux faire connaître les apports concrets du programme mais tous les spécialistes de sondages s’accordent à dire qu’il s’agit d’un taux de notoriété très élevé pour une politique publique. Même si tout le monde n’a pas forcément une connaissance détaillée de l’ensemble des mesures, l’appellation explicite de cette priorité publique d’agir pour les cœurs de ville et l’ensemble des reportages mettant l’accent sur les centres-villes, les villes moyennes, le cadre de vie, les commerces… impriment fortement dans l’opinion publique. Ce taux de notoriété est très encourageant. Pensez-vous que cette attractivité retrouvée des villes moyennes et l’envie d’y déménager de la part des jeunes actifs urbains est structurelle, ou est-ce simplement un effet temporaire, lié aux confinements ? Le programme Action Cœur de Ville a été imaginé et annoncé dès décembre 2017, bien avant à la fois le mouvement des gilets-jaunes d’une part et la crise sanitaire d’autre part. Il était donc très prémonitoire de ce qu’attendaient de nombreux concitoyens vivant dans ces territoires un peu délaissés ces dernières décennies, à savoir reconnaitre, croire et investir dans ces villes à taille humaine qui correspondent, on l’a vu, à une forte aspiration chez toutes les générations. + 4,5 % de ventes dans les villes ACV en 2020 par rapport à 2019 » Un 2e élément objectif confirmant cette tendance est tiré de l’analyse des données notariales. Nous avons élaboré avec le Conseil supérieur du notariat un baromètre de l’immobilier dans les 222 villes Action Cœur de Ville, sur la base de 3 critères simples : nombre de mutations (ventes) d’appartements et de maisons dans les villes et agglomérations Action Cœur de Ville, évolution des prix médians et classification énergétique sur la base du DPE , qui permet de constater que demeure un grand chantier de rénovation des logements. L’ensemble des chiffres confirment que l’évolution positive, déjà commencé en 2018 et amplifiée en 2019, s’est poursuivie en 2020 malgré toutes les contraintes liées au confinement (fermeture des études, suspension de visites…). Concrètement, il y a eu +4,5 % de ventes dans les villes ACV en 2020 par rapport à 2019, alors qu’il y avait une légère baisse au niveau national. Si l’on compare à 2018, nous sommes à +14 %. Nous avons la conviction que le mouvement, notable depuis 2018 d’un nouveau regard sur les villes moyennes, s’amplifie avec la crise. Selon les témoignages des maires, 2021 devrait le confirmer. Réponse lors de la publication de la prochaine édition du Baromètre immobilier des villes ACV au printemps 2022. Comment qualifier ou quantifier ce mouvement vers les villes de taille moyenne ? Privilégier à chaque fois les zones déjà urbanisées où se concentrent services et activités » Il ne s’agit pas d’exodes massifs mais plus probablement d’un rééquilibrage qui se traduit d’année en année. Le défi pour de nombreux maires ACV est plutôt de savoir comment accueillir toutes les personnes qui veulent venir habiter dans leurs villes. D’où l’intérêt d’avoir des logements adaptés et rénovés en ville, d’attirer aussi les investisseurs privés pour construire du neuf quand il y a des possibilités de le faire, en privilégiant à chaque fois les zones déjà urbanisées où se concentrent services et activités, afin de stopper l’étalement urbain qui détruit de précieux espaces naturels et isole. Donc oui, le mouvement semble profond, à confirmer naturellement dans les années à venir. Comment évolue le déploiement d’Action Cœur de Ville au 1e semestre 2021 ? Constatez-vous une accélération des projets, notamment due au plan de relance de 100 Md€ du Gouvernement ? Selon les chiffres provisoires consolidés entre l’État et les partenaires du programme, nous sommes à 2,8 Md€ d’engagements pour le programme Action Cœur de Ville à juillet 2021. Nous avons déjà dépassé la moitié de l’enveloppe et aurons probablement dépassé les 5 Md€ prévus pour le programme fin 2022, comme le rappelait le Premier ministre dans son intervention. Nous sommes dans une double tendance d’accélération et d’amplification. Accélération parce que la quasi-totalité des villes, à part quelques-unes pour des raisons de procédure, ont signé leur convention et peuvent désormais déployer tous leurs projets. Amplification avec la mobilisation de nombreux moyens, enrichis des nouvelles mesures de France Relance. La feuille de route est claire. 