Luc-Gwiazdzinski © DR
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« Faisons confiance à la nuit » Luc Gwiazdzinski

Entretien avec Luc Gwiazdzinski, géographe, professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Toulouse (Ensa). Il a dirigé de nombreux colloques et programmes de recherche internationaux sur la nuit et les temps urbains, ainsi qu’une quinzaine d’ouvrages sur le sujet. Par Jean-Jacques Bozonnet.

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Pourquoi les politiques publiques, longtemps limitées à la gestion géographique des territoires, doivent-elles aujourd’hui prendre en compte les nécessités du temps et des rythmes de vie des citoyens ?

Luc Gwiazdzinski  Les temps changent et nous devons changer de regard en intégrant le temps et les temporalités comme la nuit, mais aussi le dimanche, les saisons dans nos réflexions et adopter une approche chronotopique et rythmique pour lire et écrire les mondes en mutation. L’éclatement de nos espaces de vie entre les quartiers éloignés de métropoles de plus en plus larges, l’affaiblissement des grands temps sociaux qui rythmaient nos vies, l’étalement et la continuité des activités sur le week-end, en soirée et les désynchronisations liées, ont transformé la vie de nombre de personnes en une course permanente pour tenter de concilier vie professionnelle et vie familiale et personnelle.

Nous habitons dans les mêmes appartements, nous travaillons dans les mêmes organisations, vivons dans les mêmes villes, mais nous nous voyons de moins en moins, faute d’avoir les mêmes horaires. Le temps passé dans les transports, les arrangements permanents pour tenter de tout concilier, l’urgence, l’accélération entraînent fatigue, stress, saturation, dépression et burn-out, avec des inégalités entre individus, organisations et territoires.
La sensation de manquer de temps est devenue une question importante et nombre de personnes cherchent à ralentir ou lâcher prise, cherchent d’autres voies. Les pouvoirs publics ne peuvent plus ignorer ces évolutions dont les conséquences sur la société et les individus sont documentées par la médecine et les SHS (NDLR sciences humaines et sociales). Comment vivre ensemble dans une société éclatée ? Comment faire société dans des villes en continu ? En l’absence de débat public et de régulation, ce sont les plus faibles qui subissent les pressions, obligés de s’adapter. Les autres peuvent toujours s’acheter des services temporels. La vulnérabilité temporelle n’est pas un simple mot. Les politiques publiques doivent s’en emparer. Il faut imaginer une politique et un urbanisme des nuits qui s’intègrent dans une politique des rythmes.

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