2,8 Md€ d’engagements pour le programme Action Cœur de Ville en juillet 2021 » Sur le fonds friches, les villes Action Cœur de Ville ont eu un traitement privilégié parce qu’elles avaient de nombreux projets déjà prêts à démarrer. 111 projets ont d’ores et déjà reçu une réponse positive dans le cadre de la phase 1 du fonds friche. La dotation a été augmentée de 300 à 650 M€. De nouveaux projets vont pouvoir être soutenus. Il y a énormément de besoins dans les villes du programme parce que la requalification d’un centre-ville implique de s’attaquer aux friches en déshérence, aux îlots dégradés… Dans ce cadre, le fonds friches présente l’avantage décisif de prendre en compte les déficits d’opération, ce qui était  l’un des grands souhaits exprimés par les acteurs du programme Action Cœur de Ville. Les villes ACV ont travaillé depuis plusieurs années leurs projets, qui sont aujourd’hui matures et ont donc pu être proposés à l’approbation. Il ne suffit pas de détecter une friche, encore faut-il être en capacité de présenter un projet, avec un repreneur, une opération identifiée et un calcul qui fasse apparaître un éventuel déficit d’opération, cela dans des zones où le marché immobilier est en général plutôt détendu. Grâce au fonds friches, on va pouvoir sortir de l’impasse de nombreux projets qui étaient bloqués. On s’attaque au plus dur. Le Premier ministre a annoncé la prolongation du programme Action Cœur de Ville jusqu’en 2026 au congrès de Villes de France, le 08/07/2021. Une enveloppe supplémentaire aux 5 Md€ est-elle prévue ? Le Premier ministre a fixé un cap au nom de l’État, celui de prolonger le programme national Action Cœur de Ville jusqu’en 2026, en réponse à une très forte demande de la présidente de Villes de France , Caroline Cayeux , et de nombreux maires ACV, de tous bords politiques. Ils ont tous insisté sur le nombre de projets qu’il leur restait encore à mener et sur les effets néfastes d’une éventuelle interruption du programme en milieu de mandat municipal (2021-2026) pour leurs villes respectives. La prolongation n’est pas l’étalement de l’enveloppe actuelle. La première priorité est donc de finir le programme Action Cœur de Ville tel qu’il a été prévu en mobilisant l’ensemble des crédits sanctuarisés d’ici à fin 2022. D’autre part, il a chargé la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault d’ouvrir le chantier post 2022, en étroite concertation avec les 3 partenaires financiers qui sont les piliers du programme, Caisse des dépôts-Banque des Territoires , Action Logement et l’ANAH , pour voir quels pourraient être le calendrier, le périmètre et les thématiques de la prolongation du programme 2023-2026. Elle présentera aux maires et élus présents lors de la Rencontre nationale Action Cœur de Ville le 07/09/2021 à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, les 1e orientations des travaux qui se prolongeront dans les mois à venir. De nouvelles thématiques sont-elles envisagées pour le programme ? Il est prématuré de répondre car le chantier s’ouvre à peine, mais il nous faut effectivement, à partir d’une évaluation fine du programme en cours, réfléchir à de possibles axes d’approfondissement. Notre Rencontre nationale du 07/09/2021 va débattre de 3 défis importants : comment faire face aux transitions démographique, écologique et économique. L’adaptation des villes et territoires au vieillissement et à l’intergénérationnel sera le premier sujet abordé » L’adaptation des villes et territoires au vieillissement et à l’intergénérationnel sera le premier sujet abordé, à partir du rapport de Luc Broussy remis au Gouvernement le 26/05/2021. Il s’agit de tout ce qui touche au logement mais, de manière plus large, d’envisager comment la ville peut-être mieux aménagée et mieux organisée pour nos ainés, dans une approche inclusive et intergénérationnelle. Action Cœur de ville est fondamentalement un programme écologique car il vise à faire (re)venir habitants, commerces, services et activités en ville, stopper l’étalement urbain, mieux réguler la périphérie commerciale et œuvrer à un cadre de vie plus naturel et résilient. La nature en ville vue comme une infrastructure à part entière et le soutien à la sobriété foncière seront abordés. Le programme Action Cœur de Ville est pionnier en France sur cette thématique en partant concrètement des projets des 25 villes ACV et agglomérations avec notre initiative Territoires pilotes de sobriété foncière.  Nature en ville, vue comme une infrastructure, et soutien à la sobriété foncière » Attractivités économique et résidentielle sont liées, avec un double enjeu : la relocalisation d’activités industrielles dans les villes moyennes qui, pour la plupart, sont des villes industrielles. Mais aussi se préparer aux nouvelles formes d’organisation du travail qui sont en train d’émerger. Le télétravail est l’un des phénomènes mais il y en aura probablement d’autres. C’est une autre conception de la ville, de l’aménagement et du rapport lieux de vie et de travail qu’il faut porter, avec des espaces nouveaux, des tiers-lieux et des manufactures de productions… Il y a une effervescence de solutions qui se déploient. Nous nous faisons par exemple le relais d’une initiative, portée par le programme Territoire d’Industries, que sont les écoles de production montées par les entreprises elles-mêmes. Toutes les études montrent que les villes moyennes sont très bien placées pour être inventives et attractives à l’égard de ces nouvelles formes d’organisation du travail, en l’occurrence pour des publics éloignés de l’emploi. « Les villes moyennes sont très bien placées pour être inventives et attractives à l’égard des nouvelles formes d’organisation du travail » Les villes ACV ont de nombreux atouts pour (re)trouver une nouvelle attractivité dans une volonté de réindustrialisation, d’accueil de nouvelles formes d’activité et de développement de la formation. Ces débats seront riches et alimenteront notre réflexion, sachant qu’on ne manque pas de sujets comme, par exemple, la requalification des entrées de villes et d’agglomérations qui ont défiguré des paysages. Si vous deviez résumer le programme Action Cœur de Ville, après plus de 3 ans d’existence, que diriez-vous ? Action Cœur de Ville présente une quadruple dimension 4D : un paquet financier réservé de 5 Md€, plus les crédits Relance, destiné à être complété par l’investissement privé ; des mesures législatives complémentaires d’application comme les ORT ou le dispositif fiscal “Denormandie dans l’ancien” ; des partenariats emblématiques conçus au bénéfice du réseau des villes ACV (CNAM , Enedis , COJO PARIS 2024 …) ; ce sont des démarches que nous avons prises spontanément, assez en pointe sur leurs sujets, comme « Réinventons nos cœurs de villes » et « Territoires pilotes de sobriété foncière » qui marquent la capacité d’innovation, d’adaptation et d’initiative que la souplesse d’un programme peut procurer. Le programme est en permanence en train de s’étendre pour mieux accompagner les projets des collectivités territoriales » Le programme est en permanence en train de s’étendre pour mieux accompagner les projets des collectivités territoriales, sans que rien ne soit jamais imposé d’en haut. Cette méthode, qui est la marque de fabrique de l’ANCT , à savoir être agile, partenarial et faire confiance aux acteurs locaux, permet d’obtenir des résultats. Elle est plébiscitée par les élus. Le 07/09/2021, le réseau ACV marquera sa contribution à  la Relance territoriale et écologique. En partenariat avec News Tank Cities
Rollon-Mouchel-Blaisot-©-BB

« 2,8 Md€ d’engagements pour Action Cœur de Ville au mois de juillet 2021 » (R. Mouchel-Blaisot)

« Nous sommes à 2,8 Md€ d’engagements pour le programme Action Cœur de Ville en juillet 2021. Nous avons déjà dépassé la moitié de l’enveloppe et aurons probablement dépassé les 5 Md€ prévus pour le programme fin 2022. Nous sommes dans une double tendance d’accélération et d’amplification.

Accélération parce que la quasi-totalité des villes, à part quelques-unes pour des raisons de procédure, ont signé leur convention et peuvent déployer tous leurs projets. Amplification avec la mobilisation de nombreux moyens, enrichis des nouvelles mesures de France Relance », indique à News Tank le préfet Rollon Mouchel-Blaisot , directeur du programme Action Cœur de Ville, le 20/08/2021.

« Le Premier ministre a été très clair, la prolongation du programme Action Cœur de ville jusqu’en 2026 n’est pas l’étalement de l’enveloppe actuelle. La 1e priorité est de finir le programme Action Cœur de Ville tel qu’il a été prévu en mobilisant l’ensemble des crédits sanctuarisés d’ici à fin 2022. Il a chargé la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault d’ouvrir le chantier post-2022 en concertation avec les 3 partenaires financiers qui sont les piliers du programme, Caisse des dépôts-Banque des Territoires, Action Logement et l’ANAH, pour voir quels pourraient être le calendrier, le périmètre et les thématiques de la prolongation du programme 2023-2026. Elle présentera aux maires et élus présents lors de la Rencontre nationale Action Cœur de Ville, le 07/09/2021 à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, les 1e orientations des travaux qui se prolongeront dans les mois à venir », déclare Rollon Mouchel-Blaisot.

« L’adaptation des villes et territoires au vieillissement et à l’intergénérationnel sera le 1e sujet abordé, à partir du rapport de Luc Broussy remis au Gouvernement le 26/05/2021. Il s’agit de tout ce qui touche au logement mais, de manière plus large, d’envisager comment la ville peut être mieux aménagée et organisée pour nos ainés, dans une approche inclusive et intergénérationnelle », dit-il.

Rollon Mouchel-Blaisot répond aux questions de News Tank.

« Le mouvement, notable depuis 2018 d’un nouveau regard sur les villes moyennes, s’amplifie avec la crise »

Les résultats du 3e baromètre des territoires sur l’attractivité des villes moyennes ont été présentés au congrès de Villes de France, à Blois le 08/07/2021.

Quels enseignements en tirez-vous ?

Le baromètre de l’attractivité des villes moyennes, réalisé par l’Ifop pour Villes de France en partenariat avec l’Agence nationale de la cohésion des territoires et la Banque des Territoires , confirme une évolution que nous avions déjà vue l’année dernière. À savoir que 87 %, soit un niveau très élevé des Français, aspirent à vivre dans une ville à taille humaine. Ce niveau de réponse est considérable. Il était déjà élevé avant la crise sanitaire et s’est amplifié avec elle.
30 % des jeunes actifs (moins de 35 ans) habitant dans les grandes villes »

Le 2e enseignement est que cette aspiration concerne 30 % des jeunes actifs (moins de 35 ans) habitant dans les grandes villes. En extrapolant ce taux de réponse, cela représente 350 000 personnes environ qui aspirent à vivre dans une ville à taille humaine. Il n’y a pas forcément d’adéquation totale entre l’aspiration et la réalisation mais il est très intéressant de constater que les jeunes générations d’actifs conçoivent et imaginent de plus en plus leur vie dans une ville plus petite où elles pensent mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle. C’est un changement de paradigme, dans un contexte d’évolution à venir des modes de travail, pas uniquement basée sur le développement du télétravail mais aussi sur le rapprochement de l’habitat et des lieux d’activité. Il ne s’agit pas forcément de travailler chez soi mais plutôt de travailler mieux, près de chez soi.

Le taux de notoriété du programme Action Cœur de Ville progresse au niveau national à 30 %. Il est à 44 % pour les habitants des villes moyennes bénéficiaires d’Action Cœur de Ville. Il y a certes encore des efforts à faire pour mieux faire connaître les apports concrets du programme mais tous les spécialistes de sondages s’accordent à dire qu’il s’agit d’un taux de notoriété très élevé pour une politique publique. Même si tout le monde n’a pas forcément une connaissance détaillée de l’ensemble des mesures, l’appellation explicite de cette priorité publique d’agir pour les cœurs de ville et l’ensemble des reportages mettant l’accent sur les centres-villes, les villes moyennes, le cadre de vie, les commerces… impriment fortement dans l’opinion publique. Ce taux de notoriété est très encourageant.

Pensez-vous que cette attractivité retrouvée des villes moyennes et l’envie d’y déménager de la part des jeunes actifs urbains est structurelle, ou est-ce simplement un effet temporaire, lié aux confinements ?

Le programme Action Cœur de Ville a été imaginé et annoncé dès décembre 2017, bien avant à la fois le mouvement des gilets-jaunes d’une part et la crise sanitaire d’autre part. Il était donc très prémonitoire de ce qu’attendaient de nombreux concitoyens vivant dans ces territoires un peu délaissés ces dernières décennies, à savoir reconnaitre, croire et investir dans ces villes à taille humaine qui correspondent, on l’a vu, à une forte aspiration chez toutes les générations.
+ 4,5 % de ventes dans les villes ACV en 2020 par rapport à 2019 »

Un 2e élément objectif confirmant cette tendance est tiré de l’analyse des données notariales. Nous avons élaboré avec le Conseil supérieur du notariat un baromètre de l’immobilier dans les 222 villes Action Cœur de Ville, sur la base de 3 critères simples : nombre de mutations (ventes) d’appartements et de maisons dans les villes et agglomérations Action Cœur de Ville, évolution des prix médians et classification énergétique sur la base du DPE , qui permet de constater que demeure un grand chantier de rénovation des logements. L’ensemble des chiffres confirment que l’évolution positive, déjà commencé en 2018 et amplifiée en 2019, s’est poursuivie en 2020 malgré toutes les contraintes liées au confinement (fermeture des études, suspension de visites…). Concrètement, il y a eu +4,5 % de ventes dans les villes ACV en 2020 par rapport à 2019, alors qu’il y avait une légère baisse au niveau national. Si l’on compare à 2018, nous sommes à +14 %. Nous avons la conviction que le mouvement, notable depuis 2018 d’un nouveau regard sur les villes moyennes, s’amplifie avec la crise. Selon les témoignages des maires, 2021 devrait le confirmer. Réponse lors de la publication de la prochaine édition du Baromètre immobilier des villes ACV au printemps 2022.

Comment qualifier ou quantifier ce mouvement vers les villes de taille moyenne ?

Privilégier à chaque fois les zones déjà urbanisées où se concentrent services et activités »
Il ne s’agit pas d’exodes massifs mais plus probablement d’un rééquilibrage qui se traduit d’année en année. Le défi pour de nombreux maires ACV est plutôt de savoir comment accueillir toutes les personnes qui veulent venir habiter dans leurs villes. D’où l’intérêt d’avoir des logements adaptés et rénovés en ville, d’attirer aussi les investisseurs privés pour construire du neuf quand il y a des possibilités de le faire, en privilégiant à chaque fois les zones déjà urbanisées où se concentrent services et activités, afin de stopper l’étalement urbain qui détruit de précieux espaces naturels et isole. Donc oui, le mouvement semble profond, à confirmer naturellement dans les années à venir.

Comment évolue le déploiement d’Action Cœur de Ville au 1e semestre 2021 ?Constatez-vous une accélération des projets, notamment due au plan de relance de 100 Md€ du Gouvernement ?

Selon les chiffres provisoires consolidés entre l’État et les partenaires du programme, nous sommes à 2,8 Md€ d’engagements pour le programme Action Cœur de Ville à juillet 2021. Nous avons déjà dépassé la moitié de l’enveloppe et aurons probablement dépassé les 5 Md€ prévus pour le programme fin 2022, comme le rappelait le Premier ministre dans son intervention.
Nous sommes dans une double tendance d’accélération et d’amplification. Accélération parce que la quasi-totalité des villes, à part quelques-unes pour des raisons de procédure, ont signé leur convention et peuvent désormais déployer tous leurs projets. Amplification avec la mobilisation de nombreux moyens, enrichis des nouvelles mesures de France Relance. La feuille de route est claire.
2,8 Md€ d’engagements pour le programme Action Cœur de Ville en juillet 2021 »
Sur le fonds friches, les villes Action Cœur de Ville ont eu un traitement privilégié parce qu’elles avaient de nombreux projets déjà prêts à démarrer. 111 projets ont d’ores et déjà reçu une réponse positive dans le cadre de la phase 1 du fonds friche. La dotation a été augmentée de 300 à 650 M€. De nouveaux projets vont pouvoir être soutenus. Il y a énormément de besoins dans les villes du programme parce que la requalification d’un centre-ville implique de s’attaquer aux friches en déshérence, aux îlots dégradés…
Dans ce cadre, le fonds friches présente l’avantage décisif de prendre en compte les déficits d’opération, ce qui était  l’un des grands souhaits exprimés par les acteurs du programme Action Cœur de Ville. Les villes ACV ont travaillé depuis plusieurs années leurs projets, qui sont aujourd’hui matures et ont donc pu être proposés à l’approbation. Il ne suffit pas de détecter une friche, encore faut-il être en capacité de présenter un projet, avec un repreneur, une opération identifiée et un calcul qui fasse apparaître un éventuel déficit d’opération, cela dans des zones où le marché immobilier est en général plutôt détendu. Grâce au fonds friches, on va pouvoir sortir de l’impasse de nombreux projets qui étaient bloqués. On s’attaque au plus dur.

Le Premier ministre a annoncé la prolongation du programme Action Cœur de Ville jusqu’en 2026 au congrès de Villes de France, le 08/07/2021. Une enveloppe supplémentaire aux 5 Md€ est-elle prévue ?

Le Premier ministre a fixé un cap au nom de l’État, celui de prolonger le programme national Action Cœur de Ville jusqu’en 2026, en réponse à une très forte demande de la présidente de Villes de France , Caroline Cayeux , et de nombreux maires ACV, de tous bords politiques. Ils ont tous insisté sur le nombre de projets qu’il leur restait encore à mener et sur les effets néfastes d’une éventuelle interruption du programme en milieu de mandat municipal (2021-2026) pour leurs villes respectives.
La prolongation n’est pas l’étalement de l’enveloppe actuelle. La première priorité est donc de finir le programme Action Cœur de Ville tel qu’il a été prévu en mobilisant l’ensemble des crédits sanctuarisés d’ici à fin 2022. D’autre part, il a chargé la ministre de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales Jacqueline Gourault d’ouvrir le chantier post 2022, en étroite concertation avec les 3 partenaires financiers qui sont les piliers du programme, Caisse des dépôts-Banque des Territoires , Action Logement et l’ANAH , pour voir quels pourraient être le calendrier, le périmètre et les thématiques de la prolongation du programme 2023-2026. Elle présentera aux maires et élus présents lors de la Rencontre nationale Action Cœur de Ville le 07/09/2021 à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, les 1e orientations des travaux qui se prolongeront dans les mois à venir.

De nouvelles thématiques sont-elles envisagées pour le programme ?

Il est prématuré de répondre car le chantier s’ouvre à peine, mais il nous faut effectivement, à partir d’une évaluation fine du programme en cours, réfléchir à de possibles axes d’approfondissement. Notre Rencontre nationale du 07/09/2021 va débattre de 3 défis importants : comment faire face aux transitions démographique, écologique et économique.
L’adaptation des villes et territoires au vieillissement et à l’intergénérationnel sera le premier sujet abordé »
L’adaptation des villes et territoires au vieillissement et à l’intergénérationnel sera le premier sujet abordé, à partir du rapport de Luc Broussy remis au Gouvernement le 26/05/2021. Il s’agit de tout ce qui touche au logement mais, de manière plus large, d’envisager comment la ville peut-être mieux aménagée et mieux organisée pour nos ainés, dans une approche inclusive et intergénérationnelle.
Action Cœur de ville est fondamentalement un programme écologique car il vise à faire (re)venir habitants, commerces, services et activités en ville, stopper l’étalement urbain, mieux réguler la périphérie commerciale et œuvrer à un cadre de vie plus naturel et résilient. La nature en ville vue comme une infrastructure à part entière et le soutien à la sobriété foncière seront abordés. Le programme Action Cœur de Ville est pionnier en France sur cette thématique en partant concrètement des projets des 25 villes ACV et agglomérations avec notre initiative Territoires pilotes de sobriété foncière. 
Nature en ville, vue comme une infrastructure, et soutien à la sobriété foncière »
Attractivités économique et résidentielle sont liées, avec un double enjeu : la relocalisation d’activités industrielles dans les villes moyennes qui, pour la plupart, sont des villes industrielles. Mais aussi se préparer aux nouvelles formes d’organisation du travail qui sont en train d’émerger. Le télétravail est l’un des phénomènes mais il y en aura probablement d’autres. C’est une autre conception de la ville, de l’aménagement et du rapport lieux de vie et de travail qu’il faut porter, avec des espaces nouveaux, des tiers-lieux et des manufactures de productions… Il y a une effervescence de solutions qui se déploient. Nous nous faisons par exemple le relais d’une initiative, portée par le programme Territoire d’Industries, que sont les écoles de production montées par les entreprises elles-mêmes. Toutes les études montrent que les villes moyennes sont très bien placées pour être inventives et attractives à l’égard de ces nouvelles formes d’organisation du travail, en l’occurrence pour des publics éloignés de l’emploi.
« Les villes moyennes sont très bien placées pour être inventives et attractives à l’égard des nouvelles formes d’organisation du travail »
Les villes ACV ont de nombreux atouts pour (re)trouver une nouvelle attractivité dans une volonté de réindustrialisation, d’accueil de nouvelles formes d’activité et de développement de la formation. Ces débats seront riches et alimenteront notre réflexion, sachant qu’on ne manque pas de sujets comme, par exemple, la requalification des entrées de villes et d’agglomérations qui ont défiguré des paysages.

Si vous deviez résumer le programme Action Cœur de Ville, après plus de 3 ans d’existence, que diriez-vous ?

Action Cœur de Ville présente une quadruple dimension 4D :
un paquet financier réservé de 5 Md€, plus les crédits Relance, destiné à être complété par l’investissement privé ;
des mesures législatives complémentaires d’application comme les ORT ou le dispositif fiscal “Denormandie dans l’ancien” ;
des partenariats emblématiques conçus au bénéfice du réseau des villes ACV (CNAM , Enedis , COJO PARIS 2024 …) ;
ce sont des démarches que nous avons prises spontanément, assez en pointe sur leurs sujets, comme « Réinventons nos cœurs de villes » et « Territoires pilotes de sobriété foncière » qui marquent la capacité d’innovation, d’adaptation et d’initiative que la souplesse d’un programme peut procurer.
Le programme est en permanence en train de s’étendre pour mieux accompagner les projets des collectivités territoriales », sans que rien ne soit jamais imposé d’en haut. Cette méthode, qui est la marque de fabrique de l’ANCT , à savoir être agile, partenarial et faire confiance aux acteurs locaux, permet d’obtenir des résultats. Elle est plébiscitée par les élus. Le 07/09/2021, le réseau ACV marquera sa contribution à  la Relance territoriale et écologique.

